‹ FernandChapitre 28 sur 156 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Fernand se leva, fît quelques pas vers son serviteur. Celui-ci lui remit une lettre et se retira en silence. Le jeune homme examina la suscription : à la bâte et fraîchement tracés, les caractères étaient à peine lisibles; l'encre en était encore humide. Pliée précipitamment, la lettre n'avait pas de cachet. Toutefois, soit discrétion, soit qu'il sût à quoi s'en tenir, M. de Peveney ne l'ouvrit point; il la froissa entre ses doigts, et alla reprendre sa place.

A peine fut-il assis, les conversations cessèrent brusquement, et tous les regards se tournèrent vers lui avec inquiétude. Il était si pâle et si défait, qu'on pensa qu'il allait se trouver mal. Il essaya de sourire ; ses lèvres s'y refusèrent. Il voulut parler; on eût dit, à l'étranglement de sa voix, qu'une main de fer lui serrait la gorge. Pendant ce temps, un œil observateur aurait pu lire sur le visage de mademoiselle deMondeberre ce qui sepassait sur celui de Fernand. Enfin, par un violent effort, M. de Peveney parvint à dompter le trouble de son âme et à ressaisir ses esprits égarés. Tout fut expliqué par une indisposition subite et passagère : il n'y eut qu'Alice et sa mère qui ne se contentèrent pas de la banalité de la formule. Toutes deux observaient Fernand, l'une à la dérobée, l'autre avec une anxiété maternelle. Cependant, les entretiens s'étaient renoués ; M. de Peveney profita d'un instant où la discussion, redevenue générale, absorbait toutes les attentions, pour s'esquiver sans être remarqué. Il courut aux écuries du château, brida lui-même son cheval; comme il s'apprêtait à mettre le pied à l'étrier, il aperçut, ve-

nant à lui, madame de Mondeberre, dont il n'avait pu réussir à tromper la sollicitude.

— Vous partez, vous souffrez; qu'avez-vous? ditelle en Tentraînant doucement sous les tilleuls qui ombrageaient la cour. Mon enfant, qu'il soit permis à ma tendresse de vous donner ce nom, ajouta-t-elle en lui prenant les mains avec effusion, confiez-moi le mal de votre âme. Ce n'est pas moi qu'on trompe et qu'on abuse. Depuis quelques jours, vous n'êtes plus le môme. Versez vos peines dans le sein de votre vieille amie, car je suis votre vieille amie, Fernand. Votre père m'aimait et j'aimais votre père. Vous ne savez pas, je ne vous ai pas dit que, peu de temps avant sa mort, et pressentant sa fin prochaine, il me confia le soin de votre destinée. Vous ne savez pas quels doux rêves nous avons échangés, mêlés et confondus durant les derniers jours qu'il passa sur la terre. Craignant d'enchaîner vos inclinations et de contrarier vos instincts, je dus vous laisser ignorer l'avenir que nous avions préparé en silence. Vous n'avez rien su, je ne vous ai rien dit : vous cependant, depuis votre retour, n'avez-vouspas pénétré mes projets, deviné mes vœux les plus chers?

— Madame, s'écria M. de Peveney d'une voix déchirante, voulez-vous que je meure de douleur à vos pieds? Prenez pitié de ma misère ; ne montrez pas le ciel à un malheureux qui vient peut-être de le perdre à jamais !

— Quel chagrin vous égare ? reprit avec bonté madame de Mondeberre. Jeune ami, confiez-vous à moi qui suis prête à vous confier ce que j'ai de plus précieux au monde. Voilà longtemps que dans mon cœur

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