‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 58 sur 118 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

torches, et que tous nos serviteurs viennent avec nous explorer la côte et les environs I »

Comme ils se préparaient à sortir, un violent coup de marteau ébranla la porte di^ château ; presque en môme temps le pavé de la cour résonna sous les pas d'un cheval, et la maison tout entière reten* tit d'aboiements joyeux.

« Que le saint nom de Dieu soit béni 1 » s'écria Joseph dans un pieux transport de joie et de reconnaissance.

Jean et Christophe étouffèrent l'élan de leur cœur, et s'apprêtèrent à recevoir la jeune fille selon ses mérites. Effrayé de l'expression de sévérité qui assombrissait leur visage :

« Mes frères, — dit Joseph, — soyons indulgents encore une fois. Ne traitons pas cette enfant avec une rudesse à laquelle nous ne l'avons pas habituée. C'est une âme susceptible et tendre, qu'il faut craindre d'effaroucher.

— Tu vas voir, — dit Christophe à Jean, — ce chien couchant lui lécher les pieds. »

Joseph voulut insister; mais tout à coup deux grands lévriers se précipitèrent dans le salon, sautèrent follement sur les meubles, se roulèrent sur le tapis, puis s'échappèrent brusquement pour revenir presque aussitôt, escortant de leurs gambades rentrée de leur jeune maltresse.

Elle entra, calme et souriante, la cravache au poing.

C'était une grande et belle fille, regard fier, taille élancée, peau brune, fine et transparente. Elle n'avait pas la frôle délicatesse de ces fleurs de salon aux-

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quelles il faut manager avec soin les baisersdu soleil et les caresses de U brise ; on eût dit plutôt, eu la vbyaut, une de ces plantes sauvages et vivaces qui aiment le grand air et s'épanouissent eu plein vent. Chez elle, touteroîs, la vigueur n'excluait point la grâce, etce qu'il ; avait d'uD peu viril dans le charme de sa personne s'adoucissait au suave éclat de la jeunesse qui rayonnait sur son front et sur son visage. Peut-être aurait-on pu déjà lire dans ses yeux quelque chose d'inquiet et de rBveor, premier troubl* de l'àme et des sens qui s'ignorent ; mais elle avait encore la bouche rose et volontaire d'un eni^t capricieux et mutiii. Ses cheveux noirs, déroulés par la pluie, pendaient en spirales humides le long de ses joues. Elle était coiffée d'une casquette de velours ; une amazone d'un goût sévère enveloppait tout entier son corps souple, élégant et flexible.

Elle alla droit au lière Jean, qu'elle embrassa en disant : k Bonsoir, mon oncle Jean ; i> puis elle embrassa le frère Christopheen disant: «Bonsoir, mon oncle Christophe; a enfin elle embrassa le frère Joseph es disant : a Bonsoir, mon oncle Joseph, u Gela ikit, elle s'appmcha du foyer, et tout en présentait l'un après l'autre ses deux petits pieds à la flamme :

« Qu'est-cedonctmesoncles? — demandaJeanne; — on dit que vous étiez inquiet* de votre nièce. A Bignic, il n'est bruit que du trouble que mon absence a jeté dans votre maison.

— C'est, — dit Jean, — ce poltron de Joseph qui se met toqjours de sottes idées en tâte. H s'est imaginé qn'k cause de la tempête k cAle n'était |>as sûre, et que tes jours étaient en danger.

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