‹ Fernande: pièce en quatre actes, en proseChapitre 19 sur 240 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ANATOLE, sur le teail; reparaissaoïtt

Eh bien Civry, allons donc ?

POMEROL.

Oui I nons y allons I (Anatole disparaît. A Grrj.) Répondezmoi donc, comme si nous étions de yieux camarades... C'est Richon qui vous a conduit ici?

civar.

Mais oui, sur ma demande !

POUEROL.

Ahl

Vous comprenez, nous autres provincianx, nous sommes un peu curieux ! Et quand on a vu tous les monuments, tous les théâtres, tous les bals publics I... Enfin j'ai exprimé à M. Richon le désir de connaître un peu le Paris... comment dire?... souterrain...

POMEROL.

Le grand collecteur?...

G I V R T, protestant.

Oh!

POMEROL.

Oh! mais pardon, c'est que nous y sommes!...

civay.

Je ne puis, monsieur, qualifier si sévèrement un endroit où j'ai l'honneur de vous voir !

POMEROL.

J*atlendais la réponse I — Eh bien! non, ma présence ne prouve rien ; sinon que je suis, moi, à l'orifice par où Ton sort... et que vous êtes, vous, à celui par où l'on entre I

CIVRY

En vérité, monsieur, je ne sais comment?

POUEROL.

Monsieur de Civry... Un jour, un homme jeune, riche, honnête comme vous, el comme vous, poussé par la curiosité des choses malsaines, s^est fait introduire dans une maison pareille à celle-ci, par un ami... comme Richon! — Celhomme dont je parle, venu pour un soir, est revenu le lendemain, puis les jours suivants, puis toujours ! — Attiré, enlacé parla hideuse passion du logis, le jeu... il s^esl fait, lui, galant homme, le camarade nocturne de misérables sans aveu, qu*il n'oserait saluer en pleine rue. Puni ! ah ! bien puni de sa dégradation volontaire par Tobligation de leur serrer la main, et de se laisser à chaque instant soufflcier de leur tutoiement amical 1...

CIVRY, embarrassé.

Monsieur 1...

POMEROL, continuant.

La fortune que ses parents lui avaient acquise par toute une vie de luttes et de privations héroïques!,.. Disparue! engloutie !... Le travail paternel enrichit des escrocs ; les saintes économies de sa mère ornent de guipures le lit infâme des drôlesses... Et ce que le jeu lui a dévoré , ce n'est pas son or seulement, tombé là pièce à pièce ; mais tout le sang de sa jeunesse, versé goutte à goutte; c'est ce que rien ne rend ni ne répare!... les plus belles heures de la vie gaspillées!... Si bien que cet homme aujourd'hui corrigé, guéri, sauvé par miracle , gardera toute sa vie la sensation de son Doulet, comme tous les forçats évadés du vice!... Et j'en parle savamment, monsieur!.,. Car cet homme-là, c'est moi !•..

CIVRY

Vous?

POMEROL.

Allez-vous-en 1 Monsieur, allez-vous-en! croyez-moi!

CIVRY

Mais, monsieur, je ne suis pas joueur !

Pardieu ! Est-ce que je Fêlais, moi ?

CIVRT.

C'est que l'on m'a vu; et si je pars ainsi, que penscra-t-on de moi?

POMEROL.

Que vous êtes un homme d*esprit, et si yons restez, le contraire.

CIVRT, offensé.

Ah ! monsieur 1

POVEROL, nr«meo^

Ah! bien une idée, tenez 1 ! je vous insulte, voilà une sortie !.. Et nous nous battons demain, j*aime mieux ça I

CIVRT.

Pas moi 1

POMEROL.

Alors, le chapeau, vite l

CIVRT.

Mais 1

POUEROL.

Mais, malheureux enfant ! Pensez-y donc 1 — La porte s*ouvreI Le commissaire parait... saisit toufc^ et vous demande votre nom! « Le vicomte de Civry I»

CIVRT.

Oh!

PO&IEROL.

« Des Civry de Toulouse, monsieur le commissaire ; ne confondez pas, je vous prie... Famille parlementaire... mon père, président de cour... mon oncle, procureur impérial... ma mèrel...»

CIVRY

Monsieur I

POHEROL.

« Enfin, un vrai Civry, c'est-à-dire Thonneur même !... Vous le voyez bien, puisque je suis ici I...»

CIVRT.

Àh 1 monsieur, jamais cela !... Je pars, vous avez raison I

POMEROL.

Allons donc I

ClVRT. •

Permettez-moi de vous serrer la main et de vous remercier I... de toute mon àme I

POMEROL.

Adieu, mon cher enfant I

CIVRY

Oh ! non, pas adieu... Je vous retrouverai, et ma môre vous bénira... Je lui dirai tout I

POMEROL.

Vous êtes un brave cœur I

ClVRY.

Au revoir 1... Puis-je dire : « mon ami 1 »

POMEROL.

Dites l...

CIVRY

Eh bien I... au revoir, mon amil...

Il 80 MUT»*

* Pomerol, Civry:

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