LES PAYSANS
Du pain 1 de l'or !
Allons de ce côté...
de celui-là.
Cette riche demeure, et ces terrasses, et ces vergers, nous les prendrons.
Mort et pillage !
Du pain ! de Tor !
{Entrent d* autres groupes,)
PREMIER PAYSAN
Halte, amis, attendez, écoutez-moi.
LA FOULE
Que veut- il ? Ecoutez-le.
Attendez donc, arrêtez-vous.
{La foule s'arrête et écoute.)
PREMIER PAYSAN
Voyez ces tours et ces somptueuses demeures :
c'est là que vit Guilhen,
Guîlhen l'enchanteresse, qui jadis nous secourait dans la détresse
en nous portant la parole et le pain.
Maintenant elle nous délaisse, nous ses vassaux et ses féaux, pour des étrangers, pour des infidèles ..
et nous sommes pauvres et nous avons faim !
Amis, punissons la traîtresse, partageons-nous ses immenses richesses.
A Fassaut du château ! A l'assaut du château I
FERVAAL 2f
DEUXIEME PAYSAN
Ainsi, tu yeux braver les sorts et les murailles quand nous n'avons pas d'autres armes que nos bâtons et nos couteaux ?
Bonsoir, bonsoir, j^estime trop ma peau...
PREMIER PAYSAN
Eh ! laisse-moi parler...
DEUXIÈME PAYSAN
Pourquoi toi plus que moi ?
LA FOULE
Mort et pillage !
{Des groupes entrent de plus en plus nombreux.
Les premiers arrivés font faire silence et entourent le premier paysan.)
QUELQUES-UNS
Ecoutez l'homme rouge ! écoutez, écoutez !
LE PREMIER PAYSAN
Sous El-Tarik) le grand émir, j'ai fait la guerre sainte ; je connais Fart de combler les fossés et d'escalader les murs d'enceinte.
Moi seul ici peux donc vous guider, pourvu que je puisse choisir ma part du butin selon mon bon plaisir.
QUELQUES-UNS
C'est un soldat ; il sait faire la guerre.
LE DEUXIÈME PAYSAN
Il nous fera tous massacrer !
LE PREMIER PAYSAN
Museau de crocodile !
LE DKUXIËME PAYSAN.
Fils de porc ! à nous deux I...
(Ils se précipitent Vun sur Vautre, quelques-tins cherchent à les arrêter, les autres regardent,)
QUELQUES-UNS
Laissez, laissez-les donc se battre.
{La foule, plus nombreuse au fond de la scène, s'agite en tous sens.)
LA FOULE
Du pain ! de l'or !
{Guilhen apparaît tout à coup debout sur un haut rocher blanc qui domine la scène à gauche ; les rayons horizontaux du soleil à son déclin éclairent Vapparition d'une éclatante lumière, tandis que Vombre s*étend sur la foule d*hommes massée au pied du rocher.)
GUILHEN.
Enfants d'Ali ! neveux de Mohammed ! vers moi levez les yeux.
(Tous la contemplent avec surprise.
Quelques-uns reconnaissent l'enchanteresse ; d^autres se prosternent, pris d'un superstitieux respect.)
LA FOULE
Guilhen ! c est Guilhen !
Etre^ céleste ! un génie ! un génie !
GUILHEN.
Ecoutez tous l'esprit divin qui parle par ma bouche. Vous avez faim, vous êtes misérables : je viens à vous pour adoucir vos maux.
Ecoutez -moi.
Il est au nord une contrée fertile où chaque arbre produit du pain, où les champs regorgent de grains, où les ruisseaux roulent de l'or qui brille.
{Mouvement dans la foule.)
Ainsi qu'un nuage de grêle.
Comme une armée de sauterelles,
Allez ! dévastez ce pays !
Qu'il ne reste plus une pierre de ses temples, de ses autels,
que dans le sang les moissons soient noyées
et que partout des voix épouvantées clament. le pillage et la mort 1
[Ceux qui se sont prosternés se relèvent. Grand mouvement.)
LA FOULE
Que dans le sang les moissons soient noyées et que lès voix épouvantées clament le pillage et la mort !
(GuUhen est descendue du rocher ; elle pénètre au milieu de la foule grouillante, qui s'écarte sur son passage.
D'un geste elle impose le silence.)
GUILHEN.
Comme le torrent qui déborde nous marcherons !
et toujours s'accroîtront nos hordes des affamés, des mécontents ;
Venez ! nous trouverons des armes dans les mains de nos ennemis,
GUILHEN. LA FOULE.
Venez tous î Du pain ! de lof !
Venez tous, c'est la guerre sainte ; Mort et pillage !
Allah l'ordonne, Allah Tordoune.
Allah l'ordonne : au pays deCravann 1
LA FOULE
Venez tous î Marchons vers le nord.
Du pain ! de Tor ! C'est la guerre sainte.
Mort et pillage !
Allah l'ordonne : au pays de Cravann !
(2u/nu//c.)
Du pain, de l'or I A Cravann !