‹ Fersen et Marie-Antoinette [microform]Chapitre 6 sur 182 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

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nous arreteroit et nous empecheroit d'arriver aussitôt a Strasbourg que je le desiroi j'esperois que [la] Duchesse deroit malade et ne voudroit voir personne, mais vain espoir il semble que pour me faire enrager elle devoit se porter bien » ^.

L'étape suivante était Strasbourg, où il devait séjourner quelque temps pour étudier le droit naturel. Axel Fersen nous a laissé un emploi de temps très détaillé de son séjour à Strasbourg :

« A 7 h j'avois Mr. Collor maitre d'écriture, a 8 je m'habillai, û. 9 j'avois un maitre de mathématiques, a 10 un maitre pour le dessein de la fortification nomme Chapui, a 11 j'allai en* tendre un collège d'histoire d'allemagne en françois par M' Kock, lecteur de Mr Schoepfling, historiographe du roi, après le collège j'allai diner a 2 h^ j'avois un sergent de Deux- Ponts, qui venoit m'apprendre l'exercice; a 3 j'allai chez M^ Reiseisen, a 4 h^ j'ecrivai le collège, que je venois dentendre jusqu'à 5 heures ; si cetoit jour de comédie, j'allois a la comédie si non je m'occupois ches moi ou a lire ou a écrire. Les jeudis il n'y avoit point de collèges donc j'etois très aise, car je montai à cheval pour me promener ou j'allai en voiture et je menai moi-même quelquefois. Ma place favorite au spectacle etoit une loge sur le théâtre ou je voyois tout ce qui se passoit derrière la toile et toutes les mines des acteurs pendant la pièce » ■.

Il parcourt ensuite la Suisse en tous sens. C'est ici qu'il prend pour la première fois contact avec la démocratie. A Bâle, il peut à son grand étonnement constater que ce n'est pas seulement l'heure qui avance de 60 minutes, mais que les habitants de la ville sont à plusieurs égards en avance sur leurs contemporains. A Lausanne, il est introduit dans un milieu de jeunes filles, dont les manières libres et l'indépendance toute moderne qui leur permet de se promener seules dans les rues et d'avoir des relations amicales avec des camarades masculins, l'étonnent autant que cela l'attire. Mais il trouve leurs mœurs baroques, * ridicules leur façon de s'habiller en noir, leur aversion

pour la danse ou l'interdiction de garnir le harnais des chevaux de ganses de soie ou d'avoir un valet de pied en livrée dorée à l'arrière de la voiture. Il reste un jour de plus à Genève pour voir Voltaire. Le 30 octobre 1771, il donne une description naïve mais intéressante de sa visite à Ferney.

« Nous avions une lettre pour Mr Constant, qui avoit ete fort bon ami de Mr de Voltaire, il nous conduisit le lendemain ches M°^® Jennings a sa campagne qui etoit fort aimable et parla beaucoup de la Suéde. De la nous allâmes ches Mr de Voltaire à Fernay campagne très jolie qu'il a bâti lui même sur les terres de France, mais il ne nous reçut point disant qu'il avoit pris de la case purgative, dont il se sert pour ne voir personne, mais il nous appointa pour le lendemain ce qui nous obligea de rester un jour de plus. Nous y allâmes donc et nous causâmes avec lui pendant 2 h :. Il etoit habillé d'une veste d'ecarlate avec de vieilles boutonieres brodées que son père et Grand Père avoyent portés, une vielle peruque non frisée, des souliers a l'antique, des bas de laine tires par dessus les culottes une vielle robe de chambre tout cela etoit d'une harmonie admirable avec sa figure toute ridée dont les yeux sont très beaux et tout l'ensemble de la figure a un air tout-à-fait satirique. Il [avoit] ches lui le Père Adam Jésuite et un valet de chambre qui sait toute la biblioteque de son maitre par cœur* Mr de Vol : fait beaucoup de bien dans son village. Il y retire tous les horlogers de Genève qui travaillent chez lui. Il a employé sa maison de comédie a leur donner du logement sans compter d'autre chose ^.

Fersen ne reste pas en Suisse, son but est Turin. Il y arrive en Novembre 1771 et il note qu'il présenta le 11 ses lettres à l'ambassadeur de France, le baron de Choiseul, « homme fort poli et aimable qui nous présenta ches le ministre des affaires étrangères le comte Lazcaris, qui nous procura la permission du Roi dentrer dans l'académie. » A Turin, il poursuit sérieusement les études et y reste avec son mentor pendant plus d'un an et demi.

1. M. Klinckowstrôm a publié ce passage avec quelques suppressions.

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Fersen n'a pas tenu de Journal pendant ce temps et nous ne possédons qu'une seule note de lui qui a trait à sa présentation au Roi de Savoie :

« Lorsque nous fumes a l'académie le gouverneur nous présenta au Roi un vieu bonhomme petit ridé marchant à l'aide d'une canne. Après plusieurs complimens il me fit une leçon, en me disant qu'il esperoit que je profiterois diligemment des leçons de l'académie pour pouvoir remplir l'objet de mes païens en m'envoyant ici, le Duc de Savoye son fils fut aussi fort poli ainsi que toute la famille. ^ »

Nous avons pourtant quelques lettres à Sophie Fersen dont une datée du 23 décembre 1771 :

« Maintenant je suis tout a fait établi ici a l'académie et je m*y trouve très bien les exersis du corps y sont très bons ainsi que la table, la compagnie est très bonne a Turin et les assemblées très amusantes et assez nombreuses, le grand opéra que nous voyons tous les jours est superbe, tant pour la décoration que par les habits, et pour la grandeur de la sale qui est 5 fois aussi grande que celle de Stockholm » ^.

H y a une autre lettre qui date de la fin de son séjour à Turin, le 27 janvier 1773, qui est vraiment charmante. On y voit le frère aîné mettre sa jeune sœur dans la confidence, tout en essayant de s'intéresser à elle :

« Parlons maintenant de vous, ma chère sœur. Mr Forslund m'a mandé que vous dansies beaucoup ches la reine douairière quoique vous ne soyés point présentée à la cour ce qui se fera ou est déjà fait, je vous en fais en attendans mon compliment je me figure combien vous seres affairée à faire des barbes de garnitures des fichus et que sais-je moi tout plein de colifichets je me fais déjà un plaisir de vous voir a mon retour comme une grande dame rire et badiner. »

Il donne quelques détails sur lui-même :

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