‹ Fersen et Marie-Antoinette [microform]Chapitre 19 sur 182 · PubUéc d'après GefEroy · texte numérisé non relu

PubUéc d'après GefEroy

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Gustave III et la cour de France.

M : r Bomar y travaille. Les jardins et le parc que je parcourus ensuite sont fort grands et de toute beauté, il y a des bassins d'eau et de canaux partout qui y répandent une fraîcheur admirable. Le Prince de Condé ne néglige rien pour l'entretien et l'embellissement de cette maison, il y a établi une vacherie et une ménagerie qu'on dit fort belles, je ne les vis pas je n'en avoit pas le tems, mais les écuries qui sont a côté du chemin sont superbes, il y a place pour 400 chevaux, la voûte en est hardie. Devant la façade il y a une plaine immense unie comme une glace, d'une fort belle verdure, on l'on peut exercer les chevaux ; il y a à un bout un petit manège en rond et dans le milieu de l'écurie est un 4,rand rond ou est la porte sur la plaine, et vis à vis est l'abreuvoir qui est joliment desciné, c'est le plus beau bâtiment de Chantilly et on le prendroit facilement pour le château en y arrivant. A 4 h : nous quittâmes Chantilly après y avoir fait un mauvais diner, j'allais toute la nuit sans m'arreter, je déjeunai à 5 h : du matin à Amiens ville asses considérable qui compte jusqu'à 120.000 habitans elle fait un commerce considérable en toutes sortes d'étoffes de laine qui imitent la soye et de soye, la ville est laide, je ne pus juger si elle est vivante ou non car a 5 h : la plupar du monde est dans son lit. Je passai à Abbeville à 10 h : et vis en passant le magasin qui sauta il y avoit 6 ou 7 mois l'explosion paroissoit avoir ete terrible par le trou qu'il avoit laissé et les grosses pierres que nous vimes avoir ete jettes fort loin. La ville est petite et ne contient que 50.000 âmes ses draps sont fameux et a juste titre car ils sont beaux et sont maintenant bien meilleurs que ceux des anglois qui dégénèrent considérablement depuis quelque tems, parcequ'ils ont voulu fournir des draps légers aux turcs, et par la diminuer le commerce que les françois faisaient avec les ottomans, cela a gâté leurs manufactures car tout leur drap est léger et est usé au bout d'un an. Je soupai a Boulogne, et pendant que j'étois a table des marins vinrent m'oiîrir de me mener a Douvres je ne pus l'accepter dont j'etois très fâché car on y gagne considérablement, 1 : 0 l'on évite le voyage de Boulogne a Calais, 2 :0 le traget est plus court de deux lieus, et vous entres avec la marée très bien. Je dormis dans ma chaise à Marquise et arrivay à Calais ches M : r Dessin à 7 h : à 12 je m'embarquai avec 4 angloises et 4 françois. Quand nous fumes en mer tout le monde fut malade ; j'eus bien peur de Tetre j'avois un peu mal au cœur mais rien de plus, et je fis pendant tout le chemin conversation avec un marchand françois qui n'étoit pas non plus malade, nous avions très bon vent et avant

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4 h : nous étions a Douvres. On vint visiter les Paquets sur le vaisseaux, et les coffres à la Douane, mais une foule de Polissons arrivèrent à bord et firent un bruit du Diable, les uns vouloient porter nos affaires, les autres vouloient nous conduire à l'auberge, et chacun crioit à sa façon, le paquebot etoit si rempli qu'on ne pouvoit s'y remuer, nous logeâmes au vaisseau. Ce qu'il y a de surprenant c'est la terrible différence qu'il y a entre ces deux nations si voisines, on vient de Calais a Douvre et il semble que vous entries dans un nouveau monde — différence totale de mœurs, de nourriture, de façon de penser, defaçon de vivre, jusqu'à la construction des maisons, enfin tout. Le dimanche 15 may je partis avec une voiture a 4 chevaux nous changeâmes 3 fois de chev : il y a 72 miles d'Ang : et arrivâmes a 10 h : a Londres ^ »

A Londres Fersen fut aussitôt présenté à la cour et la description de ces événements est aussi intéressante que comique :

Mercredi 18 (xMai) a 12 j'allai avec le Baron Nolcken à la cour, les appartemens ne sont ni grands, ni magnifiquement meublés et rien n'annonce la grandeur d'un Roi, les lustres y sont de bois doreés ou argentés suivant les besoins quand le Roi fut habillé nous entrâmes dans la chambre, ou il y a un vieux lit de velours rouge, tout noir, par la fumée, et luisant de graisse, devant lequel est un enclos de fildmarechal. Le Roi est obligé de parler à tout le monde, il commence sa tournée par les ministres et quand il vint au baron je fus présenté, il me parla mais tout bas, car c'est sa coutum-, comme sa conversation ne roule que sur 4 ou 5 matières, il a peur que l'on n'entende qu'il fait les mêmes demandes à tout le monde. Après la cour je fis mes visites au corps diplomatique, et vint dmer ches le B : Nolcken, le soir M. Pouschkin nous mena ches milord Bethman a un concert asses ennuyeux. Jeudi 19 Af je fus présenté à la Reine qui est très gracieuse, et très aimable, mais elle n'est pas du tout jolie ^ ».

Sa partialité éclate à tout moment et il ne cache pas qu'il préfère Paris à Londres. Rien ne lui plaît ici :

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