‹ Festons et astragales. Melaenis. Dernières chansonsChapitre 5 sur 23 · MP.L£NIS · texte numérisé non relu

MP.L£NIS

Is vivaient tous les deux, rhéteur, magicienne, ji phrase cadencée et le philtre amoureux. 'Jhcz Suphyla surtout deniers pleuvaient sans peine, ît, quoi que Tullius en dise, tous les deux, ijjand ils se rencontraient sur la voie Appiennc, le regardaient sans rire et sans baisser les yeux.

itaphyla demeurait au quartier de Suburrc, *out près de l'Esquilin, dans une rue obscure. X bouge était désert et par le temps noirci... iais, pour faire au lecteur un chemin raccourci, 'récisémcnt le jour où je prends l'aventure, *aulus allait la voir, et nous irons aussi.

^sbie, et vous, Néère, adorables sirènes,

I pour voir un amant jeune ou vieux, bel ou laid, prenez la litière ou montez les carènes,

yoù vous vient cette ardeur étrange, s'il vous plait?

iclasl je sais le fond des tendresses humaines:

Jne robe de Tyr, un voile de Miict!

*aulus ne voulait pas de voile, je suppose, *Ii de bracelets d'or, ni de tunique rose; ia ceinture était vide, et cet enfant gâté i'était senti le cœur par l'amour agité. >, il allait bon pas, et, tandis que je cause, S. 1.) porto déji SCS deux mains ont heurté.

154 MEL.ENIS

Staphyla vint ouvrir; les barres transversales

Sonnèrent en tombant avec un bruit d'airain,

Et la vieille apparut une torche à la main.

Ses cheveux, çà et là, flottaient sur ses traits pâles,

Une tunique noire enveloppait son sein,

Et sur son bras livide un serpent en spirales

Se tordait; la sueur inondait tout son corps;

Elle avait cet aspect effrayant, immobile,

Q.u'on voit grandir, la nuit, dans un songe fébrile,

duand arrive aux vivants la visite des morts.

« Qui m'appelle en ces lieux r murmura la sibylle.

— Paulus, » dit une voix qui venait du dehors.

Par un matin joyeux, quand le soleil éclaire Le grand manteau glacé qui pèse sur l'Etna, Avez-vous vu parfois un rayon de lumière Passer, comme un sourire, aux lèvres du cratère? Tel, sous ses blancs cheveux, le front de Staphyla Resplendit tout à coup quand Paulus lui parla;

Et lui tendant la main : « Tu peux entrer, dit-elle, Nous n'avons pas ici de mystères pour toi. Enfant, tu viens bien tard! Quelle cause t'appelle? Tu m'oubliais, Paulus, et tu vivais sans moi!... » Paulus sentit des pleurs lui mouiller la prunelle Et jeta sur Staphyle un regard plein d'émoi.

MELANTS 155

Ile était, en effet, bien paie et bien cassée;

[pclque poids effrayant, amour, haine ou remords,

vant l'àgc, sans doute, avait use son corps

t ployé sans retour sa jeunesse brisée.

■ Terre, il est des vivants dont la vie est passée !

ombeaux, vous n'avez pas tout le peuple des morts !

ôte a côte ils marchaient. La salle était immense, iir le pavé sonore, on entendait le bruit c leurs pas inégaux se perdre dans la nuit; 1 lampe, sous la voûte, en fumant se balance; es ailes battent l'air; des yeux ronds, en silence, cgardent le rhéteur que la vieille conduit;

c bizarres contours, des formes inconnues !it confusément sur les muniilles nues:

I ites grimaçants qui se donnent la main,

)ignards ensanglantés, cyprès, coupes d'airain, antes aux sucs mortels de Colchidc venues, ; le jaune safrau et le paie cumin.

3ut <Mï mclc et s'.iuîtc : une flamme bleuâtre ffle-bur les charbons cl sautille dans Titre, n renard aux longs poils glapit au coin du feu, eau lustrale frissonne en son vase d'albâtre, : serpent se tortille ; on dirait qu'en ce lieu mlus c&t uu ami que l'on connaît un peu.

1S6 MELANTS

La caverne s'ébat ; la sorcière est J03'cuse. Hélas! son cœur aussi, retraite ténébreuse, Dans ses mille recoins voit ramper, loin du jour, Tout un monde hideux qui grouille en son séjoui Rêves morts, noirs pensers, vengeance tortueuse; Mais, quand Paulus arrive, elle en fait de l'amour!

A l'ombre du foyer, sur un vieux banc de chêne Ils s'assirent longtemps, groupe mystérieux Que la torche rougeâtre éclairait de ses feux. Paulus était charmant sous sa toge de laine; Staphyle souriait et, respirant à peine. L'entourait tout entier d'un regard de ses yeux;

Puis, sur ses cheveux noirs posant sa main flétrie,

Comme fait une mère auprès de son enfant,

Elle lui rappelait les jours de Campanie,

Les rires et les pleurs à l'aube de la vie.

Tous ses rêves passés; — mais le point important.

C'est que Paulus avait vingt drachmes en partant !

Il allait, et ses pieds, sur les pavés antiques, Jetaient un bruit étrange à l'écho des portiques ; L'ombre silencieuse ondulait alentour.

Tout dormait, hors ces feux, étoiles impudiques, Qu'on voit trembler en foule au fond du carrefour. Foyers étincelants où veille, nuit et jour.

mmc à ceux de Vesta la prêtresse étemelle, Débauche au sein nu, posant en liberté [ deux pieds triomphants au front de la cité; y'ons du temple immense où viennent pélc-méle i hommes et les dieux s'abriter sous ton aile, puissance inconnue, ardente Volupté!

il allait; dans leur cellule assises, :;mes en passant l'appelaient de la niain; -fois on entendait monter un chœur lointain, le rouge fanal que tourmentent les brises sait danser aux murs des formes indécises. is Paulus était sage et suivait son chemin;

a sage qu'HippoIyte, à ce que dit l'histoire, — nt la vertu comme au temps des aïeux,

i la circonstance et le jour et les lieux; — , sans se retourner, il fendait l'ombre noire, ant, cette nuit-là, pour défendre sa gloire, besoin de dormir et la crainte des dieux.

is, outre le Fatum, la puissance suprême,

seule déité que l'on n'adore pas,

it de dieux opposés s'attachent ii nos pas

c l'esprit haletant retombe sur lui-même;

rcurc avec Thémis a d'étranges débats,

chus veut qu'on s'enivre et Vénus veut qu'un amie,

Donc, je ne sais quel dieu vint égarer Paulus. Les étroits carrefours se succédaient dans l'onibri. Croisant de toutes parts leurs dédales sans nombu Chaque pas qu'il faisait le perdait encor plus, Comme la mouche prise à quelque réseau sombt S'épuise, pour sortir, en efforts superflus.

J'aime la nuit qui tombe en une fraîche idylle, Et les pasteurs assis sur le bord du ruisseau, Chantant au clair de lune ou dormant sous l'ormeau; Mais je crois qu'un bon gîte, aux champs comme à la Pour le somme est meilleur que l'herbe de Virgik Et tous les beaux gazons où broute le troupeau.

II est plus triste encor de coucher dans la rue. Ainsi jugeait Paulus. Il s'était arrêté, Interrogeant des 5'eux l'ombre sans cesse accrue, Quand soudain un doux bruit par la brise porté. Sons frémissants de luth, voix de femme inconnue. Vint le frapper au front, comme un souffle d'été.

Je suis désespéré de vous dire la chose; J'eusse aimé mieux le voir, près du mont Palatin, Dans le docte faubourg dormir jusqu'au matin; Mais nous formons des vœux dont le hasard dispose ; Près de là rayonnait un logis clandestin ; Paulus, sans hésiter, heurta la porte close.

KEL/ENIS 159

i frappe? — Ouvrez. — Ton nom r— Qu'importe '.—Tout est plein

me le ventre rond d'un prêtre salien,

:hambres et les lits; une ombre, par Hercule 1

'y logerait pas; bonsoir I » Le vestibule

iiira cependant, et Pau lus pensa bien

le son des ccus lèverait tout scrupule.

• de sueur et tout pétri de fard, ,.w,.,.ije vint ouvrir; de son regard cupide rcourut Paulus. Son visage blafard tait sous sa peinture, ainsi qu'un mur humide, ; myrte, en festons, de sa tempe livide tait dans ses cheveux retrousses avec art.

us, pour tout discours, fit sonner sa ceinture,

ant avec raison, dans cette conjoncture,

orde insinuant. C'était un orateur

ie à se plier au goût de l'auditeur.

ause fut {^.ij^iiéc, et, sans plus de murmure :

ïgeus se presseront, dit l'hoie. L'ntrez, seigneur ! »

us suivit son guide au fond d'un réduit sombre les lampes mouraient en pétillant dans l'ombre, jur les lits épars, pcle-méle étendus, imes, femmes, enfants tordaient leurs membres nus. I criaient, bruissaient, et des buveurs sans nombre lient les pots d'argile .lux cloisons «ispendun.

l6o MEL.F-NIS

Plus d'un groupe envieux, accroupi sur la terre, Jetait aux lits trop pleins des regards de colère; Un poète rêvait, sur son coude engourdi ; D'autres dans leurs manteaux se perdaient à demi, Ou dormaient, appuyés aux murailles de pierre, En balançant leur front par l'ivresse alourdi.

Mais comme un astre d'or dans la nuit ténébreuse. Comme la fleur éclose aux fentes des vieux murs. Une femme était là qui, jeune et radieuse, Se détachait en blanc sur les groupes obscurs. D'un sistre recourbé sa main capricieuse, Comme un essaim d'oiseaux, éveillait les sons purs.

Elle était belle ainsi : la pourpre qui la noue

De sa jambe arrêtait les contours onduleux.

Un sourire flottait de sa lèvre à ses yeux.

Des sourcils longs et noirs couraient jusqu'à sa joue.

Et ses cheveux bouclés, où la brise se joue.

Voltigeaient sur son front étroit et gracieux;

Sa tunique aux longs plis montait comme un nuage Autour d'elle, en dansant; le reflet inégal De la lampe fumeuse ou du jaune fanal Parfois d'un vif éclair sillonnait son visage; Et sur sa gorge nue un collier de métal Sonnait, comme la grêle en une nuit d'orage.

rtcnant son haleine et la couvant des yeux,

î rhéteur palpitait, comme en un songe heureux,

raignant de réveiller son dme confiante

: de perdre à jamais la vision charmante,

pand soudain près de lui, s'arrétant dans ses jeux,

i danseuse en sueur vint tomber haletante.

lulus avec un cri la reçut dans ses bras.

baisait, éperdu, sa tête parfumée

; pressait doucement ses membres délic.ts.

; gonflant comme une onde, et de perles semée,

i gorge bondissait, par la danse animée.

le le regardait, et ne lui parlait pas.

amme nous l'avons dit au début de l'histoire, luUis était parfait : sa chevelure noire ndulait sur son front, son regard plein de feu tincclait parfois comme celui d'un dieu; avait un sourire aux belles dents d'ivoire; i grand, ni trop petit, il tenait le milieu.

Ile le regardait, mollement inclinée,

uis, craintive et vers lui soulevant ses grands yeux :

O jeune homme inconnu, qui t'amène en ces lieux?

u contemples de loin cette troupe avinée,

ins boire et sans dormir, et semblés soucieux;

pprends-moi ton pays, ton nom, ta destinée 1

l62 MELiENIS

« Ton sein est large et fort, ton regard plein d'ardeur : Es-tu soldat aux camps, ou lutteur dans l'arène? Perces-tu, sans pâlir, une poitrine humaine? Dit-on, quand tu parais : « C'est un gladiateur?» Paulus, en souriant, prit ses mains dans la sienne : « Je sais tuer aussi, dit-il, je suis rhéteur! »

Mot profond, en effet! j'ignore si la belle

Comprit notre héros, mais il était charmant

Et présentait à l'œil l'étoffe d'un amant

Solide, — en faut-il plus aux femmes? — « On m'appel!

Mehcnis, j'ai vingt ans et je t'aime, » dit-elle.

Pour Paulus, il nageait dans le ravissement.

Advienne que pourra! C'est chose délectable,

Qu'un bon gîte la nuit et qu'une fille aimable!

Elle avait sur son cou jeté ses bras de lait :

« Ami, je danserai, si ma danse te plaît;

Où tes pieds passeront, je baiserai le sable,

Car tes grands yeux sont doux ! Quand ta bouche parlaii

« Je me sentais mourir! Oh! mon âme est blessée D'un amour inconnu qui ne s'éteindra pas ! Parle ! Veux-tu quelqu'un qui s'attache à tes pas, Qui, le jour, qui, la nuit, t'étreigne en sa pensée ; Une esclave fidèle, une femme insensée Qui donnera son sang pour dormir dans tes bras?

MELANIS l6)

Je t'aime ! » dit Paulus. Les lampes dans l'espace •pandaient çà et là leur reflet incertain ir les buveurs couchés parmi les flots de vin. uque groupe dormait immobile à sa place; i danseuse bondit vers une porte basse, 1 faisant au rhéteur un signe de la main.

franchit la salle et partit avec elle, i!it les destins qui le servaient ainsi. 1 montèrent tous deux le long du mur noirci, ■s demeurait à la troisième échelle, avait vingt ans, Melxnis était belle.

Magnanimes lecteurs, n'en prenez de souci I

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