‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 65 sur 118 · IB AUTRE H · texte numérisé non relu

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taient toujours par l'entente la plus cordiale : on commençait par porter dés toasts à la gloire de l'empereur, à la ruine de TAngleterre ; on s'embrassait, on buYait à pleins verres ; mais il ne fallait qu'un mot pour rompre ce touchant accord. A ce mot, jeté dans la conversation comme une étincelle dans une poudrière, les passions rivales s'allumaient, écla* taient, et, l'ivresse aidant, arrivaient à des tempêtes qui couvraient parfois la voix de l'Océan. Les marins battaient les soldats à Waterloo, les soldats battaient les marins à Aboukir. De chaque côté on criait, on brisait les verres, on se lançait de temps en temps les bouteilles vides à la téte^ «t cela durait jusqu'à ce que vainqueurs et vaincus roulassent sous la table ivres^morts.

Oty Joseph vivait dans cet antt*e comme un ange dans un repaire de damnés. A le voir sous le manteau de la cheminée, avec ses cheveuz blonds et son 4oux visage, dans une attitude triste et songeuse, tandis que ^s frères, assis autour d'unie table chargée de verres et <de bouteilles, jouaient, s'enivraient, fumaient et juraient, n'eût-on pas dit en effet un ange d'Albert Durer dans une kermesse de Teniers, contemplant d'un air 4e mélancolique pitié la joie bruyante des buveurs? Imaginez encore un daim dans ' une tanière de loups, un ramier dans une aire de Tautours. D'aiUeurs 11 n'asisistait à ces scènes d'orgie que pour tâcher d'intervenir entre les partis, lorsque, l'ivresse étant k mw comble^ on en venait à se jeter l'ii^ure et les flacons au nez. Parfois il réussissait à oaboaer ees emportements ; plus souvent il en était victime, heureux alora lorsqu'on se conten-

Uiii de lui faire avaler de force quelques verres de rhum ou qu*on Tenvoyaii se coucher en le poussant par lei^ épaules.

A part ces incidents^ qui n'auraient été que hurles-' ques sans le spectacle affligeant qui les accompagnait, la .vie de Joseph s'écoulait pleine de calme et de recueillement.

n s'était arrangé, dans la partie la plus élevée de la tour, un nid d'où l'on ne voyait, d'où l'on n'entendait que les flots. Rien n'y respirait le luxe ou l'élégance, mais un gracieux et poétique instinct s'y révélait en toutes choses. Les murs étaient cachés par des cadres de papillons et de scarabées, par des rayons chargés de livres, de minéraux, de plantes desséchées et de coquillages. Au-dessus du lit, hlane et modeste comme la couche d'une vierge, pendaient un christ d'ivoire et un petit bénitier surmonté d'un rameau de buis. Près du chevet, un violoncelle dormait debout dans son étui de bois peint en noir. Une table couverte de palettes de porcelaioe occupait le milieu de la chambre. Tous les meubles étaient de noyer, mais si propres et si luisants qu'on pouvait aisément s'y mirer. Une natte des Indes étendait sur le carreau son fin tissu de joncs. Le plafond, remplacé par une glace sans tain, que les goélands effleuraient parfois du bout de leurs ailes, laissait voir la voûte céleste, tantôt bleue, tantôt voilée de nuages.

C'était dans ce réduit que Joseph partageait se» jours entre Tétude, la lecture, les arts et les exercices pieux. Il aimait les poètes et composait ^ luimôme, dans lalangue de son pays, de chastes poé-

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