‹ FernandChapitre 20 sur 156 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Mondeberre à Peveney, j'appris à le connaître et à l'apprécier. C'est un jeune homme charmant, joignant aux plus nobles qualités de l'âme les dons les plus précieux de l'esprit. En arrivant à Peveney nous étions déjà de vieux amis. Nous nous reverrons à coup sûr.

Telle est l'histoire de ma journée. Je t'écris, comme l'autre soir, à la même heure, près de ma fenêtre ouverte. La nature est bonne^ la solitude est douce. En cet instant, la lune éclaire le sentier où j'ai vu passer hier mademoiselle de Mondeberre à cheval ; qu'elle était belle, gracieuse et charmante avec sa jupe d'amazone et ses blonds cheveux au vent 1 On eût dit une jeune guerrière. Qu'ai-je donc aujourd'hui et d'où vient à mon cœur la douce ivresse qui l'inonde?... Abîme, abîme mystérieux !

Pardieulje te trouve plaisant avec tes mystérieux abîmes. En tout cela, je n'aperçois ni plus d'abîmes que sur ma main, ni plus de mystères que d'étoiles en plein midi. Tu aimes mademoiselle de Mondeberre. Eh bien,^mon cher garçon, je n'y vois pas grand mal. Elle est jeune, elle est belle; tu es jeune encore, et, nous pouvons le dire, passablement tourné. Vos propriétés se Jonchent : les armoiries de Peveney écartelées de Mondeberre ne feront point mal sur un écusson. Si vous vous aimez, il faut vous marier, mes enfants. Etpourquoi pas, Fernand? Ce n'est pas moi (^^ui t'en voudrais blâmer. La fa-

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mille, à tout prendre, est une bonne chose, et je ne sache pas que nos socialistes modernes aient rien imaginé de mieux. J'ai longtemps réfléchi sur tes goûts, sur ton caractère : je te dois cette justice, qu'au milieu même de tes plus grands écarts, j'ai toujours reconnu en toi une âme amie de Tordre et du devoir. Je te crois né pour le mariage ; j'ai la conviction que, si ton choix est bon, tu goûteras en cet état, le seul convenable en ce monde, tout le bonheurqu'il est permis de goûter ici-bas. Je me réjouis donc de te voir rôder, peut-être à ton insu, autour de la vraie destinée de l'homme : jeté sens près de trouver ta voie. Seulement, ne te hâte pas ; que ton cœur se repose encore; avant de l'offrir et de le donner, laisse-lui le temps de s'épureret de refleurir, qu'il soit digne de l'enfant qui l'aura su charmer. Et puis, Fernand, puisqu'il en est ainsi, tu dois à madame de Rouèvres, tu dois surtout à mademoiselle de Monileberre d'en finir, sans plus attendre, courageusement et loyalement avec le passé. N'outrage ni tes souvenirs ni tes espérances. Que madame de Rouèvres ne puisse jamais supposer que tu l'as délaissée pour former de nouveaux liens ; qu'elle ait du moins, dans son abandon, la consolation de se dire que tu ne l'as pas sacrifiée à une rivale plus belle et plus jeune, mais que ton amour a cessé parce que tout finit sur la terre. D'une autre part, que mademoiselle deMondeberre ne puisse jamais soupçonner que ton amour pour elle a germé sous les cendres encore tièdes d'un autre amour à peine éteint, et que tu as profané son image en la mêlant aux préoccupations d'unepassion agonisante. Respecte ces deux femmes :

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