‹ Fernande: pièce en quatre actes, en proseChapitre 196 sur 240 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LE MARQUIS

Je legrette tout ce qui était beau et qui est tombé.

MARCEL

Eh I nous aussi, monsieur, et nous nous efforçons assez à réparer le mail Mais vous parliez d'églises ; et, sans vous rappeler que c'est nous qui restaurons aujourd'hui celles que vos pères ont gâtées au dix-huitième siècle, allez à Sainte-Croix, votre paroisse, regardez une des fenêtres de l'abside, à Tintérieur ; vous y verrez une pierre où sont encore gravés quelaues caractères antiques : Un exvoto à Gérés! Tout ce qui reste a*un temple païen qui fut jadis à la mî^me place. — Le temple était fort beau sans doute, mais il n'était plus que le passé! et l'Église s'est victorieusement assise sur les débris du temple écrasé dans sa poussière!... C'était la loi 1... c'était justice, et je vous déGe de l'en blâmer.

LE MARQUIS

Oh! l'église soit!... mais...

MARCEL, arec ehalear.

Et pourquoi n*obéirais-je pas à la môme loi , quand j'élargis nos rues, au risque d'éventrer la façade de vos hôtels? — Ils sont vides et la foule est dans la rue ! Faites-lui place!... Vous regrettez vos ruines! blhtnous aussi; mais je veux passer et je uasscrai: car je suis dans mon droit; car j'obéis à cette loi aivine qui sacriGe partout la poésie du passé aux réalités du présent; car j'entends une voix qui me crie sans cesse : « Souviens-toi que tu viens du pire et que tu vas au mieux ; marque ton pas! pour que tes Gis le retrouvent!... Et vite, et En avawi.*...» Et grisé par ces mots : En avant! répétés sans cesse à. mon oreille, comme vos anciens cris de bataille et qui nous poussent à la bataille, en effet, mais contre Tlgnorance, la Routine, la Misère, la Faim, la Douleur!... dans cette sainte croisade de l'humanité tout entière liguée contre le Mal, je sens avec orgueil que c'est moi qui la mène au combat,... et je vole partout devant elle chevauchant la vapeur... Et Ilurrah! Le convoi à travers les plaines!... par-dessus les fleuves!... et dans lesein des monts!... Hurrah!... L'humanité qui vole à l'air libre et à tire -d'aile vers l'Avenir!... Et quant aux ruines que je disperse en passant... belle affaire! Je sème des villes sur la route!... I5on« soir, poussière, et en avant! Hurrah ! Les morts sont morts!.. c*est pour que les vivants aillent plus vite !

VAUCUN.

Bravo! jeune homme ^ bravo! nous faisons route ensemble 1

n LB8 GàNACHBS.

MiRCEL.

Quand yau^ (^a chauffez pas trop, moasieur, et qui^nd tous

ne déraillez pas I

;.E MARQUIS

Charmante allégorie !.«. Que suis-je donc, moi, H ce prix? La Chaise à porteurs?

FBOHENTEU

El moi ]e Coucou I

LE MARQUIS

Je me figurais, naïf, que pendant dos siècles nous (iTiona guidé l'humanité dans le hon chemin.

A la longue, monsieur le Marquis, le meilleur sillon peut devenir une ornière.

LE MARQUIS

Et qu*y jelez-Yous, monsieur, dans votre sillon, qui vaille ce que nous semions dans le nôtre?

MARCEL

Tout ce que vous semiez, monsieur le Marquis, et de plus, une petite graine qui favorise merveilleusement la croissance des autres ,. le Progrés!

LE MARQUIS, ironiquement.

Eh 1 allons doncl Lâchez-le donc le fameux mot : le Progvé$y monsieur. Oh! mais, comment donc! niais, Recrois bien... le Progrès!... Que ne le disiez-vous tout de suite! Mais, vive le Progrés, pardieul...

MARCEL

Toutes les railleries ne feront pas...

LE MARQUIS

Ah! vous photographiez mon portrait plus laid que nature et vous appelez cela de l'art!... Ahî vous fabriquez du vin où il n'entre pas un grain de raisin et vous appelez cela de la science! Ah! vous niez le bon Dieu, comme monsieur (n montre vauciin), pour douer la salade et les petits cailloux de propriétés divines... et vous appelez cela de la philosophie!... Ah! vous inventez des machines qui sautent, aes locomotives qui sautent, des lampes, des cafetières et des calprifères qui saulentj et vous appelez cela le Progrés?

MARCEL

Mais il y a aussi...

LE MARQUIS, vifement.

Oui, les mœurs! n'est-ce pas? C'est là qu'il fleurit, votre l^rO' grés? une vie folle, fiévreuse, enragée» qui ue laisse le temps

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