‹ Fervaal: action musicale en trois actes et un prologueChapitre 10 sur 33 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

GUILHEN reprend conscience d'elle-même.

Fervaal .. mon bien-aimé !

Non ! ce n*est pas possible^»- il est encore là près de mon cœur.

(Elle écoute.)

J*entends le pas de leurs deux cavales...

Il revient, mon Fervaal, il revient !

{Elle regarde au fond entre les branches^ vers la plaine,)

Non !... au bout de la plaine ils tournent la colline... . Ils sont bien loin... bien loin !

Mes yeux ne distinguent plus rien...

[Elle revient.)

Ah ! faible et misérable femme ! Comment l'ai-je laissé partir ? Comment, de mes mains déchirées, ne me suis-je pas attachée à son dur bau-

[drier de fer ?

Ma bouche a goûté le. miel de sa lèvre, et ma force a fui pour toujours !

Ah ! rose, pâle rose,

à peine épanouie, tu t'effeuilles, flétrie...

Seule... seule et sans amour!

{Elle teste tout à coup immobile, comme extasiée en un souvenir,)

Seule ici !... non, je ue puis pas !

{Elle fait quelques pas péniblement vers Vallée du fond^ puis s*arrête subitement ; son expression douloureuse change tout à coup.)

Où vais-je donc ?

La fière Guilhen à cet homme faux serait enchaînée...

Honte et malheur !

{Avec un accent de violente colère.)

O fils, des embrasés rivages, vents destructeurs, inflexibles orages,

soufflez !

Vers le pays du traître que j'aimais, volez, déchaînez votre rage,

soufflez !

Allez lui cracher au visage l'ardente haine et le mépris sauvage De Guilhen, fille du soleil !

{Elle reste encore immobile auprès de Volivier. Puis, la colère fait place aux sanglots étouffés. — Des larmes s'échappent de ses yeux.)

Faible et misérable femme !

Naguère, je poursuivais les fauves redoutés...

je pleure aujourd'hui, je pleure Tinfâme

qui m*apprit l'amour et la lâcheté !

{Elle se jette violemment à terre au pied de larbre, comme en proie au

délire, et reste ainsi prostrée et cachée dans les hautes herbes. Par la droite, entrent prudemment quelques Sarrasins, sordidement vêtus ;

quelques-uns portent arcs et flèches ; la plupart nont pour armes que bâtons, masses et coutelas. Ils errent, craintifs, dans les Jardins, se montrant le palais, tandis quon entend au loin gronder une nombreuse foule.)

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