‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 22 sur 118 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

passe-t-îl? que fait Fernand ? pourquoi ne revient-il pas?. Vous le savez, parlez, ne me cachez rien : la mort vaut mieux que l'incertitude dans laquelle je vis depuis ce funeste départ. » Sa voix était brève, son visage pâle, son regard fiévreux. J'essayai de la calmer; elle m'interrompit aussitôt : « Il ne m'aime plus I il ne m'aime plus I » Et, se laissant tomber dans un fauteuil, elle éclata en sanglots. Bien que je sois peu accessible aux émotions de cette nature, sa douleur me toucha. Je me décidai à mettre en jeu tout ce que le ciel m'a départi d'éloquence pour lui démontrer que tu n'avais point cessé de l'aimer. Madame de Rouèvres m'arrêta court, et je dus essuyer une bordée d'imprécations à ton adresse, dans lesquelles les noms d'ingrat, de parjure et de traître ne te furent pas épargnés. Je pensais que tu avais porté le dernier coup, et que, tout étant fini, il ne me restait plus qu'à prêcher la résignation. Je hasardai quelques maximes aussi neuves que consolantes sur l'iDstabilité des affections humaines ; mais à peine eut-elle compris oùje voulais en venir, qu'elle se récria en demandant d'un ton superbe si je la jugeais indigne de ton cœur et de ton amour. Ne sachant plus à quel saint me vouer, je pris le parti de m'en tenir à mon rôle d'honnête homme, le plus simple et le plus facile en cela comme en toutes choses. Comprenant enfin qu'en venant à moi elle n'avait obéi qu'au pressentiment de sa destinée, je résolus, tout en ménageant son orgueil et son désespoir, de déchirer le voile que tu n'avais fait encore que soulever. Je commençai par protester de la sincérité de ta tendresse; puis j'en vins doucement à lui lais*

ser pnirevoir que votre attitude vis-à-vis de M. de

Roui'vies répugnait à la loyauté de ton caractère,

yj - autiiiil qu'à ton amour la vie de ruse et de duplicité

f\ que vous aviez dû vous imposer vis-à-vis du monde.

\ Ici, nouvel embarras! «N'est-ce que cela? s'est-elle

écrién :je suis prête à lui tout sacrifier avec joie. ti Oii'il dise un mot; honneur, fortune, considération,

j^ je foule tout aux pieds pour aller vivre seule avec

^V lui i*ii fond des bois. » A mon tour, je me récriai; je

*■ m'cllorçai de lui (aire entendre qu'on ne vil pas au

* fond (les bois, que ia passion n'est point éternelle,

quiiiie heure arrive infailliblement où la raison reprend son empire. Mais voici bien uneautre fête) Voici qu'au plus bel endroit de mon sermon on vient m'aniioiiccr qu'un étranger est là, qu'il demande à m'entielenir, qu'il n'ya pas un moment à perdre. Je me JL'tte hors de mon cabinet, et me trouve nez à nez ^ avt'c M. de Rouèvres, aussi grave, aitssi froid, aussi

'^ ■ calme que d'habitude. « Rien qu'un mot, me dit-il

y en refusant de s'asseoir. Ayant à vider une petite af-

faire, j'ai pensé qu'il ne vous déplairait pas de me ■J " servie de témoin. Ce soir, au bois de Vincennes :

y puis-je compter snrvous? — Toujours et partout,

■ V répondis-je. C^te affaire — Est de celles qui

)/ ne s'arrangent pas. — Puis-je savoir? — Rica

Î^ ) . n'est plus simple. » Et là-<[essus de me raconter que

' la veille, dans an tout, en passant près d'un groupe

%^ de jeunes gens qui ne le soupçonnaient pas si

jf I prës, il avait entendu prononcer le nom de sa femme

et le tien. « Le monde est infSme, ajouta-t-il; rien n'est sacré pour laî. Il s'attaque aux plus nobles âmes, il outrage les liens les plus pars. » Juge de ma

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