LE MEME AU MEME
Je ne sais jusqu'à quel point mes lettres t'intéressent; mais je me suis fait une si douce habitude de
l'ouvrir mon cœur comme un livre dont je tournerais moi-même les feuillets, qu'il me serait désormais impossible d'en agir autrement avec toi. Si le livve t'ennuie, ferme-le sans te préoccuper de l'amourpropre de l'auteur. J'ai toujours pensé que ce doit être une chose bonne et profitable d'écrire jour par jour l'examen de sa propre vie. On s'habitue ainsi à se tenir constamment vis-à-vis de soi-même comme devant un juge. On se surveille avec plus de soin ; on apporte plus d'ordre dans ses actions et dans ses sentiments. Lorsqu'on sait qu'il faut chaque soir, sous la dictée de sa conscience, faire le relevé de la journée qui vient de s'écouler, on en devient plus circonspect et nécessairement meilleur^ on y gagne de se mieux connaître et de discipliner son cœur. Tu comprends qu'à ces fins il m'est doux de t'écrire, puisque j'en retire à la fois les bénéfices d'une confession et le charme d'une confidence.
Ce soir, que te dirai-je?Je suis triste et ne sais pourquoi. J'arrive deMondeberre. En ouvrant la porte du parc, j'ai entrevu mademoiselle de Mondeberre suspendue au bras d'un étranger qui m'a paru jeune, élégant et beau. Tous deux suivaient l'allée desmarronniers et semblaient causer affectueusement. J'ai craint de troubler un si doux entretien ; n'aimant pas les visagesnouveaux, j'airefermé doucement la porte et m'en suis revenu sans avoir été remarqué. J'étais parti joyeux et léger, je suis revenu sombre et taciturne. Pourquoi? je l'ignore. En rentrant chez moi j'ai grondé mes gens et rudoyé mes chiens. Te paraîtil convenable que mademoiselle de Mondeberre se promène ainsi le soir, dans un parc, seule, au bras