‹ Fernando de Herrera (El Divino) 1534-1597Chapitre 3 sur 147 · BAS · texte numérisé non relu

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ce portrait ne fut exécuté qu'assez longtemps après la mort du modèle.

Mais, si regrettable que soit cette circonstance, il n’en reste pas moins que ce portrait et la notice biographique qui le suit sont d’une valeur inestimable pour l'étude de Fernando de Herrera, et méritent qu'on leur accorde le plus grand crédit.

Le peintre Pacheco était en effet le neveu du plus intime ami du poète, le chanoine Francisco Pacheco, dont la maison était le rendez-vous des hommes les plus distingués de Séville. Dans ces réunions auxquelles il assistait, sans doute sans que sa Jeunesse lui donnât encore le droit d'y briller, mais dont 1l pouvait déja comprendre et goûter tout le charme, 1l vit bien souvent paraître l’homme qui, par son gémie, avait mérité que les Sévillans lui décernassent le titre de divin ; 1l put tout à son aise noter et graver dans sa mémoire, de son œil affiné de peintre, les jeux expressifs de physionomie par lesquels le poète soulignait la récitation de ses vers ; 1l lui voua dès lors une admiration assez vive et assez lenace pour entreprendre plus tard, au prix de difficultés dont tout autre eût été rebuté, de publier ses œuvres, comme il le fit en 1619. Pendant deux années encore après la mort de Herrera, il put recueillir de la bouche de son oncle les détails précieux dont il devait enrichir la biographie de son ami, et sans doute resta-t-11 en relations avec les survivants de la Tertulia du chanoine, avec Baltasar del Alcäzar mort en

reræ effigiem epigramma. — Vivis? et a tumulo superis datur ora tueri — Fernande ? an fallax ludit imago ? quid est? — Subductum morti video ; et iuvat usque morari: — Felix Elysium nam tenet umbra nemus. — Post Manes tumulumque manes, et funeris expers — Vivis ab effigie, vivis ab ingenio. » -- (Pacheco. Libro de Relratos. Éloge de Herrera.)

io 1606, avec Mosquera de Figueroa mort en 1610, avec Francisco de Medina mort en 1615, surtout avec le peintre Pablo de Céspedes mort en 1608, que sa profession et son amour des lettres devaient lui rendre doublement cher et qui, comme il nous l'apprend lui-même, avait été avec son oncle, le plus intime ami' du poète disparu : souvent il dut s'entretenir avec eux du plus glorieux représentant de l’école de Séville. Il fut donc merveilleusement placé pour connaître tout ce qui se rapportait à Herrera, et, d'autre part, ce que l’on sait de sa situation et de son caractère doit inspirer dans ce qu'il avance la plus grande confiance : c'était un homme grave, posé, pieux, assez même pour que le Saint-Office lui confiât, en 1618, le soin de veiller au maintien de l’orthodoxie en peinture : le seul grief qu'on puisse lui faire, c'est d'être si profondément sévillan qu'ilse montrerait facilement partial pour ses con-

citoyens, sans aller cependant jusqu'à déguiser leurs défauts. ;

Si nous en croyons donc Pacheco, Fernando de Herrera naquit à Séville en 1534°. Peut-être n'’est-1l pas né à Séville même, car Pacheco donne le titre de Sévillans à des personnages nés dans des localités voisines, mais dont

la vie s’écoula dans la capitale de l’Andalousie. Mais rien

1. « .… el Licenciado Francisco Pacheco, ni el Racionero Pablo de Cespedes (intimos amigos suyos). » (Pacheco. Libro de Retratos. Eloge de Herrera.)

2. « Tuvo por patria esta noble Ciudad [Séville]. » (Pacheco. Libro de Retralos. Éloge de Herrera.) Rodrigo Caro le croit aussi Sévillan : « Fue Fernando de Herrera tan conocido en Sevilla su patria... » (Ouvrage cité.) Nicoläs Antonio écrit dans sa Büibliotheca Hispana nova : « Ferdinandus de Herrera Hispalensis... » La date de la naissance de Herrera se déduit du passage suivant de Pacheco (Libro de Retratos. Eloge de Herrera) : « Al cual [Herrera].. Ilevé el Señor a mejor vida, en esta Ciudad, a los 63 años de su

edad, el de 1597. »

So

jusqu'à présent ne s'élève à l'encontre de l'affirmation de Pacheco, et il est peu vraisemblable qu’on trouve jamais quelque document qui l'infirme : on ignore en effet le lieu de la sépulture du poète et sa dalle funéraire a disparu sans doute dans le cours des siècles : on ne saurait davantage espérer trouver une pièce authentique datant de l'époque de sa naissance, puisque les décrets du Coneïle de Trente ne furent promulgués en Espagne qu'en 1564 et que c'est à celte époque seulement que l’on se mit à tenir régulièrement dans les paroisses les registres de baptêmes: Le nom patronymique de Herrera ne fournit non plus aucune indicalion qui puisse guider les recherches à cet égard : 1l était extrêmement répandu, et l'on trouve dans les actes civils et religieux du temps menton de plusieurs personnages qui vivaient simultanément à Séville et qu portaient le même nom que notre poète : c'est ainsi que j'ai relevé aux archives de l’Ayuntamiento les traces d'un Veinlicuatro (magistrat municipal), d’un chapelain du Sagrario et même d'un curé de la paroisse San Andrés sur laquelle Herrera eut un bénéfice, à l'époque même où il en était pourvu, portant tous trois le même nom que lui.

Il on selon toute apparence, à une famille très

modeste, bien que José Maldonado', grand admirateur

D. José Maldonado Dâvila y Saavedra, oncle de l’annaliste Ortüz de nine et fils de D. Melchor Maldonado à qui est adressé le sonnet 20 de Péditon de 1582 de Herrera, était né le 17 septembre 1609 à Sanlücar ; il se distingua par son érudition et laissa deux copies manuscrites de lopuscule : Algunas Obras de Fernando de Herrera qu'il complétait par l’adjonction de quelques poésies inédites. Une de ces copies existe encore à la Bibliothèque Colombine de Séville (T. HIT, 25) sous le titre: Obras de Fernando de Herrera natural de Sevilla. Recogidas por D. Joseph Maldonado de Avila y Suavedra. Año 1637. — On lit dans le prologue : « Fernando de Herrera fué

du poète dont il nous a conservé plusieurs œuvres inédites, prétende dans le Prologue qu'il a mis en tête de sa copie des poésies de Herrera, que ses parents étaient nobles et possédaient assez d'aisance pour le consacrer aux lettres. Mais le témoignage de Maldonado, qui écrivait sans doute dans la première moitié du xvn° siècle, ne saurait infirmer celui de Pacheco, qui se contente de dire que son héros était d'une famille honorable'. Or il est clair, qu'étant données les idées de son temps, il eût été trop heureux de pouvoir lui attribuer une naissance plus relevée.

Nous ignorons complètement comment et où se passèrent ses premières années, quels maitres présidèrent à son éducation : Jamais, dans ses œuvres, il n’a fait la moindre allusion à sa famille, à son enfance ni à son adolescence. Maisil est vraisemblable qu'il donna des marques d'un talent précoce, et peut-être faut-1l considérer comme un de ses premiers essais le sonnet, d’ailleurs assez gauche et trahissant une plume novice, qu'il adressait à Charles- Quint” à l'occasion de sa victoire de Muhlberg sur l'élec-

natural de Sevilla, hijo de nobles padres con moderada hacienda pero no tan poca que no pudiesen dedicar 4 su hijo ä las letras que aprendi6, las huma-

nas con grande ventaja. » è 1. «.… fue de\onrados padres. » (Pacheco. Libro de Retralos. Eloge de

Herrera.)

2. Voici ce sonnet: « Do el suelo orrido el Albis frio baña — al Saxon ; qu'oprimio con muerla gente ; — 1 rebossé espumoso su corriente — en la esparzida sangre d’Alemaña ; — Al zelo d’el ecelso Rei de España, — al seguro consejo i pecho ardiente, — inclina el duro orgullo de su frente — medroso 1 su pujança à tal hazaña. La desleal cerviz cayd ; que pudo — sus ondas con semblante sobrar fiero ; — 1 sus bosques romper con osadia. — Marte vio, i dixo; 1 sacudio el escudo ; — Ô gran Emperador, gran Ca-

vallero, — cuanto devo a tu esfuerço en este dia! » — (Versos de Fernando de Herrera emendados i divididos por el en tres libros.. Séville, 1619, livre I, sonnet XIII. C’est l'édition de Pacheco: je la désignerai désormais par les mots: Édilion de 1619).

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teur de Saxe en 1547. Herrera n'avait alors que treize ou quatorze ans ; mais cette précocité ne semble pas extraordinaire lorsqu'on songe que Luis Barahona de Soto son contemporain ‘ était déjà poète à neuf ans!

Il est naturel de penser qu'une fois ses classes achevées, le jeune Herrera songea, en raison de la modicité de sa fortune, à embrasser la carrière ecclésiastique qui pouvait, mieux que toute autre, assurer son existence tout en lui laissant des loisirs suffisants pour s’adonner à l'étude, peu rémunératrice lorsqu'elle est désintéressée, des lettres et des sciences. Les secours ne faisaient alors pas défaut, à Séville, aux jeunes étudiants ecclésiastiques ; le collège de Saint-Thomas, fondé par le cardinal Deza, leur offrait ses cours de « logique, de philosophie naturelle et morale et de théologie ». Mais je croirais plutôt que Herrera fréquenta le collège fondé par Maese Rodrigo de Santaella, ouvert depuis le 27 avril 1518 et transformé, le 21 octobre 1051, en un établissement d'enseignement supérieur reconnu officiellement par la cité de Séville sous le nom d'Universilé du collège de.Sainte-Marie de Jésus. En effet ce collège se distinguait de celui du cardinal Deza en ce qu'il n’était pas aussi exclusivement réservé aux études religieuses : on y trouvait, par exemple, un enseignement médical et le fameux médecin Nicoläs Monardes avait pris ses grades de licencié et de docteur au collège de Maese Rodrigo. Or, comme on le verra plus loin, le nombre de médecins qui furent en relations amicales avec Herrera et le goût que notre poète semble avoir éprouvé pour les

1. Cf. le beau livre de Don Francisco Rodriguez Marin intitulé: Luis Barahona de Soto, Madrid, 1903 (p. 24). — J'y ai fait des emprunts nombreux et inévitables dont son amitié ne se formalisera pas.

sciences naturelles laisseraient supposer qu'il avait eu lui-même quelques velléités d'étudier la médecine, ou tout au moins qu'il avait eu pour condisciples de jeunes médecins. D'ailleurs l'Université de Maese Rodrigo! était l'établissement d'instruction le plus considérable de Séville et nous verrons que tel des amis de Herrera en avait suivi les cours.

Quoi qu'il en soit, il ne paraît pas que notre étudiant ait poussé bien loin ses études ;: jamais il n’acquit les grades de maestro ou de docteur, pas même celui de licencié ; et la preuve en est que son admirateur Pacheco ne lui donna pas ce dernier titre dont on faisait cependant couramment usage pour honorer des personnages distingués, même lorsqu'ils n'y avaient aucun droit. Sans doute il cherchait éncore sa voie, et son esprit curieux, peu enclin aux spéculations théologiques, s’amusait à la lecture des poètes antiques, dont de savantes éditions commençaent à rendre l'intelligence facile et complète, ou des poètes italiens, dont la grâce et la fécondité faisaient alors pour les Espagnols d'inimitables modèles.

Cependant 1l fallait vivre, et, contraint par la nécessité, le jeune étudiant sollicita et obtint un bénéfice sur la

paroisse de San Andrés à Séville” : ces bénéfices n'’entrainaient pas l'obligation de recevoir les ordres majeurs et n'astreignaient leurs titulaires qu'à lire chaque jour leur bréviaire et à porter le costume ecclésiastique. Ils devaient d’ailleurs être en général fort modestes, et particulièrement ceux de San Andrés qui était une des plus petites

1. Cf. Maese Rodrigo Fernändez de Santaella, fundador de la universidad de Sevilla, par D. Joaquin Hazañas y la Rua: Séville, 1900 (p. 24). 2. « Fue …., de abito Eclesiastico, 1 Beneficiado de la Iglesia parroquial de

San Andres. » (Pacheco. Libro de Relralos. Éloge de Herrera.)

paroisses de la ville ne devaient pas assurer l’aisance aux clercs qui s'en contentaient ; mais ils pouvaient suflire à procurer le pain de chaque jour à un homme tel que Herrera, qui, au dire de son biographe, &« mangeait et buvait peu, s’abstenait de vin” », et jouissait d’ailleurs d'une santé robuste *.*

Les registres, d’ailleurs incomplets, de la paroisse San Andrés, que j'ai pu examiner, ne gardent aucune trace du passage de Herrera, et l'on est véritablement surpris de voir qu'il n'ait même pas eu la charité banale de servir de parrain, une fois par hasard, à quelqu'un de ces enfants trouvés dont il est fait souvent mention dans les livres de baptêmes, aux côtés du curé ou du sacristain. Mais, outre l'affirmation de Pacheco, d’autres documents authentiques confirment qu'il fut bien réellement en possession de ce bénéfice. M. Rodriguez Marin a retrouvé en effet aux archives de Séville une requête, signée de Herrera *, dans laquelle ce dernier sollicite la municipalité de l’autoriser à se faire rembourser l'impôt dit de la blanca, à ütre de bénéficier de San Andrés.

La municipalité de Séville avait en effet frappé la viande de boucherie d'une taxe ayant pour base une pièce de monnaie, appelée blanca, qui avait donné son nom à l'impôt. Cette taxe était perçue au moment de la vente: mais certaines catégories de personnes, entre autres les nobles et les ecclésiastiques, en étaient exemptées : elles avaient donc le droit de se faire rembourser les sommes qu’elles avaient versées, et les livres de caisse de Séville contien-

1. « Fue templado en comer i bever, no bevio vino. » (Id. Ibid.)

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