‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 12 sur 118 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

retour de l'enfant prodigue, tout cela remplissait mon âme d'une pure ivresse. Parfois je me demandais si je veillais et si ce n'était pas un songe. Quand je partis, les étoiles brillaient depuis longtemps dans le bleu du ciel. Je m'en retournai calme, heureux, rasséréné, meilleur enfin que je n'étais venu; mais je devais, en rentrant chez moi, retrouver le souvenir d'ArabelIe, comme un malfaiteur qui se serait introduit dans ma maison et m'aurait attendu traîtreusement caché derrière ma porte.

On me remit une lettre que le facteur avait jugé convenable de n'apporter que le soir. J'examinai la suscription avec un sentiment de terreur : je reconnus la main d'ArabelIe.

N Je ne sache pas que jamais lettre soit arrivée plus mal à propos; il me sembla que c'était un créancier impitoyable qui réclamait le prix d'un jour de bonheur et d'oubli. Imagine un forçat un peu poétique parvenu à briser sa chaîne. Il s'est échappé le matin, et, durant tout le jour, il a bu à longs traits l'air enivrant de la liberté ; il a marché tout un jour sans liens et sans entraves ; il a vu le soleil se coucher dans sa gloire ; il s'apprête à dormir sur un lit de mousse, sous la voûte étoilée, pour reprendre au matin sa course aventureuse. Tout le charme et tout le ravit. Mais voilà qu'au moment où son cœur n'est qu'un hymne de délivrance, on le reprend, on l'arrête, on lui remet les fers aux pieds ; voilà qu'on le ramène au bagne qu'il croyait avoir fui pour jamais. Tel est l'effet qu'a produit sur moi cette lettre ; elle m'a rejeté violemment sur le sol de la réalité. Ce n'eût été la veille qu'un moment d'humeur; ce fut

cEUe fois delà coIère,presquedeIabaîne. Je rompis le cachet et jelus quelqueslignes. Au sortir du chaste et paisible intérieuroù je venais dégoûter des joies si simples et sipures, ce langage passioDOé me choqua comme na son fouz et discordant. Et puis, toujours la même chose! Je n'ai pas eu le courage d':il!er jusqu'au bout : je lirai le reste dans quelque l'otnnn nouveau,

Ailini. Quand tu seras las du bruit et de la foule, v]i?n^ II' reposer auprès de moi; tu trouveras toujours sur ]•.' ]ias de ma porte deux bras amis qui s'ouvriroiiL jiour te recevoir.

UBL STEin A FERKAND DE FEVENET.

Ain^^i lu romps avec la société : il faudra bien que la société s'en console. Vis aux champs, s'il te plaît d'y vivre. Lesgeutilshommes d'autrefois, qui valaient bien cens d'aujourd'hui, cultivaient leurs terres et f:iisaient du bien à leurs paysans ; je ne pense pas que ce soit déroger que d'en faire autant. Seulement n'oublie pas que ton père ne fut un homme bL'ureux que parce qu'il fut un homme utile. Être utile, c'est là la question. « Si vous vous sentez les ]iasïii)ns assez modérées, écrivait un philosophe à je ne sais quel gentilliLtre qui lui demandait conseil; si vous TOUS sentez l'esprit assez doux, le cœur assez sain pour vous accommoder d'une vîe égale, simple et laborieuse, restez dans vos domaines, faites-les valoir, travaillez vous-même, soyez le pèie de vos domestiques, l'ami de vos voisins, juste et

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