‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 57 sur 118 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

devons de la Toir ainsi, capricieuse» fantasque, volontaire...

— Sans déférence pour nous, — dit Jean.

— N'en faisant qu'à sa tête, — reprit Christophe.

— Se jouant sans pitié de notre tendresse et de notre tranquillité.

— Un diable, enfin I

— Un monstre I -» dit Jean enfonçant résolument ses mains dans ses poches.

— Tu vois bien, bandit, — s'écria Christophe, — que, s'il lui arrive malheur, ce n'est qu'à toi qu'il faudra s'en prendre I »

Joseph essuya le feu de cette double batterie avec la résignation d'un martyr.

Mes frères, — répondit-il timidement, — je ne veux pas examiner jusqu'à quel point, dans les faiblesses que vous me reprochez, vous avez été mes^ complices. Permettez-moi cependant de vous faire observer que, si parfois une voix s'élève ici pour conseiller, diriger, réprimander môme l'objet de notre amour, cette voix n'est jamais une autre que la mienne. Si l'on m'eût consulté, si l'on m'eût laissé libre, Jeanne ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui; à cette heure, nous ne tremblerions pas pour une si chère existence. Rappelez-vous, mes frères, que j'ai toujours blâmé le goût des exercices violents que TOUS vous êtes plu à développer en elle. Que de fois, en cherchant à l'en détourner, n'ai-je pas encouru votre colère 1 U m'eût été doux de voir à notre foyer une fille pieuse et modeste, gardienne de la maison, vouée au culte paisible des vertus domestiques : si j'ai failli dansmon espoir, Dieu sait que ce n'est pas

ma faute. N'est-ce pas vous, mes frères, qui l'avei ' . éle\^e (lomme une jeune guerriôpe? Moi, lui aî-jecft-

Eeigné autre chose que .amourdesarlsetlegodtdes I saintes études?

t ;. — C'est-à-dire, maître cagot, s'écria Jean haus-

1^ sani les épaules, — que, si l'on vous eût laissé faire,

',' nous aurions à notre foyer une bégueule, confite ea

dévotion, qui nous étourdirait du matin au soir de

ses sermons et de ses oremus.

— MoQ frère, — répliqua Joseph, — pensez-vous ^ qu'il soit préférable d'avoir àtrembler sans cesse Bt- pour la plus chère partie de nous-mêmes?

" — C'est bon, c'estbon, — dit Christophe d'un ton

d'autorité brutale. — D'ailleurs, toutcela va changer; je suis las de voir une enfant fkire ici la loi et nous mener, tranchons le mot, par le bout du nez. Je me

. chai^ de lui parler d'une rude façon.

— Et moi, — dit Jean, — de lui tracer une ligne de conduite un peu différente de celle qu'elle a suivie

^ jusqu'à présent.

■ — Écoutez ! — s'écria Joseph en se levant par un

T brusque mouvement d'épouvante.

* C'était la tempête qui redoublait de furie. Les va-

^^ gués s'engouffraient avec un horrible fracas dans le^

^ criques et dans les anfractuosités des rochers qui

' bordent le rivage. Bien qu'on fût au mois de février,

. la foudre grondait ; l'on pouvait voir, à la lueur des

^ éclairs, la mer qui roulait des montagnes.

LestroisLegoffrestèrentimmobilesd'eff^oi.L'ho^ loge sonna huit heures.

11 Allons, mes frères, — dit Joseph, — c'est perdre trop de temps en paroles. Qu'on allume deï

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