‹ Fersen et Marie-Antoinette [microform]Chapitre 79 sur 182 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

L'AMI DE LA REINE

Déjà avant son emprisonnement, le sénateur Fersen avait essayé de faire revenir Axel en Suède, mais celuici lui avait répondu qu'il était malade. Il ne voulait à aucun prix quitter la France. Son père s'inquiétait surtout des grosses dépenses de son fils.

Nous avons trouvé à ce sujet un document très curieux : c'est une lettre que Hedda a écrit de Lofstad à Fabian en Finlande, le 27 juin 1789, et dont nous donnons quelques fragments :

« Mon père est de très bon humeur et se porte fort bien excepté les jours de poste quand Axel ou vous lui demandez de l'argent ce qui arrive malheureusement très fréquament, j'ai alors tout l'ennui de ses moralles et tout le chagrin de ses peines, il en a véritablement a vous contenter tous deux, il se prive et retranche tant qu'il peut, cela est dur, à son âge ainsi mon cher ami s'il est possible, économisez, je sais bien que ce n'est pas par un goût de dissipation que vous depanses, mais peut-être cstte vous trop bons, vous donnes vous prêtes vous aides vos camarades c'est une vertu, une bonne qualité, quand on a de quoi le contanter sans se déranger ou déranger les autres, je scait que vous m'objectera que n'ayant point eu le traitement de la couronne que vous deviez avoir vous aves été nécessité d'avoir recours a mon père, mais mon ami dans ce cas, il fallait comme les autres qui n'ont point de père, diminuer votre dépense et vous priver de quelques agréments.... Je scait bien qu'Axel dépense trois fois plus que vous, mon cher ami, aussi se plaint on de lui, mais parce qu'il a tort il nest pas dit que vous deves

l'avoir aussi, si vous voyes mon père je suis sure que

vous dires que j'ai raison, ma mère qui n'est pas aussi tendre que lui, dit qu'il avait tort, et que sa bonté de fournir toujours a Axel et vous des que vous demandies vous avait gâté, qu'il fallait vous laisser faire des dettes et vous enfermer pour quelque temps affîn de vous corriger, il repondit alors, non ma chère amie tant que je

poures je veux les contanter je scais me priver de tous les agrément je retrancherai sur mes aisances et j'ai regret a n'estre assé riche pour pouvoir leur donner encore davantage. C'est pour eux que je travaille que je calculle que je m'occuppe je voulait leur laisser une fortune honnête sans dette mai je voit que cela n'est pas possible au moin celles qu'ils trouveront ne seront pas les miennes... » \ Par les livres des dépenses d'Axel, on peut voir que son père n'avait pas absolument tort de se plaindre. A titre d'exemple, nous allons indiquer quelques unes de ses dépenses. Le 11 mai 1789 : il paya 1.216 livres « solde de la construction d'une écurie ». Le 6 juillet il paya le voyage de Paris à Valenciennes, pour un officier et neuf chevaux. A son départ pour Valenciennes, le 13 juin, il emmena son cuisinier et paya le voyage de celui-ci. Un autre jour, il acheta un cabriolet dont il n'indique pas le prix, et le lendemain un cheval qu'il paya « comptant 1.200 livres ». En janvier 1789, il avait noté les appointements pour neuf domestiques. Ses allées et venues entre Paris et Valenciennes, ses cadeaux, ses commandes de portraits etc., tout cela coûtait fort cher, mais ce qui lui coûtait le plus cher, c'était encore les chevaux et les écuries. Aussi était-il plusieurs fois obHgé d'emprunter pour se tirer d'affaires, le plus souvent peut-être à la caisse du régiment. En août, il rendit la somme de 11.746 livres qu'il avait empruntée à cette caisse 2.

On possède trè^ peu de renseignements sur les relations entre Fersen et Marie-Antoinette pendant ces six premiers mois de 1789. Ses livres de dépenses qu'il tint soigneusement pendant toute sa vie, sauf quelques interruptions, et qui, jusqu'en 1791, étaient rédigés en suédois, montrent qu'il allait souvent à Versailles. Le 10 janvier,

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