‹ Fernande: pièce en quatre actes, en proseChapitre 208 sur 240 · SCÈNE VI LE MARQUIS, VAUaiN, FROMENTEL *, ROSALIE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI LE MARQUIS, VAUaiN, FROMENTEL *, ROSALIE

LE M ÂRQUISy entrant yiTement, Têta en Parisien qui TOyage, avec une escarcelle et une couverture, triomphant et de bonne humeur, des journaux et desbrochures à la main. (La musique cesse).

Eh! ici, mon bon Vauclin! Bonjour, mon vieil ami!.., bonjour, Fromentel, bonjour! — Allons, Bourgogne, les bagages, vite, vile!

BOSALIE, avec sentiment*

Ab I monsieur le Marquis !

(Elle tourne autour de lui pour l'embrasser; le Marquis lui remet set journaux, qu'elle porte au fond.)

FROMENTEL, regardant la couverture.

Quel luxe!

LE HÂBQUIS, à Vauclin.

Et mon père? et Marguerite?

VAUCLIN.

Pas si fort, ils dorment. (Avec intention.) Et môme Marguerite...

LE MARQUIS, sans l'écouter.

Ils dorment encore!... Ah ! les paresseux!... (a Bourgo^neet au valet.) Allons, dépêchons, voyons! Les trois caisses sous le hangar!... les colis couverts de toile dans le vestibule, les maltcs chez moi! et dégourdissons-nous, mes amis! Allons, allons donc!

ROSALIE, même jeu, le rattrapant à gauche et cherchant à l'embrasser.

Ah ! monsieur le Marquis !

VAUCLIN, passant devant elle.

Et tu vas?...

(Rosalie, dépitée, remonte pour retrouver le Marquis d'un autre côté.)

LE MARQUIS, gaiement.

Vingt ans, mon ami, vingt ans! Je me porte! je suis léger.

(Jetant l'escarcelle à Bourgogne.) Eh bien ! et ça, et ça donc?

(Il jette la couverture à Bourgogne, et c'est Rosalie qui la reçoit au moment où elle tend les bras.)

* Yanclin,le Marquis, Fromentel, Rosalie; Bourgogne, au fond,

H LES GANACHBI.

ROSALIE

Ah 1 mousieur le Marquis I .. J avais rêvé son retaur*

LE MARQUIS, aa moment où elle va l'eOBbraMer, à Bourgogntf

en se retonroant.

Ahl et la vache?

ROSÂUEi staptfaiU.

La vache!

LE MARQUIS, à Bourgogne.

N'oubliez pas la vache de la voiture, où j'ai laissé des bourriches! (Lea domeatiqnes disparaissent.] Ah! ^Rosalie l'embrasae déflaitiTe-

ment. C'est ça, là^ oofL.. enfin je respire!

(Il a'tnied ant le eâttapé.) VAUCLtN.

Voici du feul

LE MARQUIS, assis.

6on,hon, je n'ai pas froid ! Vous ave» froid,,vous autres?— Estce contrariant 1 Mon père, cette petite fille qui dorment, à onïc heures! (Regardant la pendule etaa montre.) Tiens 1 VOUS retardes 1

FROMENTEL

Mais non 1

L£ MARQUIS

Si... sL.. il est onze heures et demie à la Bourse*

VAUCLIN, surpris.

La Bourse I

FROMENTEL, de même*

La Bourse de Quimperlé?

LE MARQUIS

Eh bien. quoi?... Qu'est-ce que vous avez?... Vous avez Tair gelés tous les trois.

VAUCUN.

Mais non, c'est toi qui est tout...

FROMENTEL

Oui, tout...

ROSALIE

Voud allez! vous allez! vous allez!...

LE MARQUIS, se levant ga!eift6nt*

Vingt ans! mon ami! vingt ans! C'est Paris! (8« tennto Ehl é propos! victoire!

FROMENTEL 6t VAUCLIA*

Pas de chemin de fer & Quimperlé!

ACTB TROISIÈME. »f

LB MARQUIS

Il n'y a plus de chemia de fer!

VAUCLIN.

Tu as?.,.

9JS MABQniSj ftTee unt extrême Tolqbilité, à laFftrUiflBBCieB mtog^tUtU moitié

4efi mots.

Ah! Dieu! j'ai couru à pied, en voiture; je me suis fait présenter, recommander, appuyer! Une porte ouverte, une autre enfoncée!... Deux membres d'adminislralion, par hasard d'anciens amis! J'ai causé, discuté!... Un gros propriétaire, vous comprenez!... une autorité!.,. Avec un peu d éloquence !... Quimperlé, mauvais tracé : Guingamp, Dinan... Ah! bon, des débouchés!... de l'avenir!... Mais Quimperlé, terrains vagues!,., des remblais... un argent fou!... et je les ai convaincus, uioQ ami, convaincus; entendez-vous? convaincus !.••

VAUCLIN, aliurU regardant Fromentel.

Oui, j'entends bien, convaincus, (a Fromentei.) Et vous?

FROMENTEL, de même.

Moi, j'ai entendu (imitant le marquu) : «c Brrr!... couvai . eus! »

EOSALIE.

Mais lere^tel...

VAUCLIN,

Pas un mot!

LE MAUQUIS,

Comment, pas un mot?

VAUCLIN.

Dame, tu parles, tu parles, on n'y est plus.

FROMENTEL

Ouij Qs^ tourne dans la tôte,,.

ROSALIE

Moi> ça me grise,

Mais qu'est-ce qu'ils ont? Mais vous êtes gelés! Maïs ils sont gelés! — Et, du reste, tout le monde va bien ici?

VAUCLIN.

Oui .. sauf Marguerite,,, un peu...

LE MARQUIS

Bon, bon! Ce n'est rien ! je sais ce que c'estl

VAUCLIN.

Ahl

IJE MARQUIS.

Parbleu!

VAUCLIN.

Ah! tu as trouvé?

LE MARQUIS, renforçant*

Oui, oui, à l'instant môme, en quittant la diligence, où on est bien mal, par parenthèse! Oh! qu*on y est donc mail...

FROMENTEL

La Quimperloise ?

LE MARQUIS

Oh ! la Quimperloise est atroce ! Nous étions huit là dedans 1 avec un enfant en nourrice!... Pas de coupé! et mon voisin qui dormait sur mon épaule. — Les chevaux n'étaient plus ferras à glace; nous avons failli dégringoler... et un froid... Moi qui quittais le chemin de fer, où j'avais sous les pieds une bonne bouteille! où j'étais bien accoudé, bien adossé, bien assis...

(Stupenr des trois, qui se regardent.) ROSALIE, confondue.

L'éloge du chemin de fer!...

LE MARQUIS

Mais non! non! je ne fais pas l'éloge du chemin de fer... Seulement, je proteste contre la Quimperloise» — Bref, en traversant Quimperlé,qui est très-pittoresque, mais fort ennuyeux... et triste et sale!... Oh ! que c'est donc sale I

ROSALIE^ piquée.

Dame! l'hiver...

LE MARQUIS

Oh! ma foi, l'été aussi!... Et puis pei^onne!... rienl... pas un cri, pas une âme!... C'est mort! Ah! quand on revient de Paris!...

(loi Yanclin remonte et ya écouter à la porte Se Marguerite, et un pea plus tard il entre dans sa chambre.)

ROSAUE.

Regretter Paris!... Regretter Babylonel

LE MARQUIS

Oui, oui! c'est Babylone ! l'impure Babylone, avec tous ses vices; mais c'est Babylone où l'on marche, où l'on pense, où l'on vit deux fois, de sa propre vie et de celle des autres. (Avec chaleur.) Ah! ville maudite! de quelle ivresse n'ai-je pas foulé de nouveau tes trottoirs, franchi tes ruisseaux chaque jour

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