Inédit
cabinet de toilette, je la trouvai très bien, quoique d'un certain âge, mais elle est grande, bien faite, et jolie de visage fort aimable, et gaie, je la vis fair une partie de sa toilette, ce qui m'amusa très fort, après s'être poudré elle tira un petit couteau d'argent, de la longueur de mon doigt, et ota soigneusement la poudre a plusieurs reprises, ensuite une de ces femmes, car elle en avoit trois, aporta une grande boite, elle l'ouvrit, et je vis 6 pots de rouge, à côté il y avoit un autre petite boete remplie d'une pomade qui me parut noire, elle en prit sur le doigt, s'en barbouilla les joues, c'étoit le plus beau Rouge qu'on puisse voir, elle eut le soin de l'augmenter en prenant de tous les six pots, deux à deux, elle se leva ensuite, et alla dans la chambre a coucher ou sa fille Mad : lie de Loraine vint, elle ne me parut pas aussi jolie qu'on la faisoit, mais elle a une phisionomie vive et piquante. J'allai ensuite passer lixa soirée ches Ramel, qui ne pouvoit pas sortir, sa fluction lui dura 10 jours.
Mardi 4 janv., je dinai ches C : Creuts, et allai ensuite mo divertir aux italiens.
Mercredi 5 janv,f je pris mon colege le matin, dinai avec Bol : et allai aux François, je sou])ai ches le baron Ahlfeldt, Danois, attaché a l'ambassade qui logeoit dans la même auberge. A 12 j'allai au bal de l'opéra avec Bolemany, j'y trouvai un masque fort joli et aimable, qui me dit tout bas, qu'elle ttûit fâché que je ne fus pas son mari, pour pouvoir coucher avec moi, je lui dis que cela u'empechoit pas. Je voulus le lui persuader mais elle s'enfuit, une autre que Plomenfeldt poursuivoit pour savoir qui eue étoit, ne fus pas si difficile, elle s'assit dans un coridor, et nous eûmes avec elle une longue conversation, elle n'avoit qu'une voile sur le visage ce qui donnoit la comodité de l'embrasser tant qu'on vouloit, et elle paroissoit s'y fair assés bien. Nous crûmes que c'étoit une chanteuse de la Comédie Italienne qui parle fort bien l'italien et chante joliment, c'est Mad : Bilioni, mais elle nous assura que non, cependant je le crus et le crois encore, elle etoit toujours très jolie, à 3 h : je quittai le bal & \
' II poursuivait en même temps ses études et suivait des cours de physique à la Sorbonne. Il y fit la connaissance d'une certaine M^i® Diderot, qui ne peut être que la fille
1. La première partie est publiée par Klinckowstrôm, le reste
du philosophe, Marie-Angélique. - Fersen l'appelle d'ailleurs la fille de M. Diderot. Elle semble avoir été très émancipée pour son temps, car c'est elle qui pour faire sa connaissance lui adressa la parole la première. Il note le 7 janvier :
« J'allai prendre Mad : Caroyan, la fille de M :r Diderot pour la mener chés M :r Bomar, ou je l'avois toujours vue a la leçon, c'est elle qui est venue me parler la première pour fair ma connaissance. Je la menai tous les matins dans ma voiture, elle etoit fort gai, ayant de l'esprit, mais elle n'étoit pas bien jolie ^ ».
Et le 10 janvier :
« Je comançai le matin a 12 un cours de physique c'étoit les mêmes jours que Bomar et immédiatement après, M : lie Diderot y vint aussi, il n'y avoit point d'autres dames ^, »
Mais îa plus grande partie de son temps est consacrée aux plaisirs. Il ne parle que de dîners, soupers, de visites et de réceptions. On a l'impression qu'il va d'une fête à une autre, de bal à bal. Quelquefois ces réunions se prolongent fort tard dans la nuit, et il arrive qu'on présente les invités les uns aux autres sans allumer de lumière pour leur permettre de ne pas se voir et de converser dans l'obscurité. A en croire Fersen, ces réunions ne semblent guère avoir été amusantes et il s'y ennuyait parfois à mourir, surtout chez Mme du Deffand, tout en appréciant l'honneur qu'on lui fit en l'y admettant, en dépit de son extrême jeunesse. Il ne se plaisait pas non plus chez le ministre d'Autriche, Mercy d'Argenteau, avec qui il entrera plus tard en relations quotidiennes et qu'il n'appréciera jamais beaucoup. Il s'amusait surtout à aller voir le compositeur Grétry, ami intime du comte Creutz et il trouvait un grand plaisir à l'entendre exécuter ses propres compositions. Mais à côté de tous ces plaisirs officiels, Fersen en cherchait de plus libres et de moins cérémonieux. Il note par exemple
L'Inédit.
qu'il se levait un jour à 8 heures du matin pour commander un habit qu'il porterait dans un bal qui aurait lieu au Palais Royal à minuit le même jour et dont il attendait beaucoup. A son grand chagrin, il n'eut l'habit que très tard et n'arriva au bal qu'à minuit et demi. Mais quelle ne fut pas sa déception en constatant que ce n'était pas un bal public et que toutes ces dames en habits de gazes et tafetas n'étaient point des filles de joie, mais des dames de la plus haute société. Aussi fut-il heureux de s'en aller pour rentrer chez lui, à six heures du matin, « car » dit-il :
« Il n'y avoit que M : la Duchesse de Chartres, de Bourbon, Mad : de la Val, et Mad : de l'Olstein, qui est sans contredit la meilleure et la plus jolie danseuse de Paris \ »
Si à notre connaissance Fersen n'avait pas de liaisons amoureuses à cette époque, il était néanmoins fort occupé à faire la cour aux innombrables femmes qu'il rencontrait.
Dès le début de son séjour à Paris, Fersen fréquentait les bals à Versailles qui avaient lieu chez M™® de Noailles. Plus tard il allait régulièrement aux bals de M™e la Dauphine. Nous donnons ici brièvement quelques notes sur ces bals ;
« Lundi 10 Janvier. J'allai a 3 heures au bal de M : la Dauphine, il comraença d'ordinaire a 5 h : et finit à 9 1 /2 h : je retournai tout de suite à Paris.
Lundi 17 Janv. C'étoit jour de bal de Mad : la Dauphine, je fus aussi à Versailles avec Creuts à 7 h : je dansai jusqu'à 9 h : 1 /2 soupai chés le duc d'Aig : et me couchai à 12.
Mardi 18 Janv. Je fis toute la cour, dinai chés duc d'Aig : ou je vis Mad : la C : d'Arville, qui me pria de la venir voir quelquesfois, je fis me fair présenter ches le C-. Maitre de Mad : la Dauphine je ne le trouvai, et me mis en carosse avec Creuts et partis a 4 h : pour Paris. A 7 h : nous partîmes de chés le C : Creuts pour aller chés Mad : de Boane qui avoit grande assem-