CHAPITRE IV
côte et domine la magnifique vallée de l'Isère. On y arrive par de gracieux détours, le long d'une pente insensible, à travers une forêt de trembles qui sont comme les armes parlantes deTantique maison qu'ils ombragent. Pendant le trajet qu'ils firent en calèche découverte, par une tiède soirée d'automne, M. de la Tremblaye interrogea discrètement Richard, et s'affligea de le voir, au retour, plus triste, plus sombre et plus découragé qu'il ne l'était avant son départ. Richard évita de parler de lui ; l'Italie défraya la conversation.
Au détour du sentier qui mène de Voreppe à Saint-Laurent, ils aperçurent^ le long des haies, une amazone qui semblait venir à leur rencontre, au galop d'un coursier rapide.
(( C'est ma sœur! » s'écria M. de la Tremblaye, avec l'expression de l'orgueil et de la tendresse.
Au même instant la calèche s'arrêta, la jeune flile sauta légèrement à bas de son cheval, et s'élança près de son frère, qu'elle entoura de ses bras caressants.
(( C'est ma sœur! c'est ma chère Pauline ; )> répéta M. de la Tremblaye, tandis qu'il couvrait de baisers le front et les cheveux de la belle enfant, qui ne paraissait pas se douter de la présence de Richard.
M. de la Tremblaye lui ayant présenté M. de Reaumeillant, elle le regarda d'un air curieux: puis, sans se préoccuper de lui davantage, elle continua d'entretenir tendrement son frère. Richard contemplait d'un air souriant et mélancolique le tableau de ces douces joies.
Bien qu'en réalité elle échappât à peine aux grâces
de Tenfance, mademoiselle de la Tremblaye n'était déjà plus un enfant. Grande, souple, élancée, la finesse et la délicatesse de ses traits donnaient à son visage Pair d'une fleur épanouie sur une tige longue et flexible. Elle avait la blanche et royale beauté du lis; on sentait, à la voir, qu'elle avait dû naître et grandir àTombre d'un château féodal. Au repos, elle était grave et fîère. L'intelligence rayonnait sur son front et la bonté dans son sourire. Ses cheveux noirs, fins et luisants, se rabattaient sur ses tempes comme deux ailes de corbeau. Ses grands yeux bruns avaient le regard limpide, curieux, doux et sauvage de la biche errant dans les bois. Sous son costume d'amazone, on eût dit une jeune guerrière, une blanche héroïne des temps chevaleresques.
Richard, qui s'était attendu à ne trouver dans la sœur de M. delà Treinblaye qu'une petite pensionnaire, observait avec uti sentiment d'admiration mêlée de surprise cette charmante créature, qui unissait, par un rare et précieux privilège, à la suavité de la beauté britannique la calme gravité de la beauté romaine.
A la tombée de la nuit, la calèche s'arrêta devant la grille du château. Après avoir installé^ son hôte dans un pavillon élégant, rempli délivres et de fleurs, et caché comme un nid sous un massif de feuillage:
(( Monsieur, — lui dit M. de la Tremblaye, — veuillez regarder cette maison comme la vôtre. Je compterai au nombre de mesjours heureux les jours que vous consentirez à perdra sous notre toit.
— Votre généreuse hospitalité m'est déjà connue, — répondit Richard ; — mais j'ignorais que