‹ FernandChapitre 142 sur 156 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

approche, demain sans cloute j'aurai cessé d'exister. La fièvre a brûlé mes os ; mon sang épuisé n'arrivera bientôt plus à mon cœur ; ma vue se trouble, tout mon être s'affaisse, la main qui vous écrit est tremblante et déjà glacée. Eh bien ! vous pourriez d'un seul mot ce que Dieu ne pourrait pas sans vous : tromper la mort et me rendre à la vie. Vivre, je pourrais vivre encore! Oh ! la vie, Évariste ! le soleil et l'azur des cieux ! les nuits étoilées et sereines ! le parfum des fleurs et l'ombrage des bois, tous ces biens me seraient rendus ! Un mot de vous suffirait pour cela, et ce mot, vous ne le direz pas. — Il n'y faut plus songer. Que votre volonté s'accomplisse ! Vous aurez été inflexible comme le destin. Oui, vous avez été cruel ; je ne crois pas que beaucoup d'hommes aient été pour de pauvres femmes aussi cruels que vous l'avez été pour cette pauvre abandonnée ! Où donc avezvouspris ce féroce courage? Saviez-vous, ami, qu'on en m&urt? Ah ! j'aurais bien voulu vous voir une fois encore pour vous demander pardon du mal que j'ai pu vous faire. Si vous avez souffert par moi, croyez que j'en suis innocente; si j'ai péché vis-à-vis devons, ce n'a jamais été, je vous jure, que par excès de tendresse. Je m'en irais tout à fait heureuse, sij'étais sûre de vous laisser de doux souvenirs, et cette conviction que je vous ai beaucoup aimé... »

Et, sur un feuillet détaché, ces mots à peine lisibles :

(( Un dernier adieu ! un adieu éternel I Où êtesvous ? quefaites-vous? Je viens devoir, à travers les arbres, un cavalier passant au galop sur la route. 0 mon Dieu I si c'était vous ! Il m'a semblé vous recou-

naitre. Peut-être est-ce vous?vous êtes si bon ! Quelque chose vous aura crié que j'allais mourir, et vous serez parti, et voilà que vous accourez. Seigneur, faites que ce soit lui, que je le voie une fois encore ?»

(( Et moi, ma mère, et moi I » s'écria le malheureux jeune homme.

Il ne put en dire davantage. Il avait caché sa tête ' entre ses mains; il demeura longtemps ainsi, anéanti dans sa douleur.

Cependant Taubé blanchissait l'horizon. Appuyé sur le balcon de la fenêtre ouverte, il se prit à contempler d'un regard distrait les nuées que le vent éparpillaitdanslebleuduciel. L'orage s'étaitdissipé; de molles vapeurs se détachaient, comme des flocons d'ouate, du flanc des coteaux ; les oiseaux gazouillaient sous la feuillée humide ; le parc étincelait, commeun vaste écrin, aux premiersrayons du soleil. Richard s'arracha brusquement à ce réveil des joies de la nature. Le foyer brûlait encore; il y jeta, une à une, les lettres qu'il venait de lire. Le feu les dévora toutes, excepté la dernière, que le jeune homme voulut garder.

Il avait trouvé au fond de la cassette plusieurs enveloppes vides, à l'adresse de madame de Ceaumeillant, reliques des temps heureux, conservées là sans doute par une de ces puérilités de l'amour qui donnent du prix aux moindres choses qui nous viennent de l'être aimé. Toutes les suscriptions étaient de la même écriture ; tous les cachets étaient intacts et portaient la même empreinte armoriée. Ilmitde côté une de ces enveloppes et livra les autres aux flammes. Ces soins accomplis, il pardonna une fois encore à sa

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