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Festival des fêtes cardinalices [microforme]

Parmi les voix multiples et sonores qui s'élèvent de la création au Créateur il en est une qui est l'interprète de toutes les autres, et qui traduit leurs chants et ieurs acclamations dans une langue que le ciel comprend : c’est la voix de l'homme.

Le merveilleux et perpétuel concert que tous les êtres créés s'en vont répétant sur toutes les zônes de la sphère terrestre, et dans lequel des millions d'artistes depuis le brin d'herbe jusqu'au chêne, depuis le ruisseau jusqu'à l’océan,

depuis le rossignol jusqu'au lion, mêlent leurs accords, ne

devient un hymne d'adoration et d'amour pour Dieu que par

l'intermédiaire de la parole humaine.

De même, mesdames et messieurs, les organisateurs de cette fête incomparable ont voulu que ma parole traduise en quelque sorte en langue vulgaire l'hymne d'allégresse et de filial amour que des artistes d'élite font entendre ce soir en l'honneur de Son Eminence le Cardinal-Archevêque de Quebec. Ils ont voulu que le Canada si brillamment représenté dans cet immense auditoire prit une voix, et mêlât ses accents aux flots d'harmonie qui débordent de cette salle,

Pour l'honneur de mon pays, je voudrais qu'il eût en ce moment pour exprimer ce qu'il ressent une autre voix que la mienne, et je regrette de ne pouvoir être qu'un faible écho des sentiments et des acclamations de tout un peuple.

Mais il est une chose qui suppléera à l'inpuissance de ma parole, et qui témoignera mieux de notre respect, de notre

affection et de otre fétoukémsit ; c'est le sectacte magnifique qui se déroule en "ce Moments sous mes regards : — Toutes les classes de la socicté se pressant sous les arcades de cette vaste enceinte pour acclamer leur frère devenu l'un des princes du sang royal de l'Eglise de Rome — Les plus hauts fonctionnaires de l'Etat assis côte à côte avec les plus hauts dignitaires ge de l'Eglise, et formant la représentation visible d’un idéal qu’on ne rencontre plus assez dans ce monde : l'union harmonieuse des deux souverainetés, la souveraineté religieuse et la souveraineté politiqie — Enfin, l'éminent et vénéré prélat délégué vers nous par Sa Sainteté, comme un messager de la bonne nouvelle, et rehaussant encore l'éclat de cette démonstration

en y associant la plus antique, la plus glorieuse, et la seule

immortelle de toutes les royautés !

Ah! Messieurs, en contemplant cette imposante assemliée, il me semble voir l'illustre Pontife qui gouverne aujoure d'hui l'Eglise, et qui fait tant d'efforts pour la pacification générale des peuples et la conciliation des deux puissances, il me semble le voir dominant cette enceinte, embrassant dans un regard sympathique les représentants des deux pouvoirs, unis en une seule famille dont il est le père souverain, et enveloppant dans une même bénédiction la mître et la couronne, l'Eminence, l'Excellence, les Archevèques, les Evêques et les prêtres, les gouvernants et les gouvernés les aïeux, les pères et les enfants !

Ce tableau grandiose en évoque un autre, quien est pour ainsi dire l'arrière-plan, et qui représente le progrès et le développement constant des sociétés chrétiennement organisées et des institutions religieuses, C'est l'idée dominante que je veux esquisser à grands traits dans les quelques minutes qui me sont données.

Mesdames et Messieurs,

Quant le soleil se lève sur les vieilles terres orientales qui furent le berceau du genre humain, les premiers fronts qu'il éclaire sont les sommets des pyramides. Mais sous les ardents rayons du grand astre qui réchauffe et vivifie toutes choses, les fastueux tombeaux des Pharaons restent froids, lugubres et inféconds dans l'impassibilité de la mort.

C'est l’image saisissante de la stagnante immobilité des peuples orientaux qui n'ont pas voulu se soumettre à la loi du Christ.

Mais il n’en est pas ainsi des peuples de l'Occident. Deux

traits caractéristiques les distinguent ; c’est le mouvement et

la vie, [ls ne sont pas assis à l'ombre de la mort ; ils sont debout, et ils marchent à la lumière de ce nouveau soleil que le Christ est venu allumer sur terre et auquel œil a donné son nom : le Christianisme.

À mesure que cet astre radieux poursuit sa carrière vers l'extrême Occident que nous habitons, les profondeurs des solitudes s'illuminent, et l'on voit perpétuellement naître et se développer sous ses rayons bienfaisants des germinations

nouvelles,

Il n'y a guère plus de deux siècles que Mgr de Laval est venu jeter en terre sur les rives du St. Laurent la précisuse semence d'une cglise nouvelle, et Dieu sait par quelles tempètes fut assailli à certaines époques l'arbre mystique qu'il arrosa de

SES sueurs.

Mais les germinations que les eaux du baptême ont une fois baignces ne se flétrissent jamais complètement. Elles pâlissent, clles s'étiolent quelquefois ; mais elles gardent dans leurs racines un reste de sève qui peut encore monter, ramener la vie sous l'écorce du tronc, ct faire épanouir dans les rameaux

de nouvelles floraisons.

C'est ce qui fait la supériorité de la germination religieuse sur la germination civile et politique, et dans aucune histoire peut être le contraste entre les deux n'est plus frappant que

dans la nôtre.

Voyez plutôt ce que sont € ]

levenues les œuvres des deux puissances créatrices auxquelles notre pays doit son origine. Le roi de France était puissant, et il était représenté ici par des gouverneurs et des soldats ; le Pontife de Rome était

faible, et il envoya sur nos rivages l'évêque de Pétrée ét

quelques pauvres religieux.

Or, un siècle plus tard, la germination politique dépérissait miscrablement pendant que la germination religieuse continuait de croître ; bientôt l'œuvre du roi de France tombait en ruine, et nous pleurerions aujourd'hui sur son tombeau si l'œuvre du Pontife ne l'avait pas sauvée, Oui, c'est un fait indéniable, que les impies eux-mêmes ne peuvent pas contester : l'œuvre du Pontife, en subsistant, a sauvé dans notre pays l'œuvre du Roi, L'immortalité de l'Eglise a couvert l'Etat de son manteau, et si les vaincus d'hier deviennent les vainqueurs de demain, si l'avenir voit jamais refleurir sur nos bords une France nouvelle,

cest l'Eglise qui l'aura faite.

Poursuivez encore le contraste, et voyez combien de temps subsistent les institutions politiques dans notre pays, si remar quable pourtant par sa stabilité. Qu'est devenue notre constitution de 1791 ? Que reste-t-il du régime qu'on nous a imposé en 1841 ? Combien d'années encore subsistera la constitution que nous nous sommes librement donnée en 1867 ? En est4l un parmi vous qui puisse m'assurer qu'elle durera seulement p

vingt ans :

Ah ! messieurs, les institutions civiles et politiques appartiennent à l'ordre des choses qui passent tandis que les institutions religieuses sont intimement ii!es à l’ordre des choses permanentes., Le temps n'appartient pas à César, mais à Dieu. Voilà pourquoi, l'Eglise et l'Etat doivent rester unis afin que l'immutabilité de l’une corrige l'extrême variabilité de l'autre. Voilà pourquoi la fondation de Mgr de Laval a traversé plus de deux siècles d’orages et de luttes, sans rien changer à sa constitution, à sa forme, ni à sa doctrine, mais en se dévelop-

pant toujours et en grandissant merveilleusement.

Quand Louis XIV, à l'apogée de sa gloire, présentait au

dd

Souverain Pontife pour étre envoyé au Canada l'abbé de Montmorency-Laval, il ne soupçonnait pas, sans doute, ou du moins il ne prévoyait pas que l'humble missionnaire allait fonder en Amérique une dynastie qui durerait plus longtemps que la sienne, Et cependant, aujourd'hui, quand la race dr: —… Roi-Soleil est éteinte, quand son dernier représentant vient d'être proscrit de France et mange le pain de l'exil, on voit ici tout un peuple acclamer le quinzième successeur de Mgr de

Laval, créé Cardinal !

Comme on voit la plante dans le mystérieux travail de sa fécondation sortir de terre, s'élever, s'épanouir en feuillage et se couronner d'une fleur, comme on voit le palais et le temple, solidement assis dans les entrailles du sol, supcrposer leurs étages, leurs voûtes, leurs colonnades et leurs décors, et se couronner enfin d’un dôme, ainsi l'on a vu l'Eglise du Canada s'édifier lentement, grandir, et se couronner enfin de la haute dignité cardinalice !

O Laval! O Plessis ! Dormez en paix dans les reflets d'une gloire que vous n'avez pas cherchée ! Votre œuvre a grandi avec l'apothéose que la prospérité vous prépare. L'édifice dont vous avez Cté les plus illustres architectes, le temple dont vous avez jeté dans notre sol les fondations puissantes à reçu aujour-

d'hui son couronnement.

IT. Et vous tous, leurs successeurs, qui recueillez les fruits des semences qu'ils ont déposées en terre, Cardinal, Archevêques et Evêques, qui formez la véritable couronne de l'Eglise du Canada, vous n'oublierez pas que vos obligations et votre

responsabilité grandissent avec les honneurs qui vous incombent,

Placés au-dessus de nous, soyez, comme dit Saint Bernard,

la Providence de ceux qui sont en bas. Soyez leurs conseils,

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