‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 23 sur 118 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

consternation. Confident des amours de la femme, devais-je assister le mari dans une pareille rencontre? L'honneur me criait que non, mais comment éluder la tâche que j'avais acceptée? « A ce soir donc ! dit le comte en se retirant. — A ce soir ! » répétai-je sans oser lui toucher la main. Je retrouvai Arabelle plus morte que vive, l'œil hagard, la bouche livide. Elle avait tout écouté, tout entendu. Elle demeura longtemps muette, me regardant d'un air égaré. « Je suis perdue, » me dit-elle enfin. Je tâchai de la rassurer, mais à tout ce que je pus dire elle ne répondit que ces mats : « Je suis perdue l je suis perdue 1 » Quand je la vis près de se retirer: (( Qu'allez-vous faire? lui domandai-ie avec anxiété. — - J'e n'ai plus que deux refuges^ dit-elle : si l'un m'échappe, l'autre plus sûr ne me manquera pas. » Je l'obligeai à se rasseoir; je m'épuisai à lui prouver qu'il fallait attendre, que rien n'était désespéré, qu'elle allait tout compromettre en tout précipitant. Tout ce que je pus obtenir d'elle fut qu'elle ne déciderait rien sans m'avoir consulté. Elle partit. Je restai plus d'une heure à la môme place, sondant avec effroi l'abime entr'ouvert sous tes pieds. Le temps fuyait. Je t'écrivis à la hâte quelques lignes seulement pour te crier garel A sept heures, onvintm'avertirque la voiture du comte m'attendait à la porte. Durant le trajet, M. de Rouèvres s'entretint avec moi î comme s'il se fût agi d'un rendez-vous de chasse. Arrivé sur le terrain, les conditions du combat une fois réglées, il prit une épée et se mit en garde. Ce fut l'afiEaire d'un instant Je vis sa lame voltiger, s'allonger, glisser comme un éclair, puis se relever et res^

hr immobile, tandis que notre adversaire tombait roi<!c sur le gazon. Ce n'est pas tout : il en restait un jiilrc, un joli jeune homme, mince comme unrosi'iiu, blaac et rose comme uûe fille de quinze ans, cif;are au bout des lèvres, œillet rouge à la boutonnière. Les témoins ayant décidé, pour égaliser les cliatices, que cette seconde affaire se viderait au pistolet, tous deux se placèrent à quarante pas de distance et marchèrent armés l'un sur l'autre. Au bout dt! dixpas, lejeunfî homme fit feu ; M. de Rouèvres ne broncha pas. Ce beau fils est un jeune brave : ii s'uU'aça, croisa tranquillemenl ses bras sur sa poitriue, et continua de fumer, tandis que M. de Rouèvres s'avançait, pistolet au poing. A quinze pas, le comte l'ajusta et enleva le cigare qu'il tenait à la bouche. (c P^irdieu! Monsieur, dit le jeune homme avec humeur, vous êtes un maladroit I — Au contraire. Monsieur, répliqua M, de Rouèvres : on ne fume pas sints les armes, u Cela dit, il salua froidement et g:igna sa voiture, aussi calme que s'il venait de * tuer un lièvre et de manquer un lapereau. Fernand, si lu te bats jamais avec ce diable d'homme, que ce soit h coups de faux, & coups de sabre, à coups de canon; mais garde-toi de l'épée et du pistolet.

Tel est le récit fidèle des événements de la journée d'hier. Maintenant, que va-t-il se passer? A lagr&ce de Dieu I Voilà pourtant où t'aura conduit ton sy^ téme de ménagements et de temporisation! Ou je lie trompe fort, ou tu vas te trouver acculé dans la plus horrible impasse où puisse s'étouffer la destinée d'un galant homme. Ne comprends-tu pas, malheureux, que cette femme, depuis ton départ, ne cher*

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