CHAPITRE I
Le Livre des Portraits de Pacheco. — Portrait de Fernando de Herrera. — Sa naissance (1534). — Ses premières : études. — Il devient bénéficier de San Andrés. — Son caractère.
EI docto Herrera vino,
Llamado en aquel evo
No menos que divino
Atributo de Apolo 4 España nuevo ; Herrera, que al Petrarca desafia, Cuando en sus rimas comenzé diciendo :
« Osé y temi, mas pudo la osadiat. »
« Le docte Herrera parut, lui qui fut appelé dans ce siècle non moins que divin, attribut d'Apollon nouveau en Espagne, Herrera qui défia Pétrarque lorsqu'il dit au début de ses poésies : «J'ai osé et J'ai craint; mais l’au- « dace l’emporta.» C’est par ce magnifique éloge que, dans son Laurel de Apolo, le plus grand poète de l'Espagne, Lope de Vega, rappelle, trente-trois ans après sa mort, le souvenir de Fernando de Herrera. Et cependant, par une fortune singulière, cet homme, honoré de son vivant d'amitiés princières, regardé comme le plus grand des poètes andalous, consacré par les éloges unanimes de ses
1. Biblioteca de Autores Españoles, tome XXXVIIT, p. 194. Laurel de Apolo. Silva, IL.
contemporains les plus éminents, et dont la mort inspirait à Cervantès un sonnet qu'il considérait comme un des meilleurs qu'il eût écrits’, n'a laissé que des traces insignifiantes de son séjour dans cette cité de Séville où semble s'être écoulée toute son existence ; on ne sait rien de certain du lieu de sa naissance, ni de sa famille: on connaît peu de chose de sa vie et de sa personne; on ignore même où il fut enseveli; ses œuvres imprimées sont rares, ses manuscrits disparurent à sa mort dans des circonstances obscures : 1l ne serait plus qu'un grand nom sans le dévouement de son admirateur le peintre Francisco Pacheco.
Dans son Arte de la Pintura, publié à Séville en 1649, ce dernier, à propos des portraits qu'il avait exécutés aux crayons rouge et noir, ajoute* qu'il s'était proposé d'en choisir une centaine représentant des hommes éminents en tous genres, et qu'il consacrait ainsi le temps que d’autres donnent aux délassements, à lutter contre les difficultés d'ombres ou de dessin, pour charmer ses heures de loisir. J'en ai fait, disait-l, jusqu'à présent plus de cent soixante-dix et me suis même risqué à en exécuter quelques-uns de femmes. »
Ces portraits, accompagnés chacun d’un éloge et reliés en un volume, furent offerts par l'artiste au comte-duc
1. Ce sonnet est imprimé dans les OEuvres de Cervaniès (Biblioteca de Autores españoles, tome I, p. 509).
2. « Harè memoria de los [retratos] mios de lapiz negro 1 roxo (si espermitido) tomando por principal intento entresacar de todos hasta ciento, eminentes en todas facultades; hurtando para esto el tiempo que otros dan a recreaciones : peleando por vencer las dificultades de luzes i perfiles, como entretenimiento libre de obligacion : bien passaràn de ciento 1 setenta los de hasta aqui, atreviendome a hazer algunos de mugeres. » (Arte de la Pintura, su antiquedad y grandezas.., por Francisco Pacheco vezino de Sevilla. — Sevilla. — Simon Faxardo, 1649, livre UT, chapitre var, p. 437.)
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d'Olivarès, D. Gaspar de Guzmän qui les plaça dans sa bibliothèque". Après avoir longtemps passé pour perdu, ce précieux manuscrit fut retrouvé incomplet, par D. José Maria Asensio y Toledo qui en donna une reproduction phototypique en 1886 à Séville.
Le frontispice porte le titre que l’auteur lui-même avait donné à son recueil : Libro | de descripcion | de verdaderos Retratos, de | Illustres y Memorables | varones | por | Francisco Pacheco. | En Sevilla | 1599. Sous sa
forme actuelle l'ouvrage contient soixante-six portraits
1. « Pint las Imagenes de los Barones ilustres que el habia conocido, lo qual alcanzé con su larga edad, poniendo 4 cada uno su elogio, las quales pintadas ÿ enquadernadas en un volumen, remitié al Conde Düque de Olvares Dn (Graspar de Guzman que puso en su Libreria. » (Rodrigo Caro. — Claros Varones en Letras, Naturales desta Ciudad de Sevilla, p. 289.) — J’emprunte cette citation à la copie de l’ouvrage de Caro qui se trouve actuellement à la Bibliothèque de l’Académie de l'Histoire à Madrid, sous la cote B. 48, et qui renferme une continuation par Dr Diego Ygo de Gongora, des annotations et des compléments de Dn Juan Nepomuceno Gonzales de Leon « Academico del Numero de la Real Academia de Buenas Letras de Sevilla. » — M: Asensio prétend que le comte-duc, étant mort le 22 juillet 1645, ne putrecevoir le Livre des Portraits puisque, d’après la phrase de l'Arle de la Pintura citée plus haut, l'artiste y travaillait encore en 1649. Mais il admet lui-même ailleurs l'opinion de Juan A. Cean Bermudez que l’Arte était achevé en 1638. Il en résulterait que le Livre des Portraits n’était pas encore offert au comte en 1638, mais qu'il a pu lui être remis avant sa mort. Seuls les portraits accompagnés d’un éloge peuvent fixer sur la date de ce recueil. Or le dernier en date est celui du M° Fernando de Santiago mort le 3 avril 1639. L'ouvrage ne nous est, il est vrai, parvenu qu’incomplet ; mais il est évident que Pacheco ne composa pas son album de tous les portraits qu’il avait exécutés déjà ; il en fit un choix, sans doute d’une centaine, qu'il offrit, et continua sa collection pour son propre compte, probablement dans l'intention de donner un supplément à sa galerie d'hommes illustres. C’est ainsi que le portrait de Quevedo (mort en 1645) publié par M. Asensio, ne porte pas de nom et n’est pas accompagné d’un éloge : ïl est vraisemblable qu’il n'appartient pas au recueil primitif et qu'après l'avoir exécuté du vivant de Quevedo, l’artiste le mit de côté, en attendant la mort de son modèle pour y inscrire son nom et ses titres et composer sa notice
biographique,
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dont quarante-quatre sont encore suivis de leur notice biographique: au nombre de ces derniers se trouve celui de Fernando de Herrera ‘.
Le poète est représenté portant le costume ecclésiastique, la tête couronnée de lauriers : le front est vaste et dégarni, la figure longue, les Joues creuses et recouvertes d’une barbe grisonnante, les yeux grands, sévères et un peu tristes, mais expressifs. Tel devait être Herrera dans les derniers temps de.sa vie ; tel Pacheco l’a reproduit, sans doute quelques années après sa mort, en se servant de croquis hâtifs ou de portraits de chevalet exécutés par d'autres arustes. ,
Rien ne permet en effet de supposer que ce soit un portrait d’après nature : Herrera mourut en 1597 et la date de 1999 que porte le manuscrit de Pacheco marque vraisemblablement l’époque à laquelle le livre fut commencé. L’artiste avait peut-être réuni déjà quelques portraits lorsqu'il conçut l'idée d'en former un recueil dont il composa immédiatement le frontispice ; mais sa collection ne fut évidemment achevée que bien plus tard ; le continuateur de Rodrigo Caro fait remarquer que Pacheco ne put atteindre le but qu'il s'était proposé que grâce à sa longévité ?. Dans la notice qui accompagne le portrait de Herrera, Pacheco cite lui-même son édition de 1619 *, publiée vingldeux äns après la mort du poète. D'ailleurs, en 1599, l’arüste, âgé seulement d'une trentaine d'années‘, ne Jouissait
1. En tête de l'édition des OEuvres de Herrera, donnée par Pacheco en 1619, se trouve également un portrait gravé du poète.
2. «... lo qual alcanzé con su larga edad. » (Rodrigo Caro. Ibid.)
3. « Como lo manifiesta la Cancion V. del libro segundo que yo saque à luz año 1619. » (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Herrera.)
4. La date de la naissance de Pacheco est inconnue, Cependant il résulte d’un passage de son Arte de la Pintura (livre IL, chapitre 1v, p. 216) qu’en
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évidemment pas encore d'une notoriété qui lui permit d'approcher ces personnages éminents par leur rang, leur science, leur éloquence ou leur piété et de les inviter à poser devant lui’. Lorsqu'il pria son ami le licencié Rodrigo Caro, qui (avait connu Herrera sans lui avoir parlé, car il était encore enfant quand le poète était déjà un vieillard ?», de composer l'épigramme latine dont il fit suivre sa notice, la façon dont il parle de l’érudition de Caro, né en 1073, fait supposer que ce dernier était alors dans la force de l’âge”. IL est donc permis de penser que
1981 il devait avoir pour directeur spirituel le jésuite Gaspar de Zamora qui mourut en 1621 après avoir été son confesseur pendant quarante ans. D'autre part au chapitre x1 du livre Il, p. 470, il déclare qu'il a soixantedix ans; mais ce chiffre n’est sans doute pas scrupuleusement exact, non plus que le précédent. Quoi qu’il en soit il est clair qu’en 1581 Pacheco avait environ sept ans puisqu'il se confessait déjà au père Zamora ; et d’autre part, pour avoir soixante-dix ans en 1638, il fallait qu'il fût né en 1568. C’est donc entre 1568 et 1574 qu'il faut placer la date de sa naissance.
1. Pacheco, nous l’avons dit, n’exécutait pas ces portraits d’après nature : c’est ainsi que l’on trouve dans les œuvres de Juan de la Cueva le sonnet suivant: « a un Retrato que hizo Francisco Pacheco del Conde de Gelves Don Alvaro de Portugal : « Aunque tu dota mano Apeles nuestro — con excelente fin aya emprendido — bolver al Mundo a los que ya el Olvido — tuvo,
i el Tiempo al claro onor simiestro. — Advierte aora como sabio, i diestro — essa efigie del Conde esclarecido — en que tu ingenio soberano a sido — del arte propia unico maestro. — Dezir podemos que a segunda Vida — (cual
Esculapio al hijo de Thesseo — Pacheco) a buelto al Conde tu pintura. — Vivo le Vemos® i en la edad florida — cuando ilustr6 su numero Febeo — el siglo, i honré 4 Marte en guerra dura, » — (De las Rimas de Juan de la Cueva | .… Dirigidas | al Dotor Claudio de la Cueva | ‘Inquisidor apostolico, y visitador | de la santa Inquisicion del reyno | de Sicilia, etc... Bibliothèque Colombine ; manuscrit Z-133-49, f° 182b). Le comte de Gelves étant mort en 1581, ilest clair que Pacheco était trop jeune pour faire son portrait de son vivant. Il ne l’exécuta que longtemps après et sans doute pour son Libro de Retratos comme l'indique le premier quatrain.
2. « Pero yo dirè lo que entiendo sin encarecimiento vano, porque le conoci aunque no le hable por ser muchacho quando él era ya viejo mas me acuerdo de lo que publicava su fama. » (Rodrigo Caro. Jbid., p. 130)
3. « Despues desta epigrama latina que el Licenciado Rodrigo Caro ofrecio a sû Retralo digna de la erudicion de su autor, — « In Ferdinandi Her-