‹ FernandChapitre 48 sur 156 · DEUXIEME PARUE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARUE

cher ami, et me prouvait que ce n'était pas un vain titre. A peine étions-nous à un quart de lieue du château, qu'il s'occupait déjà de m'en dévoiler les mystères. Ainsi j'ai dû entendre tout au long l'histoire de la châtelaine depuis la mort de son mari ; sa résolution de vivre dans la retraite et d^y élever son enfant, les démarches infructueuses de sa famille pour l'en arracher, son refus constant de se remarier ; tout ce gracieux poëme que je savais déjà,

M. de B me Ta chanté en prose médiocrement

poétique. Cet homme n^a rien compris de ce qu'il y a de charmant dans la vie de cette chaste veuve qui s'enferme à vingt ans pour vieillir fidèle à l'époux qui n'est plus et se vouer tout entière à l'unique fruit d'un amour que la mort a fait éternel. M. de B n'a vu dans ce veuvage obstiné qu'une bizarrerie de caractère qu'il ne se charge pas d'expliquer. Je ne sais rien de plus désenchantant que de soumettre à un examen un peu sérieux la plupart de ces hommes qu'on appelle des gens du monde. On se laisse volontiers prendre à la grâce de leurs manières; qu'on s'avise de gratter la couche brillante du vernis qui les couvre, on est tout surpris de ne trouver dessous que le métal le plus vulgaire.

Pour en revenir aux indiscrétions du beau cousin, en voici quelques-unes qui t'intéresseront peut-être. Depuis deux ou trois mois, l'humeur, le caractère et la santé de mademoiselle de Mondeberre se sont visiblement altérés. M. Gaston de B*...., profond observateur et merveilleux psychologiste, assure qu'il' faut marier cette enfant. Il tourmente madame de Mondeberre pour qu'elle se décide à conduire sa lille

dans le monde ; mais la fille ne paraît pas s'en soucier non plus que la mère. Quoiqu'il en soit, Gaston s'est mis en tête qu'il marierait sa jolie cousine. Il ne se passe point de semaine qu'il n'aille une ou deux fois au château proposer ou indiquera madame de Mondeberre quelque nouveau parti pour Alice. Malheureusement Alice a déclaré qu'elle ne voulait pas voir l'ombre d'un prétendant, et, de son côté, madame de Mondeberre ne montre nul empressement à connaître le bois dont on fait les gendres. M. de B.... ne se lasse pas de revenir à la charge, bien qu'on lui réponde chaque fois : aCousin, que voulez-vous? nous . sommes heureuses ainsi ; portez vos maris ailleurs. » Ne voulant point partir sans prendre congé des deux anges, je suis retourné aujourd'hui au château. Ma visite a été courte. Il n'a guère été question de toi, mais mademoiselle de Mondeberre a caressé tes chiens et flatté de sa main l'encolure de ton cheval. Tu trouveras ci-joint, avec le dessin d'Alice, un croquis à la mine de plomb que j'ai tracé de souvenir, d'après sa personne. La ressemblance est à peine indiquée ; ton cœur l'achèvera.

Bionda testa, occhi azzurri, e bruno ciglio.

J'ajoute à cet envoi un brin de bruyère rose qui s'est détaché d'un bouquet qu'en causant hier avec moi mademoiselle de Mondeberre mordillait et broutait comme une biche. Je n'ai jamais donné pour ma part dans ces faiblesses du sentiment; mais je les respecte et les sers au besom.

Ma mission est remplie. Je pars demain au point du jour ; j'ai hâte de revoir mon ruisseau de la rue

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