‹ Fersen et Marie-Antoinette [microform]Chapitre 127 sur 182 · Ligne effacée · texte numérisé non relu

Ligne effacée

Uti ^Im.

ces et ne veut pas qu'ils fassent etc. etc. etc. tout cela va

mal... »

Fersen enregistrait sans commentaires le bruit selon lequel la Reine eut couché avec Barnave 1 Y ajoutait-il foi ? Personne ne le sait. Nous ne savons même, s'il mit Marie-Antoinette au courant des bruits qu'on répandait sur son compte, puisque toutes les lettres considérées comme « équivoques » ont été détruites.

Croyait-il seulement à la bonne foi de Marie-Antoinette dans les négociations avec les constitutionnels ? Il n'y a au moins rien qui laisse supposer le contraire, car il lui aurait été facile d'exprimer sa désapprobation de l'attitude de la Reine dans sa correspondance avec elle, s'il l'avait voulu. Il est probable qu'il ne considérait ces négociations que comme un fait contre lequel on ne pouvait rien et il ne leur conférait d'autre valeur que la Reine elle-même ne leur donnait. Ce qui est certain, c'est que Marie-Antoinette le déconcertait quelquefois par son attitude changeante, en parlant une fois de Barnave et ses amis comme « enragés » et « gueux », d'autres fois comme de ses « nouvelles connaissances et liaisons ». Elle disait souvent qu'elle les duperait un beau jour, mais continuait à les appeler ses amis.

Dans cette affaire avec les constitutionnels il a été beaucoup question de la bonne foi. La ruse était étrangère à sa nature et de par sa situation même la Reine avait été habituée à, agir comme elle voulait, à ne suivre que son bon plaisir. Elle avait d'ailleurs posé comme la condition sine qua non de ces négociations d'avoir toujours le droit de dire franchement sa pensée, a Ayant bien réfléchi depuis mon retour », écrit-elle, dans sa première lettre à Barnave, « sur la force, les moyens et l'esprit de celui avec lequel j'avais beaucoup causé, j'ai senti qu'il n'y avait qu'à gagner à établir une sorte de correspondance avec lui, en me réservant pourtant comme première condition que je dirai toujours franchement ma manière de penser ; que je louerai ce que je trouverai bien et blâmerai de même ce que je trouverai mal. »

Elle était probablement d'aussi bonne foi en s'étonnant

un jour de la bonne volonté des constitutionnels que le lendemain où elle s'indignait de leur tentative de tourner toute chose en faveur de la Révolution ou à l'avantage de leur parti. Ses remarques prouvent d'ailleurs qu'elle ne dissimulait aucunement ses sentiments ou opinions. Elle poursuivait évidemment un but intéressé, puisqu'elle travaillait pour la monarchie, mais les constitutionnels n'étaient pas plus désintéressés, en voulant se servir de la monarchie dans leur lutte contre les républicains. Il serait ridicule de croire que c'était uniquement pour les beaux yeux de Marie-Antoinette que les chefs du parti populaire collaborèrent avec elle pendant plus de six mois.

Si Fersen s'abstenait de critiquer la politique personnelle de Marie-Antoinette, c'est parce qu'il se rendait compte qu'elle n'avait accepté la collaboration avec les constitutionnels que comme un pis-aller. Il est certain qu'il considérait son activité comme extrêmement dangereuse et il craignait que cette nouvelle orientation ne fût le talon d'Achille par où il serait possible de blesser mortellement la monarchie.

La visite de M. d'Agoult à Paris avait été tout à fait occasionnelle et comme Fersen estimait nécessaire d'avoir un homme sûr dans l'entourage immédiat de la Reine, il y dépêcha Craufurd. Celui-ci partit le 24 décembre, accompagné de Mn^e Sullivan. « M. Craufurd est parti ce matin, il sera mardi à Paris », écrit Fersen à Marie-Antoinette. « Il faudrait y envoyer Goguelat mercredi matin à 10 heures. Il demanderait à lui parler sans se nommer, et en lui présentant le papier chiffré ci- joint ; il lui remettra ce qu'il a pour vous. Il serait bon que vous parliez à M. Craufurd le plus tôt possible. »

Dans sa Notice Craufurd a donné le récit suivant de sa première visite aux Tuileries :

(( En décembre 1791, après une absence de plusieurs mois, je revins à Paris, où je restai au milieu d'avril 1792. Le lendemain de mon arrivée, la reine recevant les étrangers, j'allai lui faire ma cour aux Tuileries. Le jour suivant M. de Goguelat, officier de l'État major, et secrétaire privé de la reine vint me dire que sa majesté désirait me

FEhSËN ET MARIE-ANTOINETTË

voir à six heures du soir, nous mîmes pied a terre au Car* rouzel, traversâmes la cour des Tuileries, et entrâmes par une porte du château qui conduisait aux appartements de la reine. M:me Thibaut, Tune de ses femmes, fidèle et fort attachée à sa majesté me mena chez elle

« Je l'ai vue souvent et de la même manière », ajoute Craufurd à ce récit. La joie de Marie-Antoinette de pouvoir voir pendant plusieurs mois un ami de Fersen était certainement très grande, d'autant plus que Craufurd était très au courant de la politique européenne. Mais elle se rappelait en même temps qu'elle privkit Fersen de sa compagnie. « Je suis fâchée pour vous qu'il vous quitte », écrivait-elle dans sa lettre du 22 décembre, «j'espère qu'ils ne seront pas l'hiver ici et qu'il retournera à Bruxelles, car vous avez besoin de distraction ».

Marie-Antoinette avait-elle eu connaissance des relations qui existaient entre Fersen et m : me Sullivan ? Il semble que sa liaison avec cette dame était déjà assez connue, au moins dans leur entourage. Des bruits en étaient probablement venus jusqu'aux oreilles de la Reine.

En Suède on parlait déjà de cette liaison. Sophie écrit à son frère à la date du 15 décembre :

« C : Strômfelt qui scait tout comme vs savez m'est venu dire ces jours passé, à propos vs saves bien que Axel est fort amoureux à bruxelles d'une Englaise qui se nomme Krabens (peutaitre as-til dit un autre nom mais c'est a peu prés dans ce goût la) j'ai reçue une lettre (ajouta-tU) ou l'on en parle, et dit que Axel est partout a sa suitte aux spectacles dans sa loge qu'elle est jolie — cela se peut ai je repris, mais je doute qu'il ait une passion pour elle et l'on fait souvent de supposition des vérités en grossissant les objets — je n'ai plus parlé de cela et vous en avertis, mon cher Axel pour l'amour de Elle qui si ces nouvelles sont mendé a lui pourront lui causer une peine mortelle, tout le monde vous observe, et parle de vs, soyez à la malheureuse Elle, épargnez de toutes les douleurs la plus mortelle... i. » ^

Page 1