‹ FernandChapitre 27 sur 156 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

pensée ces deux nobles et beaux enfants, tant ils semblaient créés l'un pour l'autre.

Quand l'heure fut venue pour Alice et sa mère de reprendre le chemin du château, Fernand s'excusa de ne point les accompagner. L'amour n'estque contradiction : loin de l'être aimé, il se consume et se dévore; en sa présence, il aspire à la solitude, comme si l'image et le souvenir étaient plus doux que la réalité. Une fois seul, M. dePeveney s'abîma tout entier dans le sentiment de son bonheur. C'est surtout au sortir des passions tumultueuses qu'on se plaît aux chastes délices d'un amour jeune, honnôteetpur. Fernand passa le reste de la soirée à chercher surle sable la trace des petits pieds d'Alice, à s'asseoir où elle s'était assise, à baiser les objets qu'avaient touchés-ses mains, à recueillir les débris de fleurs qu'elle avait effeuillées en se jouant. Puérilités charmantes ! adorables enfantillages! malheur à celui dont vous avez cessé d'être l'occupation la plus sérieuse!

Cependant, que faisait Arabelle? Fernand ne se le demandait plus. Bien qu'il n'en fût pas encore arrivé au point d'égoïsme etdepbiiosophieoùl'on se débarrasse d'un amour importun sans plus de souci que s'il s'agissait d'un vêtement passé de mode, tel est l'entraînement d'un amour qui commence et tel est le néant d'un amour qui n'est plus, que ce jeune homme, se jugeant hors de tout danger, s'abandonnait sans remords au charme de sa passion naissante.

Le lendemain, lorsqu'il s'éveilla, le soleil entrait à pleins rayons dans sa chambre. Il se leva le cœur content et l'esprit joyeux. Il y avait longtemps que la vie ne lui avait semblé si légère. Il ouvrit sa fenêtre et

s'enivra de Tair du malin. Le facteur, en passant, Iq remit une lettre de Karl Stein, quelques lignes seulement qui achevèrent de le rassurer. Sur le tantôt, il fit seller son cheval et se rendit à Mondeberre, ainsi qu'il s'y était engagé la veille. Il trouva au château M. et madame de B. . . et quelques amis des environs, qui s'y réunissaient chaque année, à pareil jour, pour fêter l'anniversaire de la naissance d'Alice.

Lorsqu'il parut, au trouble de mademoiselle de Mondeberre, il se sentit roi de la fête. Jamais la belle enfant n'avait été si belle qu'en ce jour, dans toute la fraîcheur de ses dix-sept ans accomplis. Fernand l'admirait à l'écart. Rien n'est si doux que de voir une jeune et noble créature entourée de chastes hommages, d'être soi-même mêlé à la foule, et de pouvoir se dire: — C'est moi qu'à l'insu d'elle-même son cœur, en s'éveillant, a choisi entre tous; c'est sous le feu voilé de mon regard que ce front se colore d'une aimable rougeur. J'ai donné la vie à cette blanche Galatée; c'est pour moi seul que ce lis a grandi; c'est sous mon toit qu'il achèvera de fleurir. — Telles étaient les pensées qu'en secret caressait Fernand, car il osait déjà la saluer dans l'avenir des noms charmants d'amante et d'épouse, lorsqu'il reconnut, s'avançant à travers les arbres du parc, un de ses serviteurs, qui le cherchait d'un œil inquiet : M. de Peveney se troubla.

En cet instant, il était assis près de madame de Mondeberre, à quelques pas d'AHce, qui s'entretenait avec sa cousine, tandis que M. de B. ,. et le reste de la société, groupés çà et là, agitaient les affaires du jour dans une discussion générale.

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