‹ Fernando de Herrera (El Divino) 1534-1597Chapitre 35 sur 147 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les amis ne Herrera (suile).— Don Luis de Leyva (?-1577). — Don Luis Ponce de Leén (1537-1569). — Don Luis Ponce de Leén, Ie duc d’Arcos (1528-). — Don Pedro de Züñiga. — Don Alonso

Pérez de Guzmän, VII® duc de Medina Sidonia. — Don Antonio de Guzmän, marquis d’Ayamonte (1580). — Don Francisco de Guzmän, marquis d’Ayamonte. — Don Fernando

Enriquez de Ribera, marquis de Tarifa (1564-1590). — Don Alvaro de Bazän, marquis de Santa Cruz (9-1588).

Nous venons de passer en revue un grand nombre des amis de Herrera, et nous avons pu constater qu'ils appartenaient tous à l'élite intellectuelle de la cité : ces ecclésiastiques, ces professeurs, ces médecins, ces administrateurs, que leurs fonctions mettaient en rapports avec les premiers personnages de la province, furent tout naturellement amenés à introduire le poète, déjà fameux, dans le cercle hospitalier des grands seigneurs que leurs intérêts ou leurs plaisirs appelaient fréquemment, ou retenaient à Séville. Le désintéressement et la fierté de Herrera lui permirent de traiter ces illustres amis avec respect, mais sans humilité ni flagornerie.

Un des sonnets de l'édition de 1619 est écrit en l'honneur d'un certain Leiva', vainqueur des Italiens et dont

1. Bien que ces vers semblent se rapporter mieux à D. Antonio, Ier prince d’Ascoli, qui prit part à la bataille de Pavie et fut le compagnon de César,

la gloire éclipsera celle de Scipion l’Africain. ILs’agit probablement de don Luis pe Leyva, deuxième prince d’Ascoli, ami de Gutierre de Cetina, qui, après avoir acccompagné son père don Antonio de Leyva dans ses campagnes d'Italie et de France, et Charles-Quint dans ses expéditions d'Afrique et d'Allemagne, prit part au voyage de Phihippell en Flandre : ce fut alors qu'il put se lier avec le comte de Gelves don Alvaro de Portugal. Don Luis mourut à Ham, en 1577, après la batulle de Saint-Quentin.

Nous ignorons si les rapports furent fréquents entre Herrera et le prince d’Ascoli ; la différence d'âge et d’occupations n'était pas de nature à les favoriser. Mais parmi les grands personnages liés avec Herrera, il en est un qui semble lui avoir été particulièrement cher, c’est don Luis Poxce pe LE6x. Il était fils de don Pedro Ponce de Leén et de doña Catalina de Ribera et naquit à Séville en 1937. Sa famille était une des plus considérables de la province et ses aïeux s'étaient toujours distingués par leur valeur brillante. Il ne dégénéra pas de ses ancêtres, mais, à leurs qualités guerrières, 1] joignit le goût des lettres et de la poésie. Nous savons, par Pacheco, qu'il avait composé une «OEuvre spirituelle », à l’occasion de laquelle Herrera disait : &« Votre chant, votre inspiration élevée et pieuse résonnent avec une si douce harmonie quele Cygne

c’est-à-dire de Charles-Quint, ils ne purent pas lui être offerts, le prince étant mort en 1536. Voici le texte du sonnet: — « Rayo de guerra, grande onor de Marte, — fatal ruina’l Barbaro Africano ; — qu’en la temida España d’el Romano — imperio levantaste’l estandarte ; — Si la voz de la Fama, en essa parte, — do estàs, puede Ilegar al reino vano, — téme con el vencido Italiano —- d’el osado Español la fuerça 1 arte. — Otro, mayor que tu,enel yugo indino — lo puso, i un gran Leiva la vitoria — d'Italia conquirid en sangrienta puerra, — Ial fin un nuevo Cesar, qu'al Latino — en clemencia 1 te gand la gloria ; — i añadio mar al mar, tierra a la tierra. » (Édition

de 1619. Livre IT, sonnet 59.)

s’avoue vaincu lorsqu'il chante dans le vaisseau mobile du grand fleuve. Heureux, vous que ne dessèche point le froid, mais le feu pur de la vertu sereine, et moi, puisque votre noble chant donne une vie immortelle à mon humble nom. Déjà je vois se déplacer la cime de l'Hélicon, ainsi que les flancs du Parnasse, vers le séjour ondoyant des Nayades, et Bétis vous donner la verte couronne de laurier, à gloire de Ribera et du Lion le plus fort et le plus généreux l »

Vuestro canto i aliento eccelso 1 pio, con armonia dulce assi resuena, que se le rinde el Cisne cuando suena, en el corriente vaso d’el gran rio.

Dichoso vos, à quien no seca el frio mas puro fuego de virtud serena :

1 yo, pues vuestro noble canto ordena vida immortal al nombre umilde mio.

Ya veo träsferirse d'Elicona la cumbre, 1 de Parnaso la ribera al assiento de Nayades ondoso :

I que del Lauro verde la corona os da Betis, à gloria de Ribera, i del Leon mas fuerte i generoso'. 0

Don Luis avait déjà fait la guerre et pris part à la prise du Peñôn de los Vélez, en 1564, et se trouvait auprès de Philippe IT, à Madrid, lorsqu'on vint apprendre au souverain le soulèvement des Maures (1968). Il parlit sur-lechamp pour le théâtre de la guerre, sans même prendre

1. Ce sonnet se trouve dans le Libro de Retratos de Pacheco (Éloge de. Luis Ponce de Leén) sal est précédé du titre suivant : « À una obra espiritual que escrivio don Luis Ponçe de Leon, hizo Fernando de Herrera este Soneto, » Je n’ai pas pu rendre dans ma traduction le jeu de mots sur Ribera, nom de la mère de don Luis et allusion aux rives du Guadalquivir, et sur Leôn, nom de famille de don Luis.

le temps de rentrer chez lui, et se signala par sa bravoure : il fut le premier à envoyer à Séville des dépouilles de cette guerre : c'étaient douze femmes maures portant des cabans de soie, parées de bijoux d'or et de perles, et dont l'apparition fit sensation. Mais, peu de temps après, on apprenait sa mort: dans une reconnaissance aux Gua- Jaras altas, petit village perdu dans la sierra, 1l fut écrasé par un rocher et périt, avec plus de huit cents Espagnols, sous les yeux du marquis de Mondéjar, qui vengea leur mort en faisant passer au fil de l'épée, sans distinction de sexe mi d'âge, tous les Maures qui s'y trouvèrent: c'était le jeudi ro février 1569. Don Luis avait trente-deux ans'. Sa mort émut profondément Herrera : € Ici où tu gis enseveli, disat-il, à gloire du Lion le plus excellent, git la valeur de tout l'Occident, abattue par la jalousie de Mars. N'accuse pas la dureté du destin, qui permet que tu périsses sur une terre étrangère, car tout ce que tu vois, du Midi à l'Orient, est le sépulcre consacré aux braves. Ta mémoire restera éternellement dans nos cœurs, et du haut de ton séjour doré, tu défendras mieux le sol de ta Patrie ; la mort ne saurait remporter de plus grande victoire; mais autant l'Espagne s’attriste, autant se réjouit

le ciel. »

Aqui donde tu yazes sepultado Ô gloria del Leon mas eccelente el valor todo yaze de Ocidente con invidia de Marte derribado.

No culpes la dureza de tu Hado qu’en tierra agena tu dolor consiente, pués cuanto ves d’el Austro al Oriente es Sepulcro a los fuertes consagrado.

1. Cf. Luis del Märmol Carvajal. Rebeliôn y casligo de los Moriscos de Granada, ch. xxx. (Bibliotheca de autores españoles, tome XXT, p. 245.)

Serà elerna en nosolros Lu memoria i puesto en el dorado i alto assiento defenderas mejor tu Patrio suelo ;

No queda ya a la muerte mayor gloria, pero queda igualado el sentimiento, tristeza a España, 1 alegria al cielo”.

Plus tard, dans l'Élégie qu'il composa sur la mort de don Pedro de Züñiga, intime ami de Luis de Leén, il rappelait sous une forme des plus heureuses la mort de ce dernier : € Alors, à douleur ! l'impie Destin entraîna ce jeune homme vaillant avec la cime d’un mont ébranlé. Son corps généreux resta étendu sans vie sur la terre nue et glacée, dans l'horreur de ce coup impétueux. Avec moins de furie et de rapidité fond la foudre pénétrante, lancée de la nuée qui se déchire violemment. Bétis troubla ses ondes de ses gémissements et ses Nymphes pleurèrent leur amant ; etle Lion fit retentir un féroce rugissement. Jamais douleur semblable ne fut ressentie des opulentes rives que baigne la mer profonde d'Atlas. Sa mort accrut les souvenirs douloureux et l'Hespérie fut témoin de sanglots et de plaintes pitoyables. »

Entonces (6 dolor) el impio Hado arrebato aquel Joven animoso, con la cumbre de un monte quebrantado.

Quedd tendido el cuerpo generoso sin vida en la desnuda tierra elada, con el orror d’el golpe impetuoso.

No cala con tal furia acelerada el rayo penetrante, despedido de la nube con impetu rasgada.

1. Donné par Pacheco dans son Libro de Retralos. (Éloge de Ponce de Leén.) En titre : « À la muerte de don Luis Ponce de Leon. »

Turbo sus ondas Betis con gemido, i sus Ninfas Iloraron à su amante, i d’el Leon! son el feroz rugido.

Jamas dolor à éste semejante sinlicron las Riberas* caudalosas, que toca el hondo pielago de Atlante.

Crecieron las membranças congoxosas con su muerte, i Esperia fue testigo del Ianto ï de las quexas lastimosas *.

Herrera ne s'en tint pas là, et, dans sa grande Histoire aujourd'hui perdue, il raconta longuement la vie et la mort de son ami‘.

C'était un parent du jeune héros que ce don Luis Poxce pe LEON, puc »’Arcos à qui Herrera dédiait la Canciôn : « © clara iuz i onor del Ocidente®. » Il s’agit ici de Don Luis Cristébal Ponce de Le6n, second duc d’Arcos à la mort de son père (1530), né en 1528 : ami des lettres, savant en latin et même en grec, il était assez naturel qu'il fût hé avec Herrera ; c'était en même temps un brave soldat qui se distingua dans les guerres de France et dans la répression de la révolte des Maures de Grenade. :

Herrera lui parle de son amour, sans que malheureusement aucun détail nous permette de fixer la date de

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