‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 109 sur 118 · CHAPITRE H. t · texte numérisé non relu

CHAPITRE H. t

approche, djemain nos doote j'aurai œ^é d'exister. Lafièvreabrûlémes es; mon sang épuisé n'arrivera bientôt plus à mon cœur; ma vue se trouble, timt mon être s'affaisseT 1a ohûo qui tous âmt est tremblante et déjà glaeée. £h bien I tous pouiriez d'un seul mot ceque Dieu ne pourrait pas sam vous : tromper la mort et me rendre à la vie. Vivre, je pounnis TÎvre encore I Oh r la vie, Érariste I le toieil et j 'ar-ar des cieuz ! les nuits étoilées et sereines I le part'utn des fleurs et t'ombrage des bois, tous ces biens ido seraient rendus I Cn mot de Ttws suffirait pour cela, et ce mot, vous ne le direz pas. — Iln'jikiit plus songer. Que votre volonté s'accorapliBsel Vous aurez (!t<j inflexible comme le destin. Oui, vous avec été cruol; je ne croîs pas que beaucoup d'bommcs aient éié pour de pauvres femmes aussi cruels que vcuis l'avez été pour cette pauvre abandonnée! Où doncavezvous pris ce féroce courage î Saviez-vous, ami, qn'on en meurt? Ah 1 j'aurais bien voulu vous voir une fois encore pour vous demander pardon du mal que j 'ai pu vous faire. Si vous avez souETert par moi, croyez quej'en suis innocente; si j'ai péché vis-à-vis devous, ce n'a jamais été, je vous jure, que par excès de tendresse. Je m'en irais toutàfeitheureuse, sij'élais sûre de vous laisser de doux souvenirs, et cette conviction que je vous ai beaucoup aimé... »

Et, sur un feuillet détaché, ces mots à peine lisibles :

«Un dernier adien 1 un adieu éternel I Où ètesvous ? que faites-vous? Je viens de voir, à travers les arbres, un cavalier passant au galop sur la route. mou fiieu I si c'était vous I II m'a semblé vous recoii-

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naître. Peut-être est-ce vous?vqus êtes si bon ! Quel-

que chose vous aura crié que j'allais mourir, et vous serez parti, et voilà que vous accourez. Seigneur» faites que ce soit lui, que je le voie une fois encore?»

« Et moi, ma mère, et moi I » s'écria le malheureux jeune homme.

Il ne put en dire davantage. Il avait caché sa tête entre ses mains; il demeura longtemps ainsi, anéanti dans sa douleur.

Cependant l'aube blanchissait l'horizon. Appuyé sur le balcon de la fenêtre ouverte» il se prit à contempler d'un regard distrait les nuées que le vent éparpillaitdans le bleu du ciel. L'orage s'était dissipé ; de molles vapeurs se détachaient, comme des flocons d'ouate, du flanc des coteaux ; les oiseaux gazouillaient sous la feuillée humide ; le parc étincelait, commeun vaste écrin, aux premiers rayons du soleil. Richard s'arracha brusquement à ce réveil des joies de la nature. Le foyer brûlait encore; il y jeta, une à une, les lettres qu'il venait de lire. Le feu les dévora toutes, excepté la dernière, que le jeune homme voulut garder.

Il avait trouvé au fond de la cassette plusieurs enveloppes vides, à l'adresse de madame^ de Deaumeillant, reliques des temps heureux, conservées là sans doute par une de ces puérilités de l'amour qui donnent du prix aux moindres choses qui nous viennent de l'être aimé. Toutes les suscriptions étaient de la même écriture ; tous les cachets étaient intacts ei portaient la même empreinte armoriée. Il mit de côté une de ces enveloppes etlivra les autres aux flammes. Ces soins accomplis, il ikardûana une fois encore à sa

mère ; puis, s'adressant par la pensée i l'homme qui .' <

avait EEtit le mal :

' « Où que tu sois, — dit-il, — et qui que tu sois,

je te trouverai. Le monde est grand, mais ia vie est

longue. •

Richard entra dans le monde, sans guide, sans ■ y

appui, triste et solitaire. Les salons les moins ^cces- •!

sibles s'ouvrirent devant le nom de son père, qu'il **/

portait d'ailleurs en digne héritier d'une race de preux. II était beau, silencieux, grave et fier. Élevé '

au fond des bois, s'il n'avait pas cette science banale que donnent l'usage et le frottement de la vie mon- -^

daine, il 7 suppléait par une distinction naturelle, qui révélait à coup sûr la noblesse de son origine. Son titre et sa fortune, sonair jeune et souiTrunt, son front pèle et chaîné d'ennuis, la réserve un peu hautaine de son attitude et de ses manières, tout enfin, jusqu'à la sombre sévérité de son costume, le signala aussitôt à la bienveillance de plusieurs et k la (curiosité de tous.

Ce qui le frappa d'abord, ce fut de voir quel souvenir auguste et vénéré le comte de Beaumeilliint avait laissé parmi les hommes, quels hommages éveillait son nom, quelles sympathies soudaines ce nom faisait lever dans la foule. Onn'enseigna point à lUcbard le respect qu'il devait k la mémoire de son pi^re ; ce respect était dans son cœur, mais froid et conjpassé, comme tout sentiment qu'impose le devoir et que n'exalte pas la tendresse.

298 ^ BIGHARD. '

Dès son plus bas âge, Richard n'avait vu dans le comte de Beaumeillant qu'un vieillard soucieux et morose. Il ne se souvenait pas d'avoir surprils sur sa bouche un sourire, dans ses yeux un regard caressant. Le comte aimait pourtant son fils ; mais empoisonné dans sa source, cet amour avait manqué d'expansion, de grâce et de charmes.

En grandissant, Richard Tavait sourdement accusé de l'exil de sa mère. Faut-il le dire ? plus d'une fois il avait senti près de lui remuer dans son sein quelque chose de pareil à la haine, qu'il s'était aussitôt empressé d'étouffer, mais sans se demander jamais si ces impassibles dehors ne cachaient pas une âme profondément blessée, qui dévorait son sang et ses larmes. Pitié, tendresse^ amour, tout avait été pour l'absente.

Soit qu'il eût compris ce qui se passait dans le cœur du jeune homme, et qu'il fût trop fier pour se plaindre ou pour se justifier, soit qu'il n'eût fait qu'obéir aux dispositions d'un esprit chagrin et d'un caractère taciturne, M. de Beaumeillant avait toujours négligé de vaincre les répugnances de Richard et d'établir entre son fils et lui des rapports plus affectueux et plus intimes. Ainsi, quoique respirant sous le même toit, tous deux avaient vécu tellement séparés l'un de l'autre, que Richard, en entrant dans le monde, ne savait de la vie de son père que ce qu'il en avait vu lui-môme. Pouvait-il soupçonner que cette existence, qu'il voyait tristement s'éteindre dans les ennuis de la solitude et de l'abandon, recelât un passé glorieux, que cette destinée si sombre à son déclin eût été belle à son aurore ? Jamais le comte

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