‹ FernandChapitre 143 sur 156 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

mère; puis, s'adressant parla pensée à Thommequi avait fait le mal :

« Où que tu sois, — dit-il, — et qui que tu sois, jeté trouverai. Le monde est grand, mais la vie est longue. »

Richard entra dans le monde, sans guide, sans appui, triste et solitaire. Les salons les moins accessibles s'ouvrirent devant le nom de son père, qu'il portait d'ailleurs en digne héritier d'une race de preux. Il était beau, silencieux, grave et fier. Élevé au fond des bois, s'il n'avait pas cette science banale que donnent l'usage et le frottement de la vie mondaine, il y suppléait par une distinction naturelle, qui révélait à cqjip sûr la noblesse de son origine. Son titre et sa fortune, son air jeune et souffrant, son front pâle et chargé d'ennuis, la réserve un peu hautaine de son attitude et de ses manières, tout enfin, jusqu'à la sombre sévérité de son costume, le signala aussitôt à la bienveillance de plusieurs et à la curiosité de tous.

Ce qui le frappa d'abord, ce fut de voir quel souvenir auguste et vénéré le comte de Beaumeillant avait laissé parmi les hommes, quels hommages éveillait son nom, quelles sympathies soudaines ce nom faisait lever dans la foule. Onn'enseigna point àRichard le respect qu'il devait à la mémoire de son père ; ce respect était dans son cœur, mais froid et compassé, comme tout sentiment qu'impose le devoir et que n'exalte pas la tendresse.

UICHAHD.

Dès son plus bas âge, Richard n'avait vu dans le comte de Beaumeillant qu'un vieillard soucieux et morose. Une se souvenait pas d'avoir surpris sur sa bouche un sourire, dans ses yeux un regard caressant. Le comte aimait pourtant son fils ; mais empoisonné dans sa source, cet amour avait manqué d'expansion, de grâce et de charmes.

En grandissant, Richard l'avait sourdement accusé de l'exil de sa mère. Faut-il le dire ? plus d'une fois il avait senti près de lui remuer dans son sein quelque chose de pareil à la haine, qu'il s'était aussitôt empressé d'étouffer, mais sans se demander jamais si ces impassibles dehors ne cachaient pas une âme profondément blessée, qui dévorait son sang et ses larmes. Pitié, tendresse, amour, tout avait été pour l'absente.

Soit qu'il eût compris ce qui se passait dans le cœur du jeune homme, et qu'il fût%op fier pour se plaindre ou pour se justifier, soit qu'il n'eût fait qu'obéir aux dispositions d'un esprit chagrin et d'un caractère taciturne, M. de Beaumeillant avait toujours négligé de vaincre les répugnances de Richard et d'établir entre son fils et lui des rapports plus affectueux et plus intimes. Ainsi, quoique respirant sous le même toit, tous deux avaient vécu tellement séparés l'un de l'autre, que Richard, en entrant dans le monde, ne savait de la vie de son père que ce qu'il en avait vu lui-môme. Pouvait-il soupçonner que cette existence, qu'il voyait tristement s'éteindre dans les ennuis de la solitude et de l'abandon, recelât un passé glorieux, que cette destinée si sombre à son déclin eût été belle à son aurore ? Jamais le comte

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