Inédit
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loin du foyer paternel ? Que vous me connoissez mal ; quand pour votre utilité, et pour vous plaire, j'ai pu consentir a vous faire courir les hazards de la guerre, des élemens, et des intempéries du climat d'Amérique, pourquoi ne consentirai-je pas a votre établissement au service de France, ou j'ai servi treize ans, ne croyez vous pas que je sente dans toutte leur étendue les honneurs et les agrémens qu'il peut y avoir pour vous, et quelle autre veux puis-je faire pour vous que celui de vous voire content et heureux, me croyez vous assez borné ou assez opiniâtre pour prétendre qu'un fils, a votre âge, doit être plus heureux dans la maison d'un Père, du mien, et ne me croyez vous pas l'esprit assez éclairée et l'àme assez philosophique pour savoir que vos plaisirs, vos goûts, et votre fortune, ne peuvent pas, au terme ou vous êtes, s'associer aux miens. Je consentirez volontiers a votre plan si je n'y voyois une impossibilité phisique, nous navons ni vous ni moi les fonds nécessaires pour cela ; Il faut 100,000 1 : s pour acheter le Régiment, don je ne connois ni le nom ni la qualité, vous trouverez, dites vous, credi pour ce Régiment et supposé qu'il vous rende 12,000 1 : s en apointemens, il faudra déduire 5000 1 : s pour linteret annuel reste 7000 1 : s, vivrez vous a Paris et en France avec 7000 1 : s annuel ; non ; combien vous faut il, 30 ou 36 1 : s pour le moins, les avez vous ; non ; qui doit donc les fournir ; moi sans doute, et je ne les ai pas. Pour vous convaincre, mon cher ami, de la vérité de ce que je vous dis ici, je vous découvre par lextrait y joint letat de ma maison, vous y trouverez votre dépense, mon revenue annuel, et mes dettes, je vous le confie mais a vous seul, Je comptois vous faire cette confidence a votre retour que je vous ai instament demandé depuis le mois de juin mais infructueusement et que je vois encore retardé pour longtems par le voyage du Roi, vous y verez aussi que vous avez dépensé pour moi depuis vos courses dans l'étranger 300 522. l:s, somme beaucoup au delà de ce que comportent mes facultés, et qui feroit la fortune dune maison. Vous reclamez ma justice dans votre lettre mon cher ami, vous êtes en droit de cela, mais je le suis
aussi de demander la votre, fixés pour un moment votre attention sur letat de ma maison, sur un frère qui entre dans le monde, et qui a des droits dans la maison paternelle, sur deux sœurs qui sont dans le même cas, seroit il juste qu'un frère aine qui doit être leur apui devienne leur ruine et ne devez-vous pas aussi mon cher ami épargner a un Père ami et tendre la douleur sur le déclin de ses jours, de voir acheminer la ruine de sa petitte fortune, et detre en but aux créanciers, que sans vous je n'aurois jamais connu. J'ai vécu 65 ans avec ordre et arrangement. Ton me croit riche, parceque je suis rangé, chose rare en ce tems depuis le ceptre jusqu'à la houlette, j'ai vécu de mon héritage et de celui de votre mère, ce sont les débris sauvez de la chambre ardente de Charles XI, qui ruina tant qu'il put la noblesse, et nos encétres, je me suis fait un principe de conserver mon héritage, persuadé que le service des grands, et leurs faveurs, ne me le rendront pas si je m'en défais, j'en ai lexperience, j'ai servi quarante ans quatre Rois, dont celui de France treize. J'ai occupé les plus grands emplois, et je me trouve pour recompense avec 4000 1 : s de pension, je vous recommande le principe de conserver votre état de naissance, comtés que vous n'aquererez rien, quoique la fortune vous rie en ce moment, et que si jamais votre bien est dissipé, votre considération Test aussi, et vous ne trouverez ni protecteurs ni amis.
« Soyez donc a votre tour assez juste pour me permettre de mourir tranquille, et en honnet homme, comme j'ai vécu et ne douttez jamais des sentimens de tendresse pour vous que j 'emporterez au tombeau»!.
On se représente aisément les sentiments amers, que cette lettre fit naître chez Axel, qui se sentait déjà si près de son but. Ils doivent l'avoir bien obsédé pour provoquer la lettre suivante, datée du 14 septembre 1783 : ^
* Votre lettre m'a mis au desespoir, je me reserve à vous y repondre article par article quand j'aurés le plaisir de vous voire,