‹ Festons et astragales. Melaenis. Dernières chansonsChapitre 16 sur 23 · U E R N I È K E s CHANSONS · texte numérisé non relu

U E R N I È K E s CHANSONS

Le vent, pareil à cent taureaux, Mugit au seuil de ma demeure; Le givre a brodé mes carreaux; A mon foyer la biiche pleure :

c( Je me souviens !... je me souviens !... Au pied des monts..., dans le bois sombre. Mon front large, en ces jours anciens, Faisait à terre une grande ombre!

« Oh ! les cieux en pluie épandus Sur l'ébullition des sèves I Oh! les ravissements perdus Dans la profondeur de mes rêves!

« Et comme au bord des claires eaux Frissonnait mon écorce grise.

Sous le pied leste des oiseaux Ou les caresses de la brise 1

<( L'hiver venait, chassant l'été; Tout s'abritait au toit des villes; Seul, je gardais la majesté Des existences immobiles I

« Et, dressant mon squelette noir Sur la nudité des champs mornes, Silencieux dans mon espoir Des rajeunissements sans bornes,

DERNIÙRES Cil AN SON* S 329

« J'attendais ces temps plus heureux, Où sur mes branches découvertes Le chant des merles amoureux Ferait pousser des feuilles vertes!

« Plus de nids !... plus de vents dans l'air, Secouant à flots mon feuillage !

La hache a, comme un pâle éclair, I-'rappé mon tronc durci par l'agc;

« I:t, traîné des vallons charmants Au chantier brutal des banlieues, J'ai senti mes os, par moments.

Crier sous la scie aux dents bleues!...»

La pauvre bûche pleure cncor; Mais déjà dans ses mille étreintes Le feu, comme un grand poulpe d'or.

Fait, sans pitié, mourir ses plaintes.

L'âme légère du vieux bois, Moitié brise et moitié rosée.

Libre pour la première fois.

l-'Iotte sur la cciiJrc embroiec...

Le Sang des Géants

Quand les Géants, tordus sous la foudre qui gronde, Eurent enfin payé leurs complots hasardeux, La Terre but le sang qui stagnait autour d'eux Comme un linceul de pourpre étalé sur le monde.

On dit que, prise alors d'une pitié profonde,

Elle cria : « Vengeance 1 » et, pour punir les dieux,

Fit du sable mouvant sortir le cep joyeux

D'où l'orgueil indompté coule à flots, comme une onde.

De là cette colère et ces fougueux transports.

Dès que l'homme ici-bas goûte à ce sang des morts

Qiii garde, jusqu'à nous, sa rancune éternelle.

O vigne ! ton audace a gonflé nos poumons. Et sous ton noir ferment de haine originelle Bout encor le désir d'escalader les monts !

n 1 R N I 1. K r. s CHANSONS

ÎJÏ

L'Aloès

Il poussait à l'écart, plein d'un immense ennui, Sinistre, hérissé comme pour les querelles. L'abeille, en frissonnant, se détournait de lui; Les fleurs le regardaient et chuchotaient entre elles.

• D'uu viciu ou il est morose et n'épanouit pas Son calice odorant sous le baiser des brises? Au mois des papillons, a-t-il peur des frimas? • Demandait la pervenche aux jacinthes surprises.

• Il est donc sourd? » disaient les rosiers éclatants

• Aveugle? » murmurait l'œillet à rouge crête; « Il n'entend pas tinter la cloche du printemps, — Il ne voit pas le ciel dans ses habits de fête ! •

Au bruit de leurs discours, le nimistrc qui dormait Leva sa tête étrange avec un long murmure. Et tout autour de lui. de la base au sommet. Son feuillage acéré sonna comme une armure :

DERNIl-RES CHANSONS

« Pauvres petites fleurs que je verrai mourir, Je ne suis pas gonflé d'une sève ordinaire; Mon calice effrayant met un siècle à s'ouvrir, Et mes éclosions sont des coups de tonnerre 1 »

Une Soirée

Dix-huit ans ! — Vous croyez ?. . . c'est le plus ! . . . Blanche e Comme un pêcher fleuri que l'eau du ciel arrose. Sous ses cheveux bouclés elle allongeait son cou, Et ses grands regards bleus allaient on ne sait où.

C'était un bal mêlé d'art :

Une demoiselle Mûre, et pour « ces messieurs » déployant un beau zèle, Avec des soubresauts de la tête et du corps, Sur un piano sourd varlopait des accords... En cercle, l'œil béant, près de la cheminée, Les mamans avalaient la musique ordonnée. Et l'enfant blanche et rose, en extase, écoutait... Car, la main sur son cœur, un notaire chantait 1

DERNIERES CHAKSONS 55}

D chantait — oublieux du contrat qui sommeille — Je ne sais quel bateau, quelle étoile vermeille, Qpels chérubins frises voltigeant dans l'azur. C'était si doux ! c'était si vrai ! c'était si pur ! Les âmes y versaient tant d'amour ! « La Madone » Rimait si gentiment avec « la fleur qu'on donne, • Q.ue j'avais peur de voir, pendant ce frais débit. Germer des plumes d'ange au dos de son habit!... Un employé rêveur murmurait : « Fantaisies!... •

O misère!... en dépit des fausses poésies.

Malgré l'air bctc et lourd du Monsieur qui chantait,

l'enfant songeait, l'enfant écoutait, palpiuit;

n pauvre petit cœur gonflé de convoitises Partait pour l'infini — sur l'aile des sottises; Et ce salon bourgeois, dont on se souviendra. Prenait, à :>cs regards, des splendeurs d'.\lliambral

Sombre Eglogue

LE VOTAGEUR

L'ombre sans lune a couvert la campagne; Où icn va^-iu, Pitre silencieux?

D E R X I È R n s CHANSONS

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