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CHAPITRE IV

VOUS eussiez pour sœur un ange de grâce et de beauté.

— Un ange, en effet, — ajouta M. delà Tremblaye. — Parfois vous me demandiez, à Auteuil^ le secret de ma philosophie : ce secret, vous le connaissez à cette heure. Ne pensez pas que le sort m'ait fait grâce ; j'ai vécu, j'ai souffert, j'ai longtemps, comme vous, désespéré de toutes choses. C'est Pauline qui m'a sauvé. C'est elle qui m'a rattaché à l'éternelle loi de Tordre et du devoir. Elle m'a rajeuni en me rendant meilleur. La fraîcheur de son âme a passé sur mon cœur ; j 'ai, pour ainsi dire, reverdi sous ses espérances, comme un rameau brisé sous des pousses nouvelles. Elle est un second printemps dans ma vie. Vous l'avez dit, Monsieur, c'est un ange; c'est l'ange gardien que nous appelons une sœur. »

Lorsqu'au bout de quelques jours M. de Beaumeillant parla de son départ: « Pourquoi vouloir nous quitter si tôt ? — lui dit M. de la Tremblaye d'un ton de reproche afl'ectueux. — Notre hospitalité vous estelle importune ? Votre cœur se sent- il mal à l'aise avec nous? S'il en est ainsi, partez ; mais si notre affection vous est bonne, et si nulle affaire ne vous presse, restez, votre présence nous est chère. Pauline, au besoin, mêlera ses instances aux miennes, » ajouta-t-il en regardant sa sœur.

A cette interpellation, la jeune fille demeura calme, silencieuse, immobile ; mais lorsque, après avoir résisté faiblement, Richard déclara qu'il resterait quelques jours encore, Pauline tressaillitimperceptibleraent, et une légère teinte rosée colora la blancheur de ses joues.

Le fait est que mademoiselle de la ïremblaye

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n'entra p(»ur rien dans la détermination de Richard, et qu'en consentant à prolonger son séjour au château ce jeune homme était loin de soupçonner que Pauline dût s'en réjouir. C'est à peine s'il avait jusqu'à ce jour échangé quelques paroles avec elle. Chaque fois qu'il l'avait rencontrée dans le parc, elle s'était enfuie à son approche ; M. de Beaumeillant avait fini par ne plus voir en elle qu'un enfant sauvage que sa présence effarouchait, et dont il admirait, sans en subir autrement le charme, la beauté fîère et la grâce ombrageuse.

Cependant, à partir de ce jour, la gazelle s'apprivoisa. En se mêlant à l'intimité des deux amis, mademoiselle de la Tremblaye l'embellit d'un nouvel attrait, et les semaines s'écoulèrent sans que Richard songeât à les compter.

La saison était belle ; ils l'employèrent en excursions dans le pays. îl n'était pas un coin de cette terre dont Pauline ignorât les chroniques et les légendes; elle les racontait à Richard, tandis qu'ils chevauchaient côte à côte dans les montagnes du Dauphiné, sous le regard protecteur de M. de la Tremblaye, qui semblait les envelopper tous deux dans un même sentiment d'orgueil et de tendresse.

Ils visitèrent ainsi, à plusieurs reprises, la grande Chartreuse, un des plus beaux sites que l'homme puisse admirer, soit que l'hiver y déchaîne les vents et les tempêtes, soit que l'automne en tempère la sévérité par la variété de ses riches couleurs. A chaque pèlerinage, le calme du cloître et le silence du désert descendirentplus avant dans le cœur de Richard. Ce cœur s'ouvrait d'ailleurs à de plus douces influen-

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