‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 110 sur 118 · CHAPITRE m. S9S · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. S9S

ne l'avait entretenu des grandes choses de sa jeunesse, jamais la comtesse ne s'était parée de la gloire ' , de son époux; ce fut le monde qui apprit a Richard ' ^ quel homme îlavaiteu pourpère. '■* Le comte de Beaameillant avait été un de ces ~ • loyaux et fldMes serviteurs doot la légitimité anrii . ! pour toujours emporté le type chevaleresque dans un ^ des plis de son linceul. Au premier cri poussé par k monarchie aux abois, il avait tiré sou épée et n'était revenu dans le chUeau de ses ancêtres qu'après avoir TU ses maîtres légitimes paisiblement assis sur le trône de leurs aïeux. Il avait partagé les labeurs et la gloire d'une lutte féconde en héros ; il avait été grand sur une terre de géants. Lors de l'arrivée de Richard à Paris, la révolution de 1830 venait d'ébranler le soi de la Vendée, d'en remuer les cendres, d'en raviver les souvenirs. Sur la rive gauche de la -, Seine, dans ce monde où l'on garde encore le culte ? du malheur et la rehgion de l'exil, Richard enlrii, , v portant, sans s'en douter, comme une étoile au front a la vieille renommée paternelle.

Sa première visite ftit au marquis de Penhofidic. r n savait que les Penhofidic s'étaient alliés autre- ' ' rois aux Beaumeillant, et qu'une étroite amitié avait de tout temps existé entre les deux familles. En elTet, à peine eut-on annoncé le jeune comte, qu'à son nom le marquis se leva; il pressa Richard sur son cœur et le tint longtemps embrassé. La marquise lui tendit une main blanche et sèche qu'il porta respectueusement à ses lèvres. Rangées auprès de leur mère, mesdemoiselles de Penhofidic, trois fleurs de grâce et de beauté, dctoses sur laméme tige dans le

jardin de Taristocratie, l'observaient avec intérêt, tandis que quelques personnes réunies dans le salon de la marquise s'empressaient autour de lui, car toutes avaient connu le comte de Beaumeillant, son , père.

Après les premières effusions, la conversation s'engagea, et l'on peut juger de Tétonnement de Richard en se voyant tout d'un coup et comme par enchantement illuminé parle reflet d'une renommée qu'il n'avait pas même pressentie jusqu'alors. Ce fut pour lui comme un lever de soleil sans aube et sans aurore. Le comte de Beaumeillant et le marquis de Penhoêdic avaient été compagnons d'armes ; ils avaient combattu sous le môme drapeau, partagé les mêmes dangers, mêlé leur sang sur les mômes champs de bataille. Le marquis rappela les grandes choses qu'avait accomplies le comte; il n'oublia point qu'à l'armée vendéenne on l'avait surnommé, comme Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche. II cita plus d'un trait qui fit monter au front du jeune homme la rougeur d'un noble et saint orgueil.

Comme il achevait de raconter qu'il avait dû deux fois la vie au courage et au dévouement de Tamî qu'il appelait son frère, on annonça M. de Kervégan. Le marquis présenta tout d'abord au nouveau venu le jeune* Beaumeillant. A ce nom, M. de Rervégan embrassa Richard avec une brusque tendresse qui tenait à la fois du soldat et du gentilhomme.

« Si vous avez le cœur de votre père, — lui dit-il» — vous serez Richard Cœur de lion, n

Bientôt l'entretien devint général; chacun ap-

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porta son offrande à la mémoire du guerrier breton. n y eut plus d'une révélation glorieuse, et le comte de Beaumeillant fut vengé en ce jour de l'oubli qui avait rongé comme une rouille la dernière moitié de son existence. A la fois surpris et cbarmé^ Richard écoutait, honteux en môme temps d'avoir jusqu'à présent ignoré cette gloire ; lui cependant, dont la tête, l'esprit et le cœur n'étaient remplis que d'une seule image et d'une pensée unique, il ne tarda pas à remarquer que le nom de sa mère était, pour ainsi dire, exilé de la conversation, et qu'on semblait môme éviter toute allusion à son souvenir. Nous l'avons dit, ce jeune homme ne savait rien du monde; il ignorait de quelle réprobation la société frappe certaines fautes, combien elle est impitoyable à tout ce qui vit en dehors de ses lois. II n'avait jamais vu dans sa mère qu'une tendre victime, digne de la pitié de tous, et ne supposait pas, d'ailleurs, que le monde fût dans le secret de ses égarements. Il essaya donc plus d'une fois de mêler à l'entretien le nom de madame de Beaumeillant; mais, chaque fois qu'il le tenta, ce nom n'éveilla pas d'écho et tomba silencieusement sans être relevé par personne. Richard se sentit pris d'un sourd malaise, d'une vague inquiétude qu'il subit d'abord sans chercher à s'en rendre compte; seulement, plus il entendait exalter son père, plus il éprouvait le besoin de venger sa mère de rindifférence qui pesait sur elle. Il y avait en lui deux orgueils, l'un qui triomphait, l'autre qui souffrait^ d'autant plus vi\lnérable, celui-ci, qu'il réunissait toutes les susceptibilités de l'amour et de la tendresse.

te

toi RICHARD.

Il arriva que M. de Kervégan, qui, voyant Richard vêtu de noir des pieds à la tête, avait pensé que ce jeune homme portait le deuil de son père, l'interrogea sur la perte qu'il croyait récente; car les amis du comte de Beaumeillant avaient longtemps ignoré sa mort, et M. de Kervégan venait d'en recevoir la première nouvelle.

« Mqn père est mort depuis cinq ans, — répondit Richard ; — le deuil que je porte, — ajouta-t-il avec un fier sentiment de douleur, — je le porterai durant ma vie entière : c'est le deuil de ma mère» comtesse de Beaumeillant. »

n tomba sur ces mots un silence de glace.

« Monsieur, — dit enfin la marquise s'adressant à Richard, — Dieu devait à votre noble père la consolation de partir d'ici-bas sans avoir vu le roi, notre maître, reprendre le chemin de l'exil. Nous le pleurons ; ce n'est pas à nous de le plaindre. »

A ces mots, le jeune gentilhomme se leva froide* ment. Il venait de comprendre que la comtesse de Beaumeillant était jugée et condamnée ; il avait apr pris en môme temps et du môme coup la gloire et la honte de sa famille.

Richard retrouva partout l'accueil qu'il avait reçu à l'hôtel de Penhoêdic. Partout il vit les bienveillances les plus flatteuses, les sympathies les plus honorables accourir et s'empresser autour de son nom; il vit partout rayonner la mémoire du comte, tandis que celle de la comtesse resstait ensevelie dans la nuit et dans le silence. Loin d'en ôtre atteint, son amour s'en accrut. Mieux il comprit que le souvenir de sa mère était frappé d'interdit, plus il la plaça haut dans

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