M. Craufurd et M™e Sullivan qui partirent le
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contre, s'était même gardé d'informer son père de ce qui se tramait.
Nous voyons par le Journal Intime que tous les fidèles avaient quitté Paris à peu près siniultanément : Monsieur ' et Madame, les dames SteglemaQ et de Korff, Craufurd et m:me Sullivan. On préparait de l'autre côté de la frontière un accueil enthousiaste et solennel. L'Empereur luimême s'était laissé attendrir devant la certitude que le Roi et la Reine avaient quitté Paris.
Le monde entier hors de France était prêt à accueillir le Roi et la Reine les bras ouverts. On dit que Gustave III se tenait la montre à la main à l'attente du courrier qui lui apporterait la nouvelle que les fugitifs avaient franchi la frontière. La seule note que Fersen ait faite sur son arrivée à Mons donne une idée de ce qu'aurait pu être la réception qu'on leur réservait :
« Le 22. beau fait très froid la nuit arrivé à Mons a 6 h : Sullivan, Balbi, Monsieur, beaucoup de francois fort contents un moine dans la Rue me demande si le Roi etoit sauvé parti a 11 h : plaine jusqu'à Namur, puis montagnes les Ardennes les forêts depuis March : tout le monde content que le Roi fut sauvé. »
Dans quelques courtes lettres à ses proches, Fersen exprima sa joie : « Mon cher ami », écrit-il de Mons à Taube, « le Roi, la Reine, Mime Elisabeth, le Dauphin et Madame sont sortis de Paris à minuit ; je les ai accompagnés jusqu'à Bondy sans aucun accident ; je pars dans ce moment pour aller les rejoindre. » De Mons il écrit aussi à son père : « Le Roi et toute sa famille sont sortis de Paris heureusement le 20 à minuit. Je les ai conduits jusqu'à la première poste. Dieu veuille que le reste de leur voyage soit aussi heureux. J'attends ici Monsieur, à tout moment. Je continuerai ensuite ma route le long de la frontière, pour rejoindre le Roi à Montmédy, s'il est assez heureux pour y arriver ».
On voit que Fersen n'osait encore croire à la réussite de la périlleuse entreprise. Il était comme toujours sceptique. Et, pourtant, le doute n'était rien à côté de l'horrible certitude. Le lendemain, en arrivant à Arlon
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à 11 heures du soir, il rencontra Bouille qui lui apprit l'arrestation du Roi et de la Reine. Il écrit dans son Journal Intime :
« Le 23. beau fait froid arrivé à Arlon a 11 h : du soir trouvé Bouille scu que le Roi etc^t pris on ne savoit pas trop bien les détails les détachements pas fait leur devoir le Roi manqué de fermeté et de tête, reposé la. »
Malgré la brièveté de ses notes, on se représente aisément le tragique de la rencontre entre ces deux hommes qui avaient été les organisateurs de l'entreprise. Quelle horrible nuit ils ont dû passer ensemble I
Les lettres par lesquelles Fersen informa Gustave III et Taube de l'arrestation sont brèves et ne contiennent pas beaucoup de détails. Elles sont écrites « à minuit ».
« Tout est perdu, mon cher père, et je suis au désespoir... jugez de ma douleur et plaignez-moi... je n*ai que le temps de vous assurer de mon respect et de mon amour... »
On comprend combien ce fut humiliant pour le fils du feld-maréchal Fersen d'avouer à son père qui avait toujours regardé ses succès mondains avec méfiance, qu'il avait échoué. Ces pensées doivent l'assaillir lorsqu'il poursuit sa route vers Bruxelles et Aix-la-Chapelle pour apporter la triste nouvelle à son Roi et à ses amis.
Nous pouvons le suivre pas à pas dans son Journal Intime :
« 24. parti à 4 1 /2 h : du matin, beau tout le monde fâché que le Roi fut pris, les Francois ont voulu brûler 2 villages prés de Longvy.
« 24 juin d'une tristesse affreuse, tout le pays de Luxemb : au desespoir que le Roi fut pris quelle différence arrivé a Namur à minuit trouvé là Monsieur.
« 25 beau et chaud parti a 1 h : du mat : arrivé à Brux : a 2 h : après midi beaucoup de Franc : logé a l'hôtel de Bellevue, ches le comte de Mercy pas trouvé, Sullivan a Thotel de Bellevue, ches Mercy remis la lettre du Roi diné Sullivan reste toutte l'apres diner beaucoup de gens vinrent me questionner causé par Mercy ^
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le soir résolu de fair une tentative pr écrire il voit noir, de ne rien dire aux princes que Monsieur doit se charger de tout, qu'il faut tout recommencer, point d'ordres ici malgré les deux lettres de l'Emp a la Reine, c'est un italien tout a lait que ce Leopold.
i 26 beau et chaud déjeuné ches Sullivan a 1 h : ches l'archiduchesse très bien pr moi et fort to^^chée diné ches Mercy thé chez Sullivan passé la soirée beaucoup de François très ridicules mauvaise conduitte Mercy parlé a Mon:r il est au dessous de cette besogne, grand ordre qui règne à Paris commissaires pr aller a la rencontre du Roi Mon:r vouloit qu'on fit marcher sur le champ des trouppes, quantité d'officiers et de soldats qui désertent. Le c:te d'Artois arrivé avec Galonné.
27. beau et chaud déjeuné Sullivan diné aussi et passé toutte la soirée fait ma Cour au C d'Art, rien dit parlé à monsieur lui très réservé et embarassé tout cela me donne mauvaise opinion de la chose, le soir les P:ces reçu tous les offirs françois dans les app: de l'archiduchesse il parla de sa reconnoissance pr d'Aavet Mr : de la Queuille fort affairé tous comme des fous, mille nouvelles fausses, l'assemblée très radoucie et calme. Reutersverd arrivé, on me parloit du départ on sa voit que c'étoit moi et on me regarda fort à la Cour, nouv : de la paix faitte. Crawford dit que non.
28. beau et chaud déjeuné diné et thé chés Sullivan nouvelles de Paris de l'entrée du Roi, Barnave et Pethion dans la voiture c'est une horreur point d'applaudissemens. Lettre de Bouille mauvaise. Crawtord offert d'aller en ang : l'archid: me fit proposer d'aller a Vienne accepté l'assemblée conservé le pouv : executif, le Roi en état d'arrestation grande faute, causé avec le C:te d'Artois beaucoup gagné cependant léger et trop précipité me parla des torts qu'on a eu avec lui à l'égard de B:on de Bret: etc. etc. dit qu'il etoit sur de l'àng et de la Prusse mécontent de Mercy parce qu'il ne veut pas fair marcher ni se compromettre, vanté Calonne il vint mais il nentra que quand je sortis moi rien dit de l'argent ni des autres choses, fait écrire par Mercy à Septeuil écrit a Bouille de même, visite de Jeaucourt pr le lapel des Amb:rs.
« 29. beau et chaud parti a 5 1 /2 h : des trouppes partout Liège tranquile grâce aux trouppes autres qui y sont.
« 30. beau et chaud a Aix a 3 1 /2 h : ches Taube a 8 1 /2 : vu le Roi fort bien disposé ; paix pas faitte congres rompu c'est une intrigue de la Russie pr ne pas être seule la Prusse la dupe a été amusée jusqu'à présent qu'il est trop tard d'agir. Le Roi vouloit que j'aille en Ang : proposé pr cela Crawford et moi a Vienne accepté sensibilité de tous les François pr moi j'en fus touché, ennui et eloignement que j'éprouvai pr la Suéde en voyant tous
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ces visages, diné avec La D : de Vyrtemberg et ses deux fils, le P:ce Ferdinand sa femme et deux P:es de Hesse a Aix pas vus le soir chez M:e de Barba ntoue ».
Ce n'est que huit jours plus tard que Fersen a assez de loisir pour écrire à Sopliie :
« Ma chère ma bonne ma sensible et bien tendre amie, voici le premier moment de tranquilité que j'ai pu vous donner et mon cœur en a bien besoin ; le votre doit sentir tout ce que le mien éprouve de déchirement et je sens en ce moment plus que jamais le besoin d'avoir des amis. Cependant je ne perdrai pas courage et je suis décidé a me sa^iifier pour eux et a les servir tant quil y aura encore quelque espoir, c'est cette idée seule qui me soutient, et qui me fait supporter patienmieDt tous mes chagrins. Je resterai ici encore sept a 8 jours j'nai ensuite a Aix la Chapelle et de la a Vienne mais ne parlés pas encore de ce dernier voyage, car je n'en dis rien a mon Père. Adieu ma bien bonne et chère amie aimés moi toujours et croyés que jamais je ne cesseiai de vous aimer » K
En Suède, où le départ de Gustave III avait déjà fait comprendre qu'un événement important se préparait, la nouvelle fit sensation. L'intérêt devint encore plus vif lorsqu'on apprit que Fersen avait été l'âme de l'entreprise — on ne paraît pas l'avoir su auparavant, grâce surtout aux précautions qu'avait prises Fersen pour garder le secret. Le feld-maréchal Fersen n'avait pas encore reçu la lettre où Axel l'informa de l'arrestation. C'est par Fabian, mis au courant par un de ses parents, le baron d'Armfelt, qu'il fut informé.
Voici la lettre de Fabian :
Stockholm le S Juillet 1791.
« Mon très cher père.
« Hier, l'appres-diné, appres une petite course que je fis a Engsôô qui ne dura qu'un jour et demi ; j'eus le
1. M. de Heidenstam a publié quelques lignes de cette lettre.
plaisir mon très cher père, de recevoire votre lettre du 2 de ce moi, je vous en fais mes très reconnaissants remerciements.
« Soyez sur, mon très cher père que je suis très fâché d'être dans le cas de ne pas pouvoire vous voire cette été, mais j'espère que vous serai dedomage de mon absence, et plus bas j'aurai l'honneur de vous dire comment...
« Voici des grandes nouvelles, mon cher père père et dont je vais vous transcrire une relation d'appres les différentes que Armfelt me lut le mattin et d'ont il me pria, en vous présentant ses respects de vous faire part, le 20 Juin dans la nuite, le Roi, la Reine, le Dauphin et Madame, sœure du Dauphin se sauvèrent de Paris, Monsieur, frère du Roi et Madame prirent le même parti , le Roi passa par la route qui mène a Liège Monsieur prit celle qui passe a Mons. Le Roi a son départ laissa sur la table une lettre dans laquelle il déclare avoir été forcé a tout ce qu'il a fais depuis la Révolution, annulle tous les décrets qu'il a sanctioné et ordonne a son garde de sceau et a ses ministres de ne rien conclure ni traiter en son absence, (le Roi de Suéde dit dans sa lettre a Armfelt) le C:te de Fersen etoit le seul homme de condition qui a accompagné le Roi a son départ de Paris ; au Bourguet S. M. a envoyé mon frère avec quelques ordres ou avis a son frère Monsieur; et mon frère a suivi le prince, ce qui l'a sauvé. Le Roi et sa famille sont heureusement arrive a Charieville dernière poste pour passer la frontière, la le Maitre de Poste a reconnu le Roi a envoyé au maire qui a fait arrêter la famillie Royale par la garde nationale et a fait venir le Rgt de Monsieur et un autre Rgt d'enfanterie pour les garder. Monsieur de Bouille aparramant dans le complot de cette fuitte a fait a la tête de Rgt Royall Allemand 12 Lieu sans la moindre halte, pour protéger le départ du Roi, mais ayant bataille avec les deux Rgts qui tenoit le Roi en prison, il fut obligé appres avoir du monde de tué de se retirer ; Monsieur frère du Roi est heureusement arrivé a Brusselle, ou mon frer se trouve, aussi le c:te d'Artoi a passé par Aix la ChapeUe pour aller
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le voire, on ne sai rien du sort de la famillie Royalle, encor touttes les relations gardent un profond sillence la dessu, la faute dit-on que le Roi a faitte est, que la suitte a été trop nombreuse, et cela qui l'a fait reconnoitre. Son départ n'a pas fais grande sensation a Paris, l'Assemblée c'est le matin assemblé et a pris la resolution de ne pas se séparer avant qu'ils avoit pris les arrangemens nécessaires pour le gouvernement ils donne ordres a toutes les municipalités de veiller au bon ordre. La dessu ils ont lancé un décret comme quoi la sanction du Roi au décrets etoit nullement nécessaire, et que le Roi par la fuitte avoit perdu les droits a la couronne, ils ont ordonné a M:r de Montmorin, d'expédier les affaires au nom de l'assemblée. Voila mon cher père le détaille de cette fuitte très remarquable aussi circonstancié que j'ai pu la trouver. Je joins ici un morceau d'une carte de Poste de France qui vous aidera a trouver les routes. On a lieu de croire que le C : de Haga sera bien tôt de retour dans le comté, du moins de juger des ordres qu'il donne ». ^
Le père fut touché de l'attention de Armfelt et de la lettre de Fabian. Il écrivit à son fils le 12 juillet :
« Jamais lettre n'est arrivée plus apropo que votre dernière du 5 Juilet, j'avois des trances mortelles pour votre frère, ayant lu dans les gazettes étrangères le détail de levasion de Louis XVI, et son nouvel emprisonnement, Votre frère était trop lié au personnes Royalles pour ne pas être du complot et les conséquences seront affreuses sil est pris, jugés de ma joye de le savoir avec Monsieur a Bruxelles. Je vous charge expressément mon cher Fabian de porter mes remercymans au Baron d' Armfelt de l'attention qu'il a bien voullu avoir pour moi en cette occurence ; peut être ma vie auroit été altérée sans cette éclaircissement, qui a tranquilisé mon sang et mon esprit, autant que possible pour un cœur afecté de tendresse paternelle ; faites moi le plaisir de vous informer exactement, chez le Baron Armfelt de tout ce qui a rapport a la guerre civile de France et a mon fils, vous ne mourrez pas de