acte mystérieux que je dois accomplir
ministère divin, mission conservée
à mon seul être réservée...
A cheval» à cheval, il est temps de partir I...
(// fait un effort pour se mettre debout, mais, trop faible, il retombe à
terre.
Pour la première fois, ses yeux se portent sur Guilhen, toujours debout
auprès de lui.)
O femme, que veux-tu de moi ?
Pourquoi fixer sur moi tes grands yeux noirs, ô femme ?
Tes grands yeux noirs semblent si doux, et pourtant leurs ardents rayons brûlent mon sein et me torturent... Détourne tes regards, ô femme, détourne tes regards de moi ; Ëloigne-tm ! car je suis consacré, car j'appartiens aux dieux.
Ecoute, écoute le serment :
(Il se redresse de nouveau et étend le bras comme pour un serment en regardant vaguement devant lui.)
« Amour, sois maudit I
e. Femme, sois maudite !
« Maudits les lacs d*or de tes longs cheveux, (( Maudite ta lèvre, fleur empoisonnée, « Et que ton regard... ton regard... »
(Jl tourne la tête vers GuUhen et reste sans voix, comme fasciné sous le
regard de la jeune femme, Guilhen le regarde dans les geux avec une tristesse passionnée, Jl abaisse lentement le bras, puis, retombe tout à coup à terre, inanimé^
comme mort. Arfagard, qui a suivi avec anxiété les phases du réveil de
Fervaaly se jette sur son corps.)
ARFAGARD.
O mon héros ! tout mon espoir,
espoir de la patrie lointaine...
ô mon héros, je t'ai perdu !
Ton âme, ta jeune âme a changé de demeure et ton corps gît ici loin du pays aimé...
Et moi, je reste seul, sans espérance...
Ah ! Fervaal, pourquoi m'as-tu quitté !
GUILHEN, comme sortant d'un rêve, repousse Arfagard. — Elle penche sa tête
sur la poitrine de Fervaal.
Non... il respire, il vit...
(Elle se relève et fait un signe aux esclaves.)
Moussah, notre chasse est finie»
un noble gibier nous rapporterons.
Vite ! qu'on tresse une civière, qu'on y place le jeune guerrier.
ARFAGARD sc drcssCy terrible, devant le corps, en brandissant sa hache. Arrière tous ! n'approchez pas !
GUILHBN.
Que veux-tu dire ?
ARFAGARD.
Moi vivant, nul n'y touchera !
<suiLHEN 8*approche doucement et s'adresse à Arfagard en une solennelle
supplication .
Vieillard... vieillard...
Au nom du Soleil, roi du inonde, dont les rayons tombent sur lui, Au nom de Tamitié profonde qui paraît t'unir à lui,
Au nom de cet espoir que tu plaçais en lui,
Au nom de sa patrie, écoute ma prière :
Comme toi j'aime son courage et son regard de jeune dieu ;
Laisse-moi rendre la lumière à son œil clos,
Laisse-moi ranimer la force en son bras blanc.
Laisse-moi rappeler ton héros à la vie...
[Voyant qu' Arfagard est ému, elle lui parle de plus près encore et mystérieusement.)
L'art de guérir m'est familier, je connais les vertus des plantes mélangées,
je sais des breuvages magiques...
— Mais tu ne réponds pas, vieillard...
si tu tardes encore^ il va mourir ici !
Laisse-moi l'emmener dans ma demeure...
jkRFAGARD, hésitant, éperdu, regarde à plusieurs reprises le corps inerte de Feruaalf puis Guilhen, et, peu à peu, la confiance entre en son âme.
O femme, qu'il soit fait ainsi que tu veux...
[Les esclaves ont apporté une civière faite de branchages et de feuilles ; ils la recouvrent des housses de pourpre de leurs chevaux.
Sur un signe de Guilhen, ils étendent Fervaal sur la civière^ puis se mettent en marche, portant doucement le corps,
Guilhen marche à côté de la civière, sans perdre Fervaal de vue.
Arfagard, resté immobile au premier plan, se décide enfin à suivre, comme malgré lui.
JLe cortège funèbre disparaît à gauche.)