‹ FernandChapitre 52 sur 156 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

malade; je ne désespère pas de l'amener insensiblement à prendre son amour pour le mien, ni de la voir bientôt renaître sous mes soins et sous ce doux ciel. Nousappellerons l'étude ànotre aide ; nous lirons les poètes italiens; nous aurons des lleurs, des livres et du soleil. Pour être heureux, il ne nous manquera que le bonheur; je veillerai à ce qu'Arabelle n'en sache rien, et moi-même je l'oublierai peut-être en assistant à sa résurrection. Je n'y arriverai pas en unjour; j'y tendrai incessamment de tous les efforts, de toutes les facultés de mon être. Je ne me dissimule aucune des difficultés de la tâche que je m'impose; Dieu qui voit mes intentions, me soutiendra dans cette entreprise. Déjà je suis entré dans ma nouvelle voie, et j'ai trouvé, dès les premiers pas, un soulagement , un contentement intérieur que je n'espérais plus éprouver. Depuis que je n'attends rien de la destinée et que j'ai renoncé à ma part de félicité en ce monde, j'ai perdu l'exaltation fiévreuse qui me consumait et recouvré du même coup le sentiment des milles petites joies que la nature prodigue à toute heure au cœur simple qui sait en jouir. A soigner l'âme d'Arabelle, je gagne d'échapper à la mienne, et je crois entrevoir que le secret du bonheur est de ne point le chercher pour soi-même. Quand la santé d'Arabelle sera rétablie, nous voyagerons : j'essayerai d'occuper ses jours et de la distraire; je ferai mon devoir jusqu'au bout, sans me plaindre et sans murmurer. Je rougis à présent des excès auxquels je me suis laissé entraîner. Malheureux! je n'ai eu ni le courage d'accepter ma position, ni l'énergie de m'y soustraire : j'ai reculé

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en même temps devant Thonneur et devant la honte. Je sais mes faiblesses ; je les déteste et je les abjure. Comment ai-je osé, par exemple, t'envoyer rôder autour de Mondeberre ? Comment, trop faible ami, t'es-tu prêté à mes lâches désirs? Gomment n'avonsnous compris ni Tun ni l'autre que c'était outrager à la fois l'innocence et le malheur! Ah ! tu l'as bien compris, toi ! mais tu as étouffé, pour me complaire, les répugnances de ton cœur; tu n'as pas craint d'immoler à ma fantaisie la droiture de ton caractère. Noble et cher ami, tu n'aurais pas dit : a Enlevons Hermione, » tu l'aurais enlevée. Je veux, cher Karl, me montrer digne d'une amitié si belle ; je veux, en ne restant point au-dessous de mon infortune, la rendre respectable et mériter l'estime autant que la pitié. LeFernand que tu as connu a cessé d'exister; je commence une seconde vie en expiation de la première.

Stériles regrets ! soins superflus ! réparation tardive! Où trouverai-je la force et le courage d'écrire ce funesie récit? Je le dois cependant, il le faut, pour que mon châtiment soit complet et que rien ne manque à ma honte !

Depuis quelques jours, la passion d'Arabelle avait tout d'un coup changé de caractère. Ce n'était plus l'exaltation de la douleur, ni l'affaissement d'un courage épuisé, ni l'attendrissement d'une âme qui pleure et s'apitoie sur elle-même; c'était un désespoir immobile, silencieux et sombre. J'avais remarqué ces nouveaux symptômes, je commençais à m'en

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