‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 47 sur 118 · DEUXIEME PARTIE. ii · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. ii

rais pu supporter sa haine, son indifférence m'atterra. Le croiras-tu? Est-il croyable, en effet, que des senliments si contraires puissent germer dans le même cœur? Cet amour que j'avais si longtemps maudit, en le perdant, mon âme se brisa.

Au bout de quelques instants, elle me pria d'ap* procher la lampe, et de lui donner son nécessaire de voyage. Elle écrivit quelques lignes, qu'elle me remit après en avoir cacheté l'enveloppe. « Je compte sur vous, dit-elle, pour faire parvenir ce mot ^ son adresse. » J'examinai machinalement la suscription ; je lus le nom de M. de Rouèvres. « Et maintenant, ajouta-t-elle en croisant, en dehors du lit^ ses bras sur sa poitrine, je n'ai plus besoin de vous, M. de Peveney. Je vais paraître devant Dieu ; laissez-moi le prier pour qu'il me pardonne. Je compte sur sa bonté; quel supplice pourraient imaginer sa justice et sa colère, qui ne me parût doux au sortir d'une pareille vie? »

Je m'étais retiré dans un coin de la chambre, où je priais pour elle et pour moi. Que te dirai-je? Au boutdequelquesheures,jevis, à lalueur delalampe qui brûlait au chevet, son visage s'enflammer, ses lèvres trembler et ses mains s'agiter au hasard, comme pour chercher à saisir les spectres que la fièvre promenaitautour d'elle. Aux paroles qui lui échappèrent, je compris qu'elle était en proie au délire. Je courus à elle : l'infortunée se débattait entre les bras de la mort, en criant le nom de M. de Rouèvres. Quand vint le jour, je me réveillai sur le carreau glacé : je me levai; Arabelle était morte, et je me souvins que son dernier cri avait été pour me maudire.

Et inaînteDant, tâche d'oublier que j'aie jamais exititi:. Tu n'entendras plus parler de moi. Mort à tout ce qui vit, je vais traluerdans la solitude les misérabli-s restesd'uue existence qu'achèveront bientôt d'épuiser le remords et le désespoir.

ÂRABELLE & M. DE ROUÉTBES.

HONSIErB,

Votre ^engeance a porté tous les fruits que tous deviez LD espérer. Je meurs sur la terre étrangère, dans une chambre d'auberge, entre quatre murs nus, sans autre assistance k mon chevet que celle de \ , l'homme quim'a perdue; si délaissée du ciel etdela

#• leiTo, que vous êtes dispensé non-seulement de me

y mau(liii>, mais aussi de me pardonner. Si je vous ra-

contais ce que j'ai souffert, vous pflliries d'effroi, Y(js lai mej couleraient malgré vous. Moi qui connais mes Cl imss, est-ce que je ne pleure pas, en écrivant ces mois, d'attendrissement surmoi-mômeî Figurez- L ' vous que tous m'avez enfermée dans une cage de fer

■« avec un tigre qui, par pitié, a mis dix mois à me dé-

vorer \ivante. Ce que j'ai souffert ne saurait se dire. J'ai vidé le calice de toutes les humiliations et de toutes les amertumes; je me suis desséchée dans la honte. Et pour que nen ne maoquftt à l'œuvre de mon expiation, voici que Dieu m'envoie, à l'heure > • suprôiiie, une torture non encore éprouvée qui sui>

^ • passe toutes les autres! Près de se fermer à jamais,

mes yeux s'ouvrent à la vraie lumière, et mon cœur, en fi'éleigaant, jette vers les biens qu'il a méconnus ■ ' * un cri d'amour et de désespoir.

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