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RAPFORT SUR LES CANADIENS DES ETATS-UNIS

« Les Révds MM. Bédard, Pagéet M. Chs. Thibault, nommés par le comité de ja section des Canadiens-Français des Eta's- Unis pour faire un rapyort sur leur condition actuelle, ont l'honneur de vous soumettre les remarques suivantes :

» L'homme à beau s’agiter, tourner dans le pelit cercle de ses ambitions humaines, c’est Dieu qui le conduit à Fabime ou

la gloire, selon que sa justice ou sa miséricorde l'exigent.

» Quand un peuple manque à sa mission, les orages de la colère céleste éclatent au-dessus de sa tête, et l'orage passé, l’on se demande avec frayeur où est ee peuple que le vent de la colère d'en haut a emporté. Cherchez la cause de leur deslruction et vous vous couvaincrez que la somme du mal l'em-

porte sur celle du bien, alors les nuages sont saturés d'une électricité particulière qui les a asphixié. Ainsi s'explique la ruine des anciens empires, les décadences des vieux peuples.

» Quand la foi était menacée en Europe, elle s’embarquait sur les vaisseaux de Jacques-Cartier pour prendre possession d'un nouvel empire, car comme l'Eglise elle ne peut périr. Elle poussa dans le sol canadien de si profondes racines que les vents de Ja terre n’ont encore pu l'ébranler. Les Canadiens sont les fils de la Foi qui a germé dans le sang de leurs martyrs.

» Longtemps ils luttent contre toutes les vicissitudes, enfin vainqueurs, libres, émancipés, ils prennent leur essor au-delà des lnites de leurs propres frontières.

» De fait, es Canadiens n’ont laissé la Nouvelle-France que quand notre nation fut solidement assise sur les rives de notre granit! fleuve. Alors, de ces rives aimées, se détachèrent des essaims nouveaux qui s'avancèrent vers l'Ouest, vers les centres manufacturiers des Etats-Unis. La cause apparente de celte émigration est la pauvreté dans laquelle leurs luttes constantes les ont tenu jusqu'ici.

» Cette pauvreté nationale provient de l’abandon de la culture de nos terres, de l'état de servage industriel dans lequel nous avons jusqu'ici été tenu par l'Angleterre, du défaut de protection manufacturière, et de la difficulté de se procurer de l'argent à un taux raisonnable, Voilà les principes, les causes apparentes dé l'émigration des Canadiens aux Etats-Unis. Dieu qui Ure le bien du mal se sert-il de ces moyens pour pousser nos compatriotes vers des régions étrangères ? Notre mission n'est-elle pas de porter les bienfaits de notre foi, au milieu des nalions qui sans cela ne la connaîtraient pas ?

«C'est le secret du ciel, ne lui dérobons pas, sachons resnecter le secret, les harmonies des relations divines et de la destinée providenlielle des peuples.

» Nos Canadiens qui ne sont pas adonnés à la culture de la terre dans l'Ouest, ou qui ne prospèrent pas dans le commerce dans l'Est ne sont pas heureux aux Etats-Unis, mais tous y vivent el y font vivre leurs familles.

» Du pain est pour eux leur première raison de séjourner aux Etats-Unis et aussitôt que le Canada pourra leur offrir les mêmes avantages matériels qu'ils trouvent là-bas ils reviendront en grand nombre.

» Dans ce but, il serait important que les gouvernements canadiens constitueraient un département à part qui s’occuperait

spécialement de correspondre avec les Canadiens des Etats- Unis, afin de les tenir constamment au courant des avantages sur lesquels ils pourront compter en revenant se fixer dans le pays de leur affection et de leurs espérances.

» Les Canadiens des Etats-Unis, reconnaissant les bienfaits inappréciables que les prêtres Canadiens ont répandu de toutes parts dans les Etats de l'Union Américaine, désirent exprimer ici leur plus profonde reconnaissance aux Evêques du Canada pour leur avoir envoyé, pour les consoler dans leur exil, des prêtres dévoués qui leur font aimer cette religion chérie, moyen de leur salut, et cette belle langue française, apprise dès le berceau ou sur les genoux de leur mère—signe de ralliement et gage de leur union.

» S'il était permis d'exprimer ici un regret, ce serait celui de constater que les gouvernements canadiens sacrifient annuellement des sommes énormes pour faire venir, à grands frais, des étrangers du vieux monde pour coloniser ses terres encore inculles, tandis que si une partie de ces sommes étaient employée à retenir les enfants du Canada ici ou à aider ceux des Etats-Unis qui désirent revenir au pays, un résultat beaucoup plus satisfaisant pourrait être obtenu.

» Le tout humblement soumis,

(Signé), Cus. THIBAULT, Délégué des Canadiens de Champlain, Etat de New-York.

8 3.—RAPPORT DE LA SIXIÈME COMMISSION SUR LA SITUATION DES CANADIENS AU MANITOBA.

«La sixième commission chargée de vous renseigner sur la situation des Canadiens au Manitoba, s'est trouvée dès le début de ses délibérations dans un sérieux embarras, Elle avait compté sur le concours de l'éminent compatriote dont le nom est indiqué par le programme comme le rapporteur des travaux de la commission sur celte matière. La position qu'il a occupée dans cette province de Manitoba, depuis dix ans, l'autorisait plus que tout autre ici à parler au nom de ce petit pays et des vastes territoires du Nord-Ouest, où la France caiholique a des enfants non moins fidèles à leur foi et à leur nationalité que leurs frères des autres provinces.

» Ce concours nous a manqué, bien que nousl'ayons attendu jusqu’à ce matin même. Et pourtant, ilen coûtait aux délégués de Manitoba de quitter Québec sans laisser un souvenir

DES CANADIENS-FRANÇAIS. 443 k 4 | |

de leur passage dans cette vieille cité, la capitale du monde Li) ji (| français en Amérique. C’est l’excuse que nous avons à offrir NEO] pour ce modeste travail. ME NL » La position des Canadiens au Manitoba peut être envisagée ï || sous deux aspects différents : dans leur vie intime, et au point ÿ 1} de vue de leur influence dans les affaires publiques. &

» La vie intime du groupe canadien au Manitoba se résume PCI dans la pratique de son culle, l'exploitation du sol, et dans les ji | 4

douces affections de famille. Sous tous ces rapports, nos com- # patriotes de là-bas sont satisfaits de leur nosition.… (FRE Au | ñ | » Ils ont pour les diriger un clergé commandant le respect et Pda aimé de tous. Les missionnaires dont il est composé conti- Rail nuent l’œuvre du vénérable et éminent archevêque de Saint- A EU ) Boniface, Mgr Taché, leur métropolitain et la plus haute su | ‘ personnification de l’affabililé, du talent, du zèle, de l'amour A 3 de Ja patrie et de la charité chrétienne. f 7 d Ex uno, disce omnes. |

» Pour les seconder dans leur œuvre à la fois apostolique et 4 civilisatrice, ces bons prêtres ont un collége, des écoles catho- 4 P liques ouvertes dans tous les endroits habités, dirigées par des 1. instituteurs intelligents, et recevant une allocation du gouver- ue l nement. sa ji » Le sol, d’une fertilité étonnante, donne aux habitants de 144 1 | notre province, plus que leur vie. Et il n’y a pas un père de 4e a famille qui ne puisse établir avantageusement ses enfants xs autour de lui, quelqu'en soit d’ailleurs le nombre. si RE » [ls trouvent dans les jouissances si pures et si calmes du foyer domestique et de la vie des champs, une large compen- | Le | sation de tous les inconvénients et des privations auxquels il a An est impossible de se soustraire dans un pays nouveau. HAT | » Que ne pouvons-nous en dire autant de leur vie politique ? QE | » Celte région, autrefois toute française, et que la fière race “is des Métis nous avail conservée, est maintenant passée sous LAURE N | une autre domination, laquelle, à l'exemple de ceux qui vou- ! 1 lurent autrefois nous anéantir sur les bords du Saint-Laurent, 5 ÿe ne reconnaît pas toujours nos justes droits. A Ottawa, comme EURE } à Winnipeg, les intérêts français sont souvent méconnus. Nos Le pa 1 réclamations sont pour la plupart élouffées dans quelques Fa bureaux. Et ce serait à désespérer si l’on ne considérait que: ï le moment actuel. Mais rassurons-nous. L'histoire se répète. 4 Québec aussi fut conquis, et ses vainqueurs eurent l'idée de L

nous faire disparaître du sol américain. Les démonstrations dont nous sommes les témoins depuis qnelques jours, nous disent assez quel a été le résultat de ces vains complots.

» Manitoba a subi le sort de sa sœur aînée : le même triomphe lui est réservé, La race française, avec cetle ténacité et celte force d'expansion qu'elle puise dans sa foi catholique et dans son généreux amour des bons combats et des grandes œuvres, se maintiendra dans celte province en dépit de tout. Les nobles (raditions de la province de Québec y sont connues; et elles inspirent à ce groupe de Canadiens, maintenant isolé, le mêm : dévouement, les mêmes sacrifices et le même espoir, dans l'issue de la lutte.

» Permetlez-moi de terminer par un mot d'explication, ce rapport bien modeste, mais exact dans le peu qu'il contient.

» [Lest des esprits qui s’alarment peut-être de la propagande faite au nom de notre province.

» Notre intention, toutefois,n'est pas de dépeupler la province de Québec au profit de Manitoba, Cet acte ne serait ni logique, ni patriotique. Mais, vous le savez, il y en aura toujours qui voudront s'éloigner de la terre de leurs aïeux. C’est à ceux là que nous offrons les avantages incontestables de notre province. Si nous pouvions les amener avec nous, Québec ne perdrait rien et nous y gagnerions beaucoup. Je m'exprimerais mieux en disant que ce serait seulement une force déplacée, mais non perdue.

» En outre de ceux-là nous avons aussi besoin d'hommes qui, par leur position et leurs moyens pécuniaires, puissent nous aider à donner une impulsion vigoureuse el salutaire à ce grand travail de la réhabilitation de la race française au Manitoba, Si vous en voyez partir quelques-uns de cette catégorie, laissez-les aller sans regret. D'abord le mal, si c'en est un, ne sera pas contagieux ; l'amour du bien-être, légitime quand il est contenu dans les bornes tracées par les lois divines, saura prévenir l’excès. D'autre part, ces hommes en devenant les champions de l'Eglise et de notre nationalité en ces pays lointains, travailleront par là même à l'accroissement de l'influence catholique et française dans toute la Confédération.

» Le tout humblement soumis.

(Signé) T. A. Bernie, Délégué de l’Association Saint-Jean-Baptiste de Manitoba.

Québec, 26 juin 1880.

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