PLANCHE I
je lui ai écrit cinq ou six lettres, mais je n'ai pas eu de réponse. Mes lettres ne sont peut-être pas toutes parvenues, ces réponses ont peut être ete prises, je n'en sais rien. Je viens de lui écrire une lettre très pressante ainsi qu'a la mère, l'occasion est très sure et j'aurés sa réponse a Paris, je souhaitte qu'elle soit favorable. Le plaisir que je sais que cette alliance vous feroit, mon cher Père, me fait désirer encore plus vivement sa réussite. Mais si elle manquoit, si elle persistoit dans ses refus, j'ai jette mes yeux sur une autre. Ce projet dépendra entièrement de votre volonté- je n'y ai d'autre intérêt que celui que vous y mettrés. C'est la fille de Mr Necker. Elle est protestante. Son père possède une fortune de... ^ elle est fille unique, elle a été élevée dans la maison de son Père, loin du grand monde, dont elle n'a pas encore prit le goût Je ne l'ai vu qu'une fois en passant et je ne me souviens pas de sa figure. Je me rapelle seulement qu'elle n'a rien de désagréable et qu'elle n'est pas contrefaitte, tout le monde Ta dit bien élevée et avec beaucoup de soin, la mère est une femme d'esprit et bien en état de lui donner une bonne éducation. Si ce parti vous parait convenable je ferés des démarches, Staël en avait déjà faittes, pour lui, avant mon départ, mais il avait ete refusé, je sais qu'il en a faittes depuis qui n'ont pas mieux réussi. S'il avoit encore quelque espoir, j'abandonnerois tout a fait ce projet, je ne voudrois pas l'empêcher de faire un mariage aussi avantageux, mais s'il a perdu tout espoir, et que vous le jugiés convenable, je ferés tout ce qu'il faudroit pour réussir. Ce que je viens vous dire, mon cher Père, est simplement une idée que je soumet a votre opinion, je n'agirés que d'après ce que vous me dires et votre volonté sera la mienne. » ^
Mais Staël avait des espérances. « J'ai appris a mon arrivé ici, » écrit-il à son père le 11 juillet, « que M : lie Leyelle était mariée, j'en suis fâché, mon cher Père, ce mariage vous auroit fait plaisir. Staël a encore des espérances et depuis qu'il est fait ministre, et sera sans doute ambassadeur elles se sont augmentées, il n'y faut donc plus songer, je n'en connois pas d'autre, qu'importe. Je ne suis pas pressé et je me trouve fort bien de
1. Omis par Fersen qui s'est certainement proposé de faire des recherches à ce sujet.
2. Publié par le comte F. U. Wrangel, dans un récent ouvrage sur le séjour de Fersen en Amérique.
Frédéric Axel de Fersen père de Fersen
(PeinUire par L. Pasch le Jeune)
Edwige Charlotte
née Comtesse
DE La Gardie
mère de Fersen
(Peintre inconnu)
P LAIS cil E If
Hans Axel de Fersen
a l 'i ans
(Pastel par G. Lnndbenj)
iMarie-Antolnette
(Miniature par un peintre inconnu)
l'état de garçon. Je sens que celui de mariage ne me rendoit aussi heureux. A moins qu'il n'augmentât considérablement ma fortune, ce n'est pas la peine de se marier pour n'avoir que des peines, des embarras et des privations de plus » 1.
Or, Fersen était à cette époque moins que jamais disposé à se marier, car ce qui pendant les longues années de guerre n'avait été qu'un vague espoir s'était changé en certitude : il savait que Marie-Antoinette l'aimait. Nous en trouvons une preuve certaine dans la lettre qu'il adressa à sa sœur Sophie, le 31 juillet 1783 :
« J'ai reçu il y a 3 jours une lettre de mon ami Creutz \ qui m'a fait le plus grand de tous les plaisirs. Or que je suis heureux ma chère Sophie, il me mande que le Roi et mon Père ont consentis a tout, jugés de mon bonheur. J'en écris aujourd'hui à mon Père pour lui en faire mes remerciemens, et lui témoigner toute ma joie. J'ai peine a le croire tant je suis heureux, j'ai plus d'une raison pour cela, que je vous dires quand nous nous verrons.
« Je partirés d'ici vers le 13 Sept : et je serés en Suéde le 15 oct : que j'aurés de plaisir à vous voire ma chère amie a pouvoir causer avec vous, a vous dire combien je vous aime. Ah I Soyés toujours sure de l'amitié vive et tendre que je vous porte elle ne finira qu'avec ma vie.
« Malgré tout le plaisir que j'aurés à vous voire je ne puis quitter Paris, sans regret. Vous trouvères cela très naturel quand vous en saurés le sujet, je vous le dires car je ne veux avoir rien de caché pour vous.
« Je suis bien aise que M:lle Lyell soit mariée, on ne m'en parlera plus et j'espère qu'on n'en trouvera pas d'autre, j'ai pris mon parti je ne veux jamais former le lien conjugal, il est contre nature. Lorsque j'aurés une fois le malheur de perdre mon Père et ma Mère, ce sera vous ma chère amie qui me tiendrés lieu de l'un et de l'autre et même de femme. Vous serés la maitresse de ma maison, elle sera la votre, et nous ne nous quitterons pas. Si cet arrangement vous convient il fera le bonheur de ma vie. Je ne puis pas être a la seule personne a qui je voudrois