Festons et astragales. Melaenis. Dernières chansons
J 'ai lu dans quelque auteur qu'un prince de Lydie, Candaule, cet époux de sa femme orgueilleux. Comme elle était, un soir, par le somme engourdie, l'it demander Gygés, son favori joyeux.
Levant le dernier voile avec sa main hardie, Il découvrit un corps fait pour le lit des dieux; Et des genoux d'ivoire à la gorge arrondie L'étranger promena son œil luxurieux.
FESTON' s ET ASTRAGALES
Nous qu'en ses légions la poésie enrôle,
Nous sommes tous pareils au Lydien Candaule :
La Muse nous livra ses trésors inconnus,
Dans des baisers divins nous avons bu l'ivresse; Mais nous voulons encor, pour prix de sa tendresse, Aux Gygès curieux étaler ses flancs nus!
Clair de Lune
^4 mon ami ,^4. 7igiiy
Soulevant le rideau des ombres, La pâle lune, lentement, Des fleuves noirs aux forêts sombres Étale son rayonnement.
Et sur le vert tapis des mousses Où la nuit épand sa fraîcheur On sent planer deux choses douces ; La solitude et la blancheur;
Jour timide, aube solitaire Qui nous console du soleil, Baiser pur effleurant la terre Sans interrompre son sommeil.
Plus d'oiseaux, la biche est couchée.
Le flot à peine ose frémir :
On dirait une soeur penchée Q.ui regarde sa sœur dormir;
Et si la brise familière Écarte les rameaux discrets, On voit des gouttes de lumière Trembler aux feuilles des forêts.
Tandis qu'ouvrant, au bord des grèves, Son noir calice où dort l'amour.
S'épanouit la fleur des rêves.
Qui se fane quand vient le jour.
Et pourtant, ô lueur, ô caresse, ô mystère, 5>ourire étiiicclant que rcflctent les eaux, Silences argentés de la nuit solitaire Qui flottez comme un voile aux pointes des roseaux,
Grâce dos monts, douceur des horizons énormes, Blanc duvet de colombe au dos des mers jeté, O splendeurs ! vous tombez des régions difformes D'où le regard de Dieu s'écarte épouvanté.
C'est un monde effrayant, plein de visions mornes, Qu'un cratère éternel a fait rugueux et noir. Là, des déserts sans fin suivent des mers sans bornes, Comme la lassitude après le désespoir.
Aucun pas n'a marqué ces plaines désolées.
Ou, si l'être s'obstine et s'y veut hasarder,
C'est quelque peuple affreux grouillant dans les vallées,
Qui nous ferait mourir rien qu'à nous regarder.
Comme un lépreux qui râle, étendu sur sa claie, La nature enchaînée à ce sombre univers Au pied des monts géants pleure, et, par chaque plaie, Va roulant sa sauic au noir égout des mers.
Et peut-être, ô terreur, quand du haut de la nue La nuit verse sur nous le silence et la paix, La planète, que ronge une angoisse inconnue, .Pousse un long cri de mort qu'on n'entendra jamais.
Le poète en ses mains hardies Prend son grand luth, et de ses doigts Tombent de larges mélodies Sur les sept cordes à la fois.
C'est une musique superbe Où résonne tout l'univers, Depuis la chanson du brin d'herbe Jusqu'au dithyrambe des mers.
La nature écoute, saisie...
Et, comme un ruisseau de cristal.
Descend la douce poésie
Des sommets bleus de l'Idéal,
Tandis qu'en bas de joyeux groupes, Étendus sur la berge en fleurs.
Boivent, en y plongeant leurs couper. L'oubli du monde et des douleurs.
Seule, au balcon que l'oiseau frise, La vierge, sous ses rideaux blancs.
Croit entendre, au loin, dans la brise, La sérénade des galants,
Et rêve, avec de molles poses, A celui qui, chantant pour eux, Donne plus de parfums aux roses Et plus d'amour aux amoureux!
Et pourtant, ô tendresse, ô délire, ô cantiques, Hymnes qui du grand ciel savez faire le tour, Poèmes qui chantez avec des voix antiques L'éternelle jeunesse et l'éternel amour,
Ballades secouant le tambourin des rimes. Strophes, mètres dansants, sonnets d'espoir chargés, O transports !... vous tombez, malgré vos cris sublimes, Des cœurs les plus perdus et les plus ravagés !
Là, hurlent des désirs qui n'auront pas leur proie. Là, saignent des douleurs qui se cachent au jour. Là, sur toute croyance incessamment tournoie Le doute, oiseau des nuits, maigre comme un vautour.
Partout le ciel de plomb, partout le sable aride, Pas une source fraîche aux haltes du chemin ; Si l'on y voit germer quelque oasis timide, Le simoun, en passant, l'emportera demain.
Nul pas n'a mesure ces vastes solitudes Dont un spliinx éternel garde le seuil poudreux, Tandis qu'au fond, dressant leurs mornes attitudes, Les souvenirs muets se regardent entre eux.
Et cet écho charmant, d'où tant de joie émane Qu'il fait rêver du ciel les peuples attroupés. C'est ton grelot qui tinte, ô sombre caravane Des désirs haletants et des espoirs trompés!...
La Terre et les Étoiles
x^i ^4 g eu or 'Brady
Roulant dans la nuit solitaire.
Les astres dirent à la terre :
« Où vas-tu, monde audacieux?
Comme un point perdu dans l'espace,
Ton orbe étroit tremble et s'etîlice.
Mais toujours on connaît ta place
Au bruit que tu fais dans les cieux.
« Ci terre dont le ([.\\\c tressaille, Qiiel enfantement te travaille?
Quoi volcan soulève tes mers?
A l'heure des brises glacées, Pourquoi ces plaintes insensées Qui, dans l'ombre des nuits poussées, Réveillent le grand univers?...
« Dans ta rumeur et ta fumée.
Comme dans un cercle enfermée,
Tu roules ton noir tourbillon;
Et l'on dirait une carène
Que sur la mugissante arène
Le vent des mers toujours entraîne.
Sans boussole et sans pavillon!
« N'as-tu plus tes blondes campagnes.
Tes bois penchés sur tes montagnes, Tes océans mélodieux.
Et tes fleurs, et tes ruches pleines, Et tes si charmantes haleines Que pour s'égarer dans tes plaines Les anges s'exilaient des cieux?
« Cesse tes cris, monde en démence !
Laisse en paix, sur ton dos immense, Flotter au vent tes cheveux d'or.
Doux était ton chant solitaire...
Tu souriais avec mystère...
Souris encore, ô belle terre !
O belle terre, chante encor!... »
Et la terre dit aux étoiles :
« Tournez, mes sœurs, planez sans voiles!
Jetez aux cieux votre lueur!
Moi, je suis l'ardente ouvrière
Qui, dans l'ombre ou dans la lumière,
Marche, les pieds noirs de poussière
Et le front baigné de sueur...
« Plus de soirs joyeux, plus d'aurore I Comme un fruit que le ver dévore, Mon flanc porte un hôte inconnu :
L'homme, en ses courses incertaines, A broyé l'herbe de mes plaines Et, pour tirer l'or de mes veines.
Dans mon sein plongé son bras nu;
« Avec sa rame, avec sa sonde.
Il a heurté la mer profonde Et déchiré son manteau bleu; Sans souci du ciel qui se venge.
En trône il a pétri sa fange.
Et j'ai cru, dans sa force étrange, Q.u'il allait créer comme Dieu.
« Mes monts chancellent, mon sol ploie, La foudre sur mon front flamboie, Chaque jour hâte mon déclin, Ma couronne a ses fleurs fanées.
Et l'ai vu les mers décluinées
Dans mes campagnes étonnées Déborder comme un vase plein.
« Pourtant, dans ma douleur amère.
J'aime l'homme, ainsi qu'une mère L'enfant qui la frappe et la mord.
Chantez, mes sœurs I Comme en un rêve, Moi je vais au vont qui s'élève :
Il faut que ma route s'achève Jusqu'à recueil, ou jusqu'au port!... »
Les Rois du Monde
iA tAlfred Guérard
Et le cèdre, debout sur le mont solitaire, Disait : « Béni soit Dieu, qui du sein de la terre Fait monter comme un flot la sève dans mes flancs ! Béni soit le Seigneur, qui pour moi seul au monde Garde dans ses trésors et la fraîcheur féconde Et les rayons étincelants !
« Je suis le fils aîné de la nature immense :
Les germes des humains dormaient dans le silence»
Que déjà j'étendais mes bras audacieux.
Les forêts d'aucun cri ne tressaillaient encore.
Et la brise, agitant mon feuillage sonore,
Fut le seul bruit, un jour, qui monta jusqu'aux cieux.
« Dès que l'homme créé sortit de la poussière, Devant ma majesté puissante et séculaire 11 inclina la tête, apprit à me bénir. Et cachant tous ses dieux sous mon écorce dure. Il fit de mes rameaux, durant la nuit obscure, Tomber les voix de l'avenir.
« Sous mes pieds immortels les familles humaines Ont vécu leur saison, comme l'herbe des plaines. Du temps, qui détruit tout, seul j'ai bravé l'affront; Et quand l'orage passe en ébranlant les villes. Les siècles, plus nombreux que mes feuilles mobiles. Tremblent confusément, suspendus à mon front.
« Gloire à Dieu ! gloire .\ Dieu ! je suis le roi du monde La vie à mon Rinc noir glisse lente et profonde; Dans le granit des monts j'enfonce mes cent pies; Le nuage, en passant, se déchire à ma cime, Et je reste ici-bas comme un pilier sublime Sur qui les cieux sont appuyés! a
l6 FESTONS ET ASTRAGALES
Et l'homme, sur son front posant le diadème, Disait : « Béni soit Dieu, dont la bonté suprême
Mit tant de force en moil Mon génie à toute heure allonge mes domaines; Sur tous les océans et par toutes les plaines.
Je suis, je suis le roi 1
« Les saisons, dépouillant les campagnes vermeilles, Pour ma soif et ma faim répandent leurs corbeilles
Sous mes plafonds sculptés; Pour moi fermente l'or aux veines de la mine, Pour moi le flot salé polit la perle fine
Dans les immensités.
« A chacun des désirs dont mon âme tressaille, Esclave obéissant, tout un monde travaille
Et ne s'arrête pas; Et comme des lions qu'a muselés le maître, Les éléments soumis, en me voyant paraître,
Bondissent sur mes pas.
« Les fleuves murmurants font tourner mes machines, Le feu grince et se tord dans mes noires usines, L'air se plie à ma loi ;
Et quand je veux, un jour, visiter mon empire, Je dis aux vastes mers : « Soulevez mon navire ! » Aux vents : « Emportez- moi 1 »
« Gloire à Dieu ! gloire à Dieu ! ma volonté féconde Est un moule puissant où je jette le monde
Pour qu'il garde mon pli ; Et quand je passe, calme et portant mon idée, La montagne se range, et la mer débordée
Se refoule en son lit I »
Le cèdre au front superbe est couché dans la plaine. L'homme s'est endormi dans son tombeau glacé. Sur leurs débris sans forme, où le ver se promène. Un bruit mystérieux lentement a passé :
■ A nous, à nous les temps et l'avenir sans bornes 1 A nous, fils de la mort et frères du destin ! Nous peuplons du néant les solitudes mornes. Et Dieu, de l'univers, nous fait un grand festin!
« La mort, la mort nous aime : au sein de la nuit sombre Elle ouvre les cercueils avec sa froide main; Elle nous dit : « Mes fils, que faites-vous dans l'ombre? « La tombe est-elle vide, et n'.ivez-vous pas faim?
l8 FESTON'S ET ASTRAGALES
« Je VOUS apporterai de belles jeunes filles, « Pâles comme des lis, et des enfants tout blonds! « Car c'est pour vous, ô vers, que croissent les familles, « Ainsi que des troupeaux parqués dans les vallons ! »
« Et puis, la mort nous quitte et s'en va par la terre ; Elle franchit les monts et passe les grands flots, Traînant, comme un butin, le cèdre centenaire, Ou prenant le navire avec les matelots.
« Gloire, gloire au Seigneur ! il fit du ciel immense Un dais d'azur et d'or à notre roj'auté. Où le monde finit, notre empire commence. Solitaire et profond comme l'éternité.
« Toujours retentira la chute monotone Des siècles, l'un sur l'autre en la nuit emportés. Et tomberont sans cesse, au souffle de l'automne, La feuille des forêts et l'homme des cités,
« Jusqu'à ces jours lointains de pâle solitude Où, sur la terre morte étalant notre orgueil, Nous rongerons le monde en sa décrépitude, Comme un cadavre froid qui n'a pas de cercueil ! »
FKSTONS i;r ASTRAGAI.li I9
A une petite Fille élcvcc au bord de la mer
Pourquoi pleurer, ma petite, Lorsque le jour est fini ?...
Fais silence 1 et dors bien vite.
Comme ua oiseau dans son nid!
Au bruit des vents de décembre.
Songe, songe, entre tes draps, Comme il fait bon dans ta chambre Et comme on a froid là-bas 1
Loin des flots et du rivage.
Dans mon pays, quelquefois.
Un enfant qui n'est pas sage Est pris par le loup des bois;
Mais ici!... quelle voix gronde Et se roule, dans la nuit ?...
C'est la mer, la nier profonde!...
Jeanne, ne fais point de bruit 1
Des que Dieu, sous le ciel sombre, Rallume ses astres d'or, Les flots écoutent, dans l'ombre, Si le petit enfant dort.
Ton cri, qu'on pourrait entendre Au fond de l'abîme amer, Ferait venir, pour te prendre, Les grands poissons de la mer !
Ils ont des écailles bleues.
Des yeux ronds, ouverts toujours, Et, du revers de leurs queues.
Font couler les vaisseaux lourds.
Ils viendraient, au clair de lune.
Se traînant sur le galet, Frotter leur narine brune A la barre du volet...
Puis, malgré ta voix timide.
Par la chambre se roulant.
Quelque bête au dos humide T'emporterait en souflSant.
Où seraient ta couche blanche, Ton oreiller de satin.
Et ta mère qui se penche Pour t'éveiller, le matin?...
Tu n'aurais, pauvre Jeannette (Ainsi le veut le bon Dieu), Que le sable pour couchette.
Et les flots pour rideau bleu.
Pourquoi pleurer, ma petite.
Lorsque le jour est fini?.,.
Fais silence! et dors bien vite.
Comme un oiseau dans son nid!
Intérieur
La mère de famille a quitté la maison. Elle dort maintenant sous la colline verte. Le père s'est a-ssis dans la salle déserte, Tandis qu'à l'âtre éteint fume un maigre tison.
Le père s'est assis, les coudes sur la table Et pressant dans ses mains son front chargé d'ennui; Ses trois fils aux bras forts, rangés autour de lui, Ne sauraient soulever le fardeau qui l'accable.
Mais la petite fille a neuf ans, pour le moins : La petite descend, va, vient, court, se trémousse; Elle commande aux gens et grossit sa voix douce, Ménagère à l'œil bleu, qui jouait dans les foins 1
Puberté
O vierge ! ta beauté semble un champ de blé mûr Dont le vent fait rouler les vagues inquiètes! Parmi les brins serrés, passant leurs folles têtes, Brillent le pavot rouge et le bluct d'azur;
Au zénith éclatant pas un nuage obscur; L'aube seule aux épis suspend ses gouttelettes ; Mille désirs charmants, comme des alouettes, Volent par les sillons et poussent leur cri pur.
Vierge! voici le temps qu'on va lier les gerbes; Bientôt retentiront les chansons dans les herbes, Et les rondes, le soir, sous les cieux étoiles,
Car, sur ses larges reins attachant sa ceinture, Demain, le moissonneur à la brune figure Va promener sa faux par l'épaisseur des blés.
Nëéra
[^orvdon le pasteur, assis au bord de l'onde,
Un soir, chantait cet hymne à Néèrc aux longs yeux :
« Tout aime, ô Nééra, tout aime dans le monde, [•t l'homme a su l'amour par l'exemple des dieux l L'atelier des sculpteurs est plein de cette histoire, Les marbres ont manqué pour l'étaler au jour : Cachant son front divin sous des cornes d'ivoire, [upiter prés d'Europe a mugi son amour; \u fond des antres frais où croit l'algue salée, Parmi les galets blancs et les rouges coraux, rhétis abandonna dans les bras de Pélée ■ia gorge humide cncor de l'écume des eaux. Fout aime, 6 Nééra, jusqu'à Phébé la blonde, Phébé.qui hait l'hymen, et qu'on croit vierge cncor: l'ai vu, sur les buissons que sa lumière inonde, Pendre son blanc cothurne avec son carquois d'or; 5cs pieds nus, en silence, effleuraient la bruyère 5ans réveiller la biche ou le faisan vermeil, I^ar elle allait trouver, près de la source claire. Le jeune lindyinion, qu'a surpris le sommeil. Latmusl tes noirs sommets que le cèdre domine, l'es rochers ont frémi quand, belle de pudeur.
La déesse des nuits, dont la tête s'incline, Argenta d'un baiser les lèvres du pasteur... Vierge ! il est temps d'aimer quand on est jeune et belU Ne sens-tu rien bondir dans ta poitrine en feu?... — Berger, dit Nééra, mon cœur n'est pas rebelle, Et j'attends, pour faiblir, qu'il me descende un dieu I »
Printemps
Lève-toi! lève-toi! le printemps vient de naître. Là-bas, sur les vallons, flotte un réseau vermeil. Tout frissonne au jardin, tout chante, et ta fenêtre. Comme un regard joyeux, est pleine de soleil.
Les larges espaliers, couverts de boutons roses. De leur haleine douce embaument le ciel pur. Seule, la vigne est nue et, près des fleurs écloses, Comme un serpent transi, rampe au long du vieux mt:
Du côté des lilas aux touflfes violettes, Mouches et papillons bruissent à la fois; Et le muguet sauvage, ébranlant ses clochettes, A réveillé l'amour endormi dans les bois.
Puisque avril a semé ses marguerites blanches, Laisse ta mante lourde et ton manchon frileux; Déjà l'oiseau t'appelle, et tes sœurs les pervenches Te souriront dans l'herbe en voyant tes yeux bleus.
Viens, partons ! Au matin, la source est plus limpide ; N'attendons pas du jour les brûlantes chaleurs; Je veux mouiller mes pieds dans la rosée humide Et te parler d'amour sous les poiriers en fleurs l
Chanson d'amour
Allez au pays de Chine, Et sur ma table apportez Le papier de paille fine Plein de reflets argentés!
Pour encre et pour écritoire, Allez prendre à l'Alhambra Le sang d'une mûre noire Et l'écorce d'un cédrat 1
Au fond des vertes savanes Où l'oiseau pousse son cri, Ramassez dans les lianes La plume d'un colibri I
Puis, pour sécher l'écriture, Par les prés et les sillons Recueillez la poudre pure Qui tombe des papillons!
— Alors, de ma main fidèle Peut-être oserai-je, un jour, Tracer le doux nom de celle Qui me fait lan^^uir d'amour.
Flux et Reflux
Toujours, dans son grand lit d'algues et de corail, L'Océan, sous les cieux, fait osciller ses ondes. Tantôt poussant au bord les vagues en travail. Tantôt les refoulant dans ses cryptes profondes.
La lune sourit d'aise à son balcon nacré ; Elle guide, d'en haut, ces ardeurs inquiètes, Et caressant le monstre au poitrail azuré. Lui jette pour licou son écharpe à paillettes.
— O lune, la beauté qui connaît ma douleur, Comme toi sur les flots, se penche sur ma vie; Elle est douce et terrible, et, selon son envie. Fait descendre ou monter les vagues de mon cœur!
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La Louve
Marcia, la vieille louve, Au fond de son antre couve Plus d'une jeune beauté.
Et, quand la rue est obscure.
Répand au loin, dans Suburre, Son fol essaim qui murmure Par les chaudes nuits d'été.
Elle a la belle Grecque, enivrante sirène, La fille de Lesbos aux soupirs cadencés. Qui suspend ses doigts blancs à sa lyre d'ébène Et danse aux carrefours la danse ionienne. Avec un bandeau d'or sur ses cheveux dressés.
Elle a l'ardente Latine, Qui sous une mitre incline Son front bruni du soleil.
Nymphe au sourire magique.
Glissant sous le blanc portique Avec sa fauve tunique Et son brodequin vermeil.
Elle a pour nos plaisirs la Gauloise superbe.
Le front ceint de gui pâle, aux feuillages amers;
Son pied nerveux bondit sans foire plier l'herbe.
Ses longs cheveux cpars semblent l'or d'une gerbe, Et son regard farouche est bleu comme les mers.
Elle a ses négresses folles, Q.ui sur leurs noires épaules Enlacent des serpents verts.
Elle a l'Arabe indolente.
Qui, la nuit, dort sous la tente, Et, le jour, boit, haletante, A la source des déserts !
— Mais la plus belle, amis, c'est la blanche Chrétienne, Q.ui pleure et ne veut pas et rougit tour à tour. Et qui, de son Dieu mort pressant l'image vaine. Demande à deux genoux les tigres de l'arène Q.uand on la jette nue aux baisers de l'amour 1
Kuchiuk-Hanem