‹ Fernande: pièce en quatre actes, en proseChapitre 209 sur 240 · ACTE TROISIÈME. iOl · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME. iOl

plus larges et ta boue chaque jour plus épaisse I ville monstrueusel Tous les crimes et toutes les vertus 1 Toutes les bassesses et toutes les grandeurs I Tu te noies dans Torgie, ègout des nations; mais tu veilles pour la terre endormie, capitale du monde I On te fuit avec horreur, infâme! On te revient avec ivresse, 6 reine! On voudrait t'écraser et Ton t'adore I

BOSALIE, exaspérée.

Adorer Tenferl

LE MARQUIS

Eh bien, regardez-moi! j*en sors, moi, de Tenfer I la flamme et le feu m'ont retrempé!... et je suis un autre homme! Car j*ai Paris dans les jambes, Paris dans les yeux, Paris dans les veines.

ROSALIE) effrayée, suffoquée et le regardant avec terreur.

Miséricorde!

LE MARQUIS

Et elle!... cette pauvre petite Marguerite, arrivant comme moi de son Paris bruyant, turbulent, resplendissant; vous ne voulez pas qu'elle meure ici d'ennui. Mais cette maison! (mouvement de tous) que je suis fier d'avoir sauvée, mais triste, sombre, est-ce la cage de cet oiseau venu du pays où Ton rit, où l'on chante, où Ton danse? Une femme!... une femme jeune, belle, gracieuse, fouler ce tapis aux fleurs fanées ; s'asseoir sur ces fauteuils aux bois vermoulus ; mesurer le temps à cette pendule (la pendule sonne en ronflant) qui ronflc avant de souner, comme si les heures endormies avaient peine à s'y réveiller! Allons donc! Pauvre enfant!... Au grenier, les ruines! Au grenier, la vieillesse ! Et que toutici rajeunisse avec moi...

FROMENTEL

Et nous!... Nous mettrez-vous aussi au grenier?

LE MARQUIS, gaiement.

Vous! (1^3 prenant par la main et les amenant sur l'avant-scène. Conil-

quis, vous voilà donc tout à fait tombé dans les Ganaches? »

TOUS TROIS, tressaillant.

Ganaches !

LE MARQUIS, continuant.

Ganaches! entendez-vous?... Ganaches! comprenez-vous?... Nous sommes des Ganaches! c'est-à-dire des routiniers, des radoteure des rabâcheurs ! Eh bien ! de par la cordieu ! je me

m LES GANACnES.

sens encore de force et de verve à faire mcnlir Pépitbètel J'ai le cœur jeune, Tesprit vivace I Je ne veux pas tomber dans les Qanachesi et je vous forcerai bien à secouer avec moi votre poussière, et nous donnerons des fôtes, des dîners, des concerts, des bals 1 Et l'on ne dira plus de ma maison ^ue c'est up nid d^ GanachesJ

FROMENTEL

Des bais!

ROSALIE, indignée.

Des bals décolletés 1 Vous voulez que... (oroiiant im mikint vnc

pudeur «ur sa poitrtoe^ Ohl*.*

FROMENTEL

Et que je danse!

LE MARQUIS, g&iemaat.

Je danserai bien^ moi.

ROSALIE, éclatant.

Avec ellel et je vous conseillle de l'épouser aussi I

LE MARQUIS

Pourquoi pas?

ROSALIE

Dieul ciel! juste Dieu! Et c'est elle qui hériterai

LE MARQUIS, saiii.

Gomment ! qui héritera !

ROSALIE

Horreur 1 ne me touchez pas. Monsieur le Marquis! Vad^ rétro!.., vos mains sentent le soufre! Vous avez voulu voir Paris! vous êtes descendu dans la géhenne; et la géhenne vous a rejeté noir, calciné, horrible à voir!

LE MARQUIS, gaiement.

Il me semble pourtant...

ROSALIE *

Laissez-moi parler! je veux parler! je parlerai... comme l'ânesse de Balaam! — Malédiction surla maison qui s'ouvre au luxe de Paris! aux modes, aux toilettes, au3( danses impures de Paris!

LE MARQUIS

Ah çà, mais.*.

ROSALIE

Le maître se ruinera! le valet volera! la servante pillera! la nièce se perdra! la Société maternelle la recueillera! le feu prendra! la maison croulerai... Et Rosalie se lamentera sur le

* Le Marquis^ Rosilie, Fromentel*

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