Inédit
je vous expliquerés alors toutte cette affaire, et j'espère que vous même vous serés de mon avis et que vous verres aussi bien que moi les avantages qui en résultent pour ma famille...
« Vous me croyez livré, abandonné, maitrisé, tyrannisé par les plaisirs, vous me croyés incapable de toute application, et par conséquent impropre a tout, vous croyés que je veux vous abandonner que je ne veux point vivre avec vous, que je ne vous aime et ne vous respecte pas autant que je le dois, Dieu sait, vous croyés peut être que je veux me marier et m' établir en France. Je ne serois surpris que vous eussiés cette idée elle doit venir a la suite de toutes les autres, le tems vous prouvera l'injustice de l'opinion que vous avés de moi, mieux que tout ce que je pourrés vous dire. Je ne mérite pas qu'on ait une tout a fait aussi mauvaise et je ne crois pas que ma conduite y eut donné lieu, je ne croyois pas que ce fut pour mon plaisir seul que j'ai quitté le séjour de Paris pour suivre Mr de Rochambeau en Amérique, et que j'y ai passé trois hivers entiers, tandis que plusieurs de mes camarades sont venus les passer a Paris, et qu'on m'a offert le même avantage. »
Heureusement pour Fersen il avait un protecteur puissant. Gustave III était particulièrement bien disposé à l'égard de Fersen et cherchait à lui donner entière satisfaction. Il le nomma aussi à cette époque Lieutenant- Colonel des Dragons du Roi. Dans une lettre du 11 juillet dans laquelle il remercia Gustave III de cette nouvelle faveur, Axel revint encore une fois à l'affaire du régiment qui accaparait alors toutes ses pensées. (( Il est trop avantageux pour moi », écrit-il, en parlant de cet arrangement, <( pour craindre que Vous y refusiés Votre consentement, Sire. Les bontés dont Votre Majesté m'a toujours honoré, me font espérer, qu'elle voudra bien faire la démarche qui sera nécessaire pour faire réussir cette affaire, permettez moi Sire de vous le demander, et ajoutez a cette bonté celle de consentir que je revienne en France pour vaquer
moi-même. »
Cette « démarche » dont il est question ici était une intervention personnelle du Roi de Suède auprès de Louis XVI pour obtenir la permission pour Fersen d'être propriétaire d'un régiment en France et d'entrer ainsi au service de l'armée française. Gustave III fit cette démarche après que le père d'Axel eût fini par donner
son consentement et il en avisa le fils. Celui-ci répondit par une lettre du 21 août où il exprimait son immense joie à ce maître «qui non seulement me comble de grâces et d'honneurs mais qui veut aussi faire le bonheur de ma vie. »
« Recevés Sire tous mes rcmercimens de la nouvelle marque
de bonté que Votre Majesté vient de me donner, en m'accordant
la demande que je lui avois faitte. Votre consentement Sire a
cette affaire a reçu un nouveau prix, par la manière touchante et
flatteuse dont Votre Majesté a bien voulue me l'annoncer. La
parole que Vous exigés de moi Sire, de passer six mois en Suéde,
Vous etoit donné depuis longtemps, mon cœur Vous en est garant
mon plus grand bonheur sera toujours d'être auprès de Vous, et de
pouvoir Vous convaincre de toutte ma reconnoissance le cours
entier de ma vie ne sufïiroit pas pour m'acquitter envers Vous.
Je passerés six mois de Tannée auprès de Vous Sire, peut être
même davantage, recevés en ma parole d'honneur, et croyés
Sire que j'ai un plaisir extrême à vous la donner. Je n'ai jamais
eu ridée de m'expatrier, quoiqu'on m'en soupçonne peut être,
mais je ne le pourrois pas — l'honneur de Vous voir, de Vous faire
ma cour, est trop nécessaire à mon bonheur. Vous avés rendu mon
existence trop agréable en m'altachant a Votre personne pour
n'y pas tenir infiniment, et sans parler de liens de sang qui
m'attachent à ma patrie, quel seroit mon existence en France,
si je quittois Votre service, je rentrerois alors dans la classe de
tous les francois, dont je n'ambitionne pas le sort ; je n'ai de
considération et d'agrément ici que par les bontés dont Votre
Majesté m'honore ; mes sentimens plus encore que mon intérêt.
Vous sont garants que je consacre mes jours à Votre service, et
que j'y mettrés tout le zèle dont je suis capable, puissai-je un
jour être assés heureux pour Vous servir utilement, ce sera le
plus beau de ma vie.
« Je crois remplir encore mieux les vues de Votre Majesté en tachant d'avoir le Régiment Royal-Suedois de préférence a tout autre, cela seroit plus décent et plus avantageux pour Votre Majesté, en y plaçant de bons sujets, on donneroit de la nation 1 Idée qu on doit en avoir en France, et que la manière distinguée dont les officiers de Votre marine sont servis, a déjà si bien établie • 3 espère que je reussirés à l'obtenir, et que je parviendrés a tirer ce Kegunent des mains des Messieurs de Sparre i. »