PREMIERE PARTIE
je vous nomme mon fils. Quand je vous connus, à peine échappiez-vous à Tadoleseence, et dès lors je caressai en vous un espoir confus et lointain. Je vous vis sans effroi quitter nos campagnes : ce départ servait mes desseins. Je savais que vous me reviendriez, éprouvé peut-être, mais partant meilleur. Fernand, vous êtes revenu. Je m'étais alarmée de votre longue absence; quelle ne fut pas ma joie de vous retrouver digne du trésor que je vous réservais, d'assister jour par jour à la réalisation de mes espérances! Vous le voyez, je vais au-devant de vos aveux : c'est une mère qui vous parle ; jugez par là si je vbus aime et si je mérite votre confiance.
— Madame, répondit M. de Peveney avec un sombre désespoir, je serais le plus heureux des hommes si je n'en étais le plus infortuné et le plus misérable. Bigne à la fois de l'envie et de la pitié de tous^ je porte en moi le ciel et l'enfer; Dieu m'accable en même temps de ses bienfaits et de ses rigueurs. N'en demandez pas davantage. Je ne sais pas moimôme le destin qui m'attend; quel qu'il soit, croyez, Madame, que, tant que je vivrai, votre image et votre souvenir rempliront tout entier mon cœur.
A ces mots, il sauta sur son cheval et partit.^Qu'allait-il faire? Sa tête était comme une arène où mille projets en lutte se détruisaient les uns les autres. Il pressait avec rage les flancs de son cheval, dans l'espoir de se briser le crâne contre les arbres du chemin. Une fois seul, libre de toute contrainte, il s'était abandonné sans frein aux mouvements impé* tueux de son âme. Pâle, les yeux ardents et les lèvres tremblantes, à demi plié sur sa selle, on l'eût dit em-
/ P<3rté dans l'espace par l'orage de sa colère. Dorant
}f-' le trajet de Hondeben^à Feveney, iJ compritia haine
k, et toutes ses fureurs; daas l'égarement de ses sens
r déchiilni^a, il aborda tour à tour la pensée du meurtre
t et cflk' du suicide. ËnSu son cheval s'arrôta tout fn-
K' ■ mant devant la grille du jardin.
Fernaod mit pied à terre, et, avec cette résolution brutiile que douoe le désespoir, il entra d'un pas ferme diins sa maiBon, Il la trouva déserte; rien n'y révélait la présence ni môme l'arrivée récente d'aucun hôle. Qappela ; pas une voix ne répondit. Ses gens, qui ne l'attendaient que le soir, étaient absenls ; le serviteur qui lui avait porté la fatale nouvelle n'était point encore de retour. Un rayon d'espoir Ëclaircit son ^nt et traversa son cœur. Cette lettre qui venait de le ramener comme la foudre, il se rappela tout àcoup qu'il ne l'avait pas même ouverte, qu'il n'en connaissait que la suscription. N'a> vait-il p^is été trop prompt à s'effrayer? Ses yeux ne l'avaiûnt-ils point altosé ? Prêt à sourire encore une fois <ie sa terreur et de sa faiblesse, il prit cette let* tre dans la poche de son habit ; mais comme, après avoir e.xanÙDé de nouveau avec une attention sérieuse les caractteesde l'adresse, il se préparait & l'ouvrir, il entendit iefnUement d'une robe dans l'escalier qui raoelait à sa chambre, et presque au même institut II se sentit enlacé parles bras d'une femme
PREUIRBE PARTIE. S9
qui le couvrait de pleurs et de baisers, ea s'écrianl d'une voix éperdue:
— Pernand I mon Fernand I c'est doue vou^ qu'enflu je revois I Hélas I j'ai bien pleuré, j'ai bien souffert... Tous les spectres hideux, tous les pâks fantômes que l'absence traîne avec elle, je les ai tous vus, dans mes nuits sans somn>eil, s'abattre k mon chevet. Cruel, pourquoi ne venais-tu pas ? el que tes lettres étaient froides 1 J'ai cm que tu ne m';iimais pins, ingrat, et j'ai sonhaîté mourir. Tu soiilfrais aussi, mon Femaud ; ton cœur s'indignait de la ruse, et ton amour de la contrainte. C'était là le secret, n'est-ce pas, de tes sombres emportements et de ton humeur irascible ? Je t'ai compris eoBn 1 Maiii toi. comment ne comprenais-tu pas que sur un mot, sur un geste de toi, j'aurais tout qnitté pour k> suivre 7 Tu le savais, ton âme généreuse a voulu me laisser toute la ^oired» sacrifice. Eh bien, je suis venue, me voici 1 Me voici désormais tout enliùreà toi seul I Parte-moi ; pourqum me regarder ainsi? C'est la surprise, c'est la joie : moi-même, je m' me connais plus, je ris, je jJeure, je suis folle I
Ainsi parlant, riant, en effet, et jJeorant à la foig, elle baisait les mains de Fernand et se suspcudait, comme une liane, au cou dujeune homme ; laudis que celui-ci, debout et immobile, blanc et fiitid comme on bloc de marbre, la regardait d'un :iir stupide, et paraissait ne rien comprendre aux paroles qu'il entendait. Elle l'entraîna vers un ilJvau qai occupait le fond de la chambre, le fit asï>uoir comme un enfant, et, s'agenouillant ^ ses pietis :
^-Tesonviena-tu, lui dit-elle, d'un temps où ton