‹ Festons et astragales. Melaenis. Dernières chansonsChapitre 6 sur 23 · CHANT DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHANT DEUXIÈME

Aux jardins de César, non loin du Tibre jaune, Parfois un chêne antique aux beaux feuillages verts Se dresse ; chaque branche, escaladant les airs, De degrés en degrés autour de lui frissonne, Et sur son front superbe, ainsi qu'une couronne. Tremblent les astres d'or et glissent les éclairs.

Ce chêne monstrueux, Titan aux larges hanches,

C'est l'Empire debout dans toute sa hauteur.

Du peuple, tronc rugueux, partent, comme des branch<

Prêtres aux bandeaux saints, consuls aux robes blanche

L'édile, le tribun, le grave sénateur.

Jusqu'au faîte sublime où plane l'empereur.

Mais la racine obscure à la sève fertile

Q.ui serpente sous Rome et qu'on semble oublier.

C'est plus que le tribun, le consul ou l'édile.

Plus que le sénateur et que le chevalier :

— O Muse, prends ton luth, et sous l'archet habile

Fais redire aux échos le nom du cuisinier !

MEL.tNIS l6$

il, en un jour, peut sortir d'un suffrage, ce des camps forge les empereurs;

is, outre l'art divin qu'il reçut en partage, lU cuisinier les pénibles labeurs, ce profonde, et que dés son jeune âge

lit, comme un savant, pâli sur les auteurs.

ir régler des festins U belle symétrie, ni faut le calcul et la géométrie; sculpture, qui taille en dômes merveilleux neige étincelante et les gâteaux mielleux; listoirc, qui du goût donne la théorie ; tude des saisons, des hommes et des lieux.

uit, il sait quels flots vont roulant sur la plage crabe aux doigts crochus et le blanc coquillage, ici vent jusqu'à nos mers pousse les esturgeons, 3Ù partent les faisans, les grives, les plongeons, quand la mûre est bonne, et pourquoi l'homme sage Il . les prés seulement cueille les clumpiguons.

issi bien qu'Hippocrate il discute et critique î toute herbe qu'il voit l'cfTet et la saveur; lien que Platon il a sondé le cœur, t des passions l'origine authentique; , d'arguments choisis bardant sa rhétorique, us loin que TuUius emporte l'auditeur:

l66 MEL.ÏNIS

La squillc réjouit l'homme qui désespère; L'escargot africain réveille l'esprit lourd; Mêlée au vin de Cos, l'oseille est salutaire Pour dissiper, le soir, les tristesses du jour; Le massique aux flots lents provoque la colère; Le folerne fumeux aiguillonne à l'amour.

Il voit et prévoit tout, l'effet avec la cause; Mais en ce siècle où l'or achète les serments. Quand dans un coffre-fort toute gloire est édose Et qu'en foule s'en vont les nobles sentiments. Le cuisinier parfait sait, avant toute chose. L'art de la politique et des gouvernements.

Dans le triclinium plus que sous le portique

La noblesse aujourd'hui s'étale. Vous riez,

Fils de Cincinnatus; mais venez! qu'on m'explique

La sportuie, l'édile aux dons multipliés,

Et les banquets dressés sur la place publique.

Et dans le vin Cretois les plébéiens noyés !

C'est lui, c'est lui toujours ! Calme, avec un sourire,

Près des fourneaux ardents, sur les rouges tisons.

Il prépare le vote et les élections :

Sa faveur tour à tour se donne ou se retire;

Un mulet trop brûlé fiiit osciller l'empire;

Plus ou moins de gingembre importe aux nations;

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