‹ FernandChapitre 67 sur 156 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

même je n'oserais pas affirmer que vous n'êtes point allé au delà de mes espérances. Quoi qu'il en soit, c'est à votre tour maintenant.

— Avez-Yous des armes ? demanda Fernand d'une voix ferme,

— Oui.

— Un témoin?

— Un ami m'accompagne. »

M. de Peveney se souvint que Gaston se trouvait dans le voisinage. Il l'envoya quérir, et, en l'attendant, il écrivit à la hâte ses dernières dispositions. M. de B... arriva. Après avoir expliqué en deux mots de quoi il s'agissait :

(( Gaston, ajouta— il, si je suis tué, vous direz à madame de Mondeberre que ma dernière pensée a été pour elle. »

Cela dit, tous deux montèrent dans la chaise de M. de Rouèvres, qui leur en jQt les honneurs avec politesse. La voiture partit au galop des chevaux ; et, sur l'indication de Gaston, après avoir suivi quelques instants les bords de la Sèvre, elle tourna le coteau pour s'enfoncer dans un sentier qui se perdait sous un bois de chênes.

Quelquesheures après le leverdu soleil, de lourdes vapeurs s'étaient amassées au couchant et avaient fini par se condenser en nuées épaisses qui envahissaient peu à peu l'horizon, et se détachaient comme une chaîne de montagnes sur l'azur embrasé du ciel. La nature semblait frappée de stupeur et d'immobi-

lité. Pas un cri, pas un tressaillement, pas un souffle. Les feuilles languissaient dans l'air stagnant ; les oiseaux se taisaient; les fleurs endolories se penchaient sur leurs tiges.

Madame de Mondeberre et sa fille se tenaient assises sur le bord d'une pièce d'eau située à l'extrémité du parc, petit lac ombragé de saules qu'alimentait le cours habilement détourné de la Sèvre, et qu'animaient les évolutions de deux cygnes. Alice était inquiète, agitée; samèrel'observaitavec complaisance et se plaisait à prolonger ce trouble, ce malaise dont elle avait le secret dans son cœur et la guérison sous la main. Après avoir causé de toutes choses, excepté de celle qui les préoccupait toutes deux, madame de Mondeberre sut adroitement amener l'entretien sur un terrain qu'Alice n'abordait jamais sans humeur et sans impatience. Après l'y avoir attirée par d'insensibles détours :

(( Mon enfant, ajouta-t-elle, au risque de t'irriter, et dussé-je passer à tes yeux pour la plus prêcheuse des mères, j'en reviens à dire que ton cousin Gaston a raison. Il n'est pas juste, il n'est pas convenable qu'une belle et charmante fille comme mon Alice ensevelisse dans la solitude les plus belles années de sa jeunesse. Toute âme ici-bas a ses destinées àremplir ; nulle ne saurait s'y dérober sans faillir à la mission qu'elle a reçue de Dieu.

— Quelles destinées? quelle mission? répondit Alice avec vivacité. Dieu ne m'a donné d'autre mission que de t'aimer et de le servir.

— Oui, tu es une fille adorable ! s'écria madame deMondeberreavec effusion; mais, chère enfant, cela

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