Inédit
il y aura certainement une guerre civile dans ce malheureux païs au moins des émeutes fréquentes on employera les trouppes étrangères parce qu'on ne peut être sure des francois, et Axel avec son régiment sera peut-être dans le cas de se battre contre les gardes francoises et le peuple de Paris. Nous sommes bien malheureux en Suéde, mais je crois cependant que nous le sommes moins que les francois ))\
Le sénateur Fersen fut libéré en avril. Sa glorieuse carrière politique était finie. Pour ses enfants, la situation était fort délicate. Devaient-ils continuer à servir le roi qui avait emprisonné leur vieux père ? La cadette Hedda était prête à prendre la décision la plus radicale : quitter la Cour. Sophie était du même avis. Fabian, qui servait en Finlande, en pleine guerre, ne pouvait prendre une décision immédiate. Axel montrait plus de sang-froid. Le 22 mars, alors que leur père se trouvait encore en prison, il écrit à Sophie — d'après son livre de correspondance — « que nous devons être amis et faire tout de concert » et à Fabian, « qu'il se conforme aux ordres de mon père du 24 février et que nous ne fassions rien que d'accord avec mes sœurs, qu'il faut être bien unis ». Le même jour il avait donné les mêmes conseils dans une lettre à Hedda. Lorsqu'il eut appris la décision de ses sœurs d'abandonner la Cour, il écrit à Sophie, selon le livre de correspondance : « Réponse aux siennes en chiffre que j'attends de ses nouvelles pour donner ma démission en même tems que Hedda et elle, qu'elle me mande ce que dit mon père si je quitte Adelsfahnan et que je ne reviens pas servir cet été » ^. Le père s'était pourtant énergiquement opposé à la démission de ses enfants, jugeant qu'ils n'avaient pas à modifier leurs relations avec la Cour, d'après les siennes. Axel se soumit aussitôt à la volonté paternelle et intervint auprès de ses sœurs pour leur faire revenir à la raison. Sophie qui écoutait toujours volontiers les conseils d'Axel, céda facilement.
L'AMI DE LA REINE
mais Hedda résistait toujours. Elle écrit le 4 mai à Fabian, en Finlande :
« La samté de mou père est bonne, mai il a une manière de voir en tout cela qui est différent de tout le monde et qui nous rend bien malheureux, nous avons fait de vains efforts Sop. et moi pour obtenir la permission de demander notre démission, après deux jours de remonstrances de peine et de soin nous avons été force d'y renoncer après avoir eue recours a tous les moyens imaginables je lui ai même fait parler par ses amis Wacktmaister et dautre mais sans suces, il est ferme et cest a nous de plier, en attendant je regarde comme un deshonneur de me montrer je demeure encore dans mon appartement et j'y resteré jusqu'à ce que nous partions pour la campagne, j'ai des réparations a faire dans mon appartement au château qui me servent de prétexte pour n'y pas rentrer avant l'automne » ^.
Axel était très fâché de cette tentative de sa sœur Hedda de se soustraire à la volonté paternelle. Il écrit à cette époque une lettre à Sophie dont nous n'avons pu établir la date exacte :
« Votre établissement a Drotningholm vous aura sûrement fort occupé et empêchée de m'ecrire, vous serés la bien prés du Roi et votre conduite sera d'autant plus embarassante que votre sœur y est, mais ma chère amie, soyés raisonnable je vous en prie, n'imités point ses exagérations, gardes toujours un juste milieu. Que la conduite de mon Père vous serve d'exemple, elle est noble, grande et généreuse, et lui fait plus d'honneur que s'il avoit cède au sentiment d'une petitte vengeance ; c'est celle d'un homme d'honneur qui fait céder tout au bien et a l'avantage de sa patrie, qui sait tout lui sacrifier. Voyés ma chère amie l'exemple de la France » \
L'exemple de la France ! C'est une phrase qui revient constamment dans la correspondance d'Axel avec sa famille pendant ces années.