‹ Fernando: Agnès; Le serin; La chapelle de la forêtChapitre 30 sur 46 · CHANSON DE LA CAILLE · texte numérisé non relu

CHANSON DE LA CAILLE

Dès l'aurore naissante, Dans ses accents joyeux , La caille vigilante S'élève vers les cieux; Écoutez , elle dit :

Sors du lit, sors du lit, Sors du lit , sors du lit.

La caille prévoyante Appelle vers midi , Dans la plaine brûlante , Le faucheur endormi :

Allons vite au travail , Au travail, au travail, Au travail , au travail.

Quand la Brise légère Se fait sentir le soir, La caille messagère Semble dire bonsoir; En chantant elle dit :

Bonne nuit , bonne nuit !

Bonne nuit, bonne nuit!

A peine Georges eut-il fini de chanter, que la paysanne revint, portant sur une assiette de bois bien propre et garnie d'une feuille de vigne, du

pain et du beurre frais, a: Tiens, ma chère petite , dit-elle à Agnès, voici du beurre tout frais, je viens de le faire à Tinstant même.

— Vous êtes bien bonne, répondit Agnès ; je vous en remercie mille et mille fois. » Et elle coupa une tranche de pain sur laquelle elle étendit du beurre ; elle en mangea une de fort bon appétit, puis elle refusa de manger le reste.

^ Mais mange donc, ma chère enfant, dit la paysanne; tu as bien marché aujourd'hui , tu dois avoir faim.

— Non, je vous remercie, j'ai mangé sufOsamment; mais, si vous le permettez, je vais porter le reste de cette tartine à ma mère.

— Voyez , mes enfants , dit alors la paysanne , comme celte petite aime sa mère ! elle a faim , cependant elle ne mange pas tout ce qu'on lui donne, elle en garde le plus gros morceau pour sa mère ! Ah I mes enfants , prenez exemple sur cette bonne petite... Va, ma fille, mange toujours, ne te gêne pas. Je remplirai ta corbeille de pain , de beurre et de fruits pour ta mère. »

Pendant cet entretien on vit arriver le Père Benno l'ermite , et , selon sa coutume , il distribua aux enfants de petites images et des médailles, dont ils témoignèrent une grande joie. Quand le vénérable ermite aperçut la petite Agnès, il dit à la paysanne :

« Quelle est cette petite? une joueuse de luth à ce que je vois ; » et, après l'avoir regardée attentivement, il ajouta en lui-même : Ciel! cette enfant est jolie comme un ange, et quel air de douceur et

de modestie ! ... « Eh bien ! mon enfant , reprit-il , s'adressant à Agnès , joue et chante-nous quelque chose, ce que tu sais de plus beau, mais seulement un couplet.

— De ma plus belle romance? demanda Agnès :

eh bien , je vais vous chanter le couplet du muguet. .

— Soit, dit le Père Benno. Le muguet, la fleur de l'innocence, ton emblème. Voyons, chante- nous cela. ))

Agnès prit aussitôt son luth, l'accorda de nouveau , et préluda un instant. Quand Benno remarqua la manière gracieuse avec laquelle elle tenait son instrument, et l'élégance de sa pose, il ne put s'empêcher de s'écrier plein de surprise :

. « En vérité, voilà un jeu parfait, cette jeune fille n'a pas eu un maître ordinaire. »

Agnès chanta :

Symbole de douce innocence , Le muguet de sa blanche fleur, En l'honneur de la Providence , Exhale sa suave odeur.

Élancé de son vert feuillage , Chaque bouton, en fleurissant , • Semble rendre un sincère hommage A la gloire du Tout-Puissant.

Quelle fut la surprise de Benno lorsqu'il reconnut un des couplets de la romance que le chevalier Adelbert lui avait chantée le matin, en assurant que personne ne la connaissait, et ne l'avait jamais

connue y excepté feu son épouse! Il soupçonna d'abord que la petite joueuse de luth pourrait bien être la fille d*Âdelbert. Mais quand , après l'avoir questionnée y il apprit que la petite se nommait Agnès, et sa mère Mathilde, qu'elle ne se rappelait pas d'avoir eu d'autre demeure qu'une chétive cabane au milieu des montagnes , où sa mère avait vécu du produit de son travail jusqu'au moment où la maladie et le manque d'ouvrage l'avaient réduite à la plus affreuse misère , Benno rejeta cette première supposition ; alors il pensa que cette dame Mathilde, qui avait appris à sa fille la romance en question, pourrait bien être une intime amie de Théolinde, épouse du chevalier Âdelbert.

Il résolut donc d'aller sur-le-champ avec Agnès et la jeune bergère trouver l'infortunée Mathilde : d'abord, pour offrir à cette dame le secours dont elle pouvait avoir besoin, et, de plus encore, dans le secret espoir d'apprendre quelques nouvelles consolantes pour le chevalier. Il pria la fermière d'apprêter une volaille et quelques autres mets pour l'étranger qu'il avait reçu le matin chez lui, et de les lui envoyer par son mari à l'ermilage. Benno s'achemina donc vers la demeure solitaire de Mathilde ; Agnès et la jeune bergère l'accompagnaient. Chemin faisant, il ne cessa de faire à la petite Agnès une foule de questions tendant à découvrir qui pouvait être celte Mathilde. Mais la pauvre enfant ne sut rien lui répondre qui donnât le moindre éclaircissement sur l'existence obscure et mystérieuse de sa mère.

Ce jour-là se trouvait justement être le vingts

cinquième anniversaire de Tenlrée du vénérable Benno dans son ermitage ; c'était un jour de fête pour toute la contrée. Pendant qu'il gravissait la montagne pour aller offrir des secours et des consolations à la dame infortunée , tous les habitants du voisinage s'étaient réunis pour orner sa cellule de fleurs, d'arbustes et de guirlandes, et lui ménager ainsi une agréable surprise à son retour.

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