CHAPITRE II
NOTICE HISTORIQUE SUR LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE QUÉBEC. E—1843-1853.
Les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas de faire l'histoire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec. Mais en honneur et en justice nous devons lui consacrer un chapitre qui résume en quelque sorte ses travaux les plus importants. Un tableau historique et statistique (1) complètera les renseignements que nous fournissent les archives de notre Société.
La Société Seint-Jean-Baptiste était fondée. Mais il lui fallut des années pour compléter son organisation. Née dans une époque orageuse, inspirée par le besoin d'union et d'entente, elle se ressentit pendant quelque temps du malaise et de l’incertitude qui règnaient dans tous les esprits à la suite des événements de 1837-1838. Le pouvoir lui était hostile, parce qu'il voyait en elle une organisation populaire qui pourrait être difficilement contenue et maitrisée. Notre clergé, dont on ne pouvait certainement pas suspecter le patriotisme, eraignait que l'enthousiasme des masses ne les poussât sur la pente dangereuse des idées révolutionnaires. Les classes influentes résistaient à ce mouvement créé sans leur participation, et dirigé par
(1) Pour arriver plus vite au compte-rendu des fêtes de juin 1880, ce tableau est placé dans la quatrième partie de cet ouvrage, précédé des actes d’incorporation et des constitutions et règlements de la Société Saint-Jean-Baptiste de
Québec.
po-
des jeunes gens. Mais cette hésitation ne dura pas longtemps. Quand nos gouvernants eurent acquis la certilude que ce réveil populaire n'affectait en rien la loyauté des Canadiens- Français ; quand notre clergé vit la Société Saint-Jean-Baptiste préluder aux réjouissances nationales en venant d'abord s'agenouiller au pied des autels ; quand enfin l'élite de nos concitoyens se sentit émue par les sentiments patriotiques provoqués par ces magnifiques démonstrations, alors notre Société put librement arborer son drapeau et déployer ses bannières. Les premiers obstacles étaient surmontés.
Au docteur Bardy succéda l'honorable René-Edouard Caron, depuis lieutenant-gouverneur de la Province de Québec. Notre Société garde encore un précieux souvenir de ses neuf années d'administration, pendant lesquelles il la gouverna avec une sagesse el une dignité qui accrurent son prestige et firent honneur à notre nationalité. Aussi, lorsqu’en 1873 il fut appelé au poste de lieutenant-gouverneur, la Société s’empressa de l'en féliciter en termes chaleureux. Et, quand la mort vint le frapper à la fin d’une carrière remplie d’honneurs, notre Société exprima ses regrets dans des résolutions que nous tenons à consigner dans cet ouvrage.
De 1843 à 1853, la Sociélé Saint-Jean-Baptisle, à Québec, comme à Montréal, continue à croître, et jette au milieu de notre peuple des racines de plus en plus profondes. A part des années de désastres, telles que celles de 1845 et 1846, on la retrouve chaque année chômant la fête nationale avec un éclat toujours croissant,
C'est à cette époque, qu’il faut placer un incident dont on a souvent parlé, mais que nous tenons à consigner parmi les plus beaux souvenirs dela Société Saint-Jean-Baptiste de Québec.
Nous voulons parler de la réception publique donnée à Sir Charles Bagot, que nos pères se plaisaient à appeler « notre bien-aimé gouverneur ».
«J'ai bonne souvenance, » nous écrit un témoin oculaire, monsieur le docteur Robitaille, « de ces temps où la Société Saint-Jeau-Baptiste brillait d’un si vif éclat, éclipsan! par le nombre, par la richesse de ses bannières et drapeaux, et par la belle tenue de sesmembres, toutes les autres sociétés nationales. Qui a pu oublier la belle démonstration, de 1842, le jour où toutes les sociétés nationales de Québec alièrent recevoir au débarcadère le nouveau gouverneur-général, Sir Charles Bagot, pour lui souhaiter la bienvenue. Arrivés sur la Place d’Armes, nous défilâmes devant Son Excellence qui était sur le balcon de l'hôtel du gouvernement ; à ses côtés élaitle maire de Québec, l'honorable René Ed. Caron, qui était aussi le président de la Société Saint-Jean-Baptiste. Sir Charles Bagot admira la belle tenue des membres de notre société, qui comptait alors dans ses rangs plus de quinze cents associés (1), lorsqu'elle défila sous le balcon, ayant en tête sa nombreuse fanfare bien disciplinée, vêtue de riches uniformes, jouant l'air « Vive la Canadienne, » précédée de son imposant tambour-major, Louis Blanc, militaire décoré, qui avait $ervi dans l’armée française, sous le grand Napoléon. Oui, il était beau à voir notre tambour major, avec sa haute stature, son énorme casque à poil, orné d’un riche plumet, marchant avec grâce et maniant avec tant de dextérité son long bâton au pommeau d'argent. Des vivats chaleureux, sortis de nos centaines de poitrines fortement consiituées, acclamèrent l’arrivée de Son Excellence et le
(1) Dans les plus beaux jours de la société, la section Saint-Roch seule, à ‘compté jusqu’à six cents membres payant la contribution d’une piastre par tête.
DES CANADIENS-FRANUAIS. 37
galuèrent comme le père de la patrie. Sir Charles Bagot, en voyant défiler les membres de notre nombreuse société, dans les rangs de laquelle l'œil le plus scrutateur n'aurait pu distinguer le riche du pauvre, l’homme de profession de l’ouvrier, dit à notre maire : « Mai: c’estun peuple de gentilshommes ! »
En 1846, le comité général de régie se préoccupe vivement de ses archives et prend des mesures pour en assurer la conservation. Pour grossir les rangs, on décrète que ceux qui se
joindront à la Société pendant cette année seront considérés
comme membres fondateurs. Les années qui suivent sont
remplies par la discussion d'un projet qui paraît avoir été populaire à cette époque : la construction d’un hôtel Saint- Jean-Baptsite, pour servir de lieu de réunion à la Société. Des sommes considérables sont souscrites pour cette fin, mais le projet finit par être abandonné. Pendant toute cette période on fait des efforts considérables pour faire de la Société une association de bienfaisance et de secours mutuel. Il est regrettable que l’on n’ait pas continué à travailler dans ce s 31.8 de manière à arriver au succès. Des projets plus brillants dont nous dirons la réalisation détésrnèrent l'attention de la Société et lui firent diriger {ous ses efforts d’un autre côté.
L'arrivée de Lord Elgin à Québec, le 21 octobre 1847, fut
l'occasion d'une démonstration pereille à celle qui avait été faite à Sir Charles Bagot.
En 1848, un différend peu sérieux s’éleva entre la Société Saint-Jean-Baptiste et la Société Saint-Patrice, mais l'affaire n'eut pas de suite. Le 19 avril, la société décide qu'à l'avenir la messe de la Saint-Jean-Baptiste sera chantée alternativement dans les églises Notre-Dame, Saint-Jean et Saint-Roch.
Le 30 mai 1849, le parlement du Canada accorde à la
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Société Saint-Jean Baptiste de Québec un acte d'incorporation qui lui assure tous les droits et privilèges des sociétés dont l'existence légale est reconnue. (1)
L'année 1850 vit la fondation de la première Sociélé Saint- Jean-Baptiste aux Etats-Unis. Nous voulons parler de la Société Saint-Jean-Baptiste de New-York, qui célébra son inauguration par un banquet auquel elle invita la Société Saint- Jean-Baptiste de Québec à envoyer des délégués. Québec, ne pouvant s’y faire représenter, invita à son tour New-York pour l’année suivante, premier échange de procédés courtois avec noscompatriotes émigrés, et qui devait plus tard se répéter avec un succès complet, en 1874, à Montréal, et en 1880, à Québec.
Dix années se sont écoulées depuis la fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec. Les principaux hommes qui ont présidé à ses destinées comme officiers, messieurs Caron, Panet, Massue el Baillairgé, vont bientôt faire place à une nouvelie génération de patriotes qui continueront leur œuvre.
Ici se termine ce que l'on peut appeler la période de formation de notre Société. Fermement établie sur les bases que lui ont posées ses fondateurs, elle est suffisamment préparée pour les grandes entreprises dans lesquelles elle va maintenant se lancer. Non contente de rappeler chaque année, par un défilé pompeux et par des réunions et des discours patriotiques, que notre peuple doit se compter et surtout s'unir, elle va maintenant évoquer les plus grands souvenirs de notre histoire : afin de prouver, à ceux qui nous entourent, que nous cherchons dans notre glorieux passé la mesure de nos espérances pour l'avenir.
(1) Canada, 12 Victoria, chapitre 148.
Tout Québec se rappelle les magnifiques démonstrations organisées, à (rois reprises différentes, depuis vingt-six ans, par la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, à la mémoire des soldats anglais et français, morts sur le champ de bataille de Sainte-Foye, le 28 avril 1760.
Les voici dans l’ordre chronologique :
1° 5 juin 1854. Translation des restes mortels des braves de 1760 ;
2° 18 juillet 1855. Pose de la première pierre du monument des braves, à Sainte-Foye ;
3° 19 octobre 1863. Inauguration de la colonne commémoralive de Sainte-Foye, couronnée par la statue de la victoire, don du prince Jérôme Napoléon.
Nous avons cru devoir consacrer quelques pages à la narration de ces grandes solennilés, parce qu’elles prouvent que la Société Saint-Jean-Baptiste, et en pe.ticulier celle de Québec, a contribué à conserver parmi nous le cuite des traditions et des souvenirs. Nous laisserons parler les documents et, avec eux, la voix des contemporains, témoins oculaires et principaux acteurs, encore vivants, de ces glorieuses journées.
On adit de monsieur Louis-Gonzague Baillairgé qu'il avait été le commissaire-ordonnateur des grands jours. On peut justement décerner le même titre à monsieur le docteur Olivier Robitaille, chevalier de Saint-Sylvestre, qui veut bien enrichir ce volume d'extraits de ses « Mémoires, » dans lesquels il nous a permis de puiser à pleines mains.
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1 fl 40 FÊTE NATIONALE / | 8 2. ; | | ' A part ees grandes manifestalions, il nous reste à noter dans ’ | AL celte période plusieurs faits importants. 4 IL Le 29 avril 1857, la contribution annuelle des membres est e. | | | réduite d’une piastre à cinquante centins. C'était la solution + L | | 1 d’une question longtemps agitée et vivement combattue. 4 fl L’honorable Hector L. Langevin, appelé à la présidence, le 2 à (l ( septembre 1861, trouva la société obérée. Homme d'action, | ( || administrateur et financier, il entreprit la tâche toujours diffi- 4 ( il cile de prélever la souscription nécessaire pour mettre fin à
ces embarras. Dès la première année de sa présidence, il É réduisit la dette de moitié. Bien plus, il communiqua à son ; entourage la confiance et l'énergie dont il était animé, et il (ll laissa à son successeur notre Société dans un élat prospère.
\ | L'honorable Isidore Thibaudeau présida à la belle fête du 49 octobre 1863, et eut l'honneur de mettre la dernière main à la patriotique entreprise du monument de Sainte-Foye.
| | | HIl.—1863-1874. |
| de Ja victoire donnée par Son Altesse Impériale, le prince | Jérôme-Napoléon, en était le digne couronnement. Mais il h devait s’écouler bien des années avant que notre Société put Il se libérer complètement de la lourde dette qu'elle avait con-
| \ tractée. C'est ce qui explique la loi de 1864 (1) qui déclare
«! | | Le « Monument des Braves » était enfin terminé. La statue |
le « Monument des Braves » propriété publique.
(1) Canada, 27-28 Victoria, chapitre 56.
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La Saint-Jean-Baptiste fut fêtée à Québec, en 1865, avec un éclat qui rappelait les plus beaux jours de la société. Le président d’alors était M. P. G. Huot, le chantre de « La Huronne » si souvent applaudie dans nos concerts, et bien des fois sa voix éloquente avait contribué à réveiller le patriotisme de nos concitoyens à la veille de la fête nationale. 11 avait pour commissaire-ordonnateur M. J. N. Duquet, qui n’en était pas à ses premières armes, et que nous retrouverons toujours infatigable, remplissant les mêmes fonctions le 24 juin 1880. On parle encore du magnifique discours prononcé à la Basilique par le Rév. M. T. A. Chandonnet. La procession du matin et la soirée, qui termina la journée, furent pendant longtemps le thème de toutes les conversations. Le
compte-rendu de la fète nationale de 1865 a été publié en brochure par M. Duquet. (1)
La présidence de M. Rhéaume (1867-1868) est marquée par un redoublement de travail pour éteindre la dette du monument (2). En 1870, sous l'administration de l'honorable P. J, 0. Chauveau, les finances étant en bon état, notre Société fit faire une nouvelle bannière (3) principale pour remplacer l’ancienne qui datait presque de notre fondation.
L’honorable P. J. 0. Chauveau et ses successeurs, l'honorable C. À. P. Pelletier et l'honorable Joseph Cauchon, présidèrent avec honneur, durant six années (1869-1874), aux destinés de notre Société, et leur zèle, autant que leur position
(1) Za Saint-Jean- Baptiste à Québec, en 1865. Québec, J. N. Duquet et Oie, éditeurs.
(2) Dans l’espace de quatre ans (1863-1867,) la Société, outre ses dépenses ordinaires, paya ÿ1,500 de vieilles dettes.
(3) Les peintures qui la décorent sont de notre artiste renommé, feu M. Théophile Hamel.
‘Fee 42 . FÊTE NATIONALE
honorable, leur influence et leur prestige, contribua à rehausser | son importance.
(il IV.—1874.
il Bien que cette notice historique soil consacrée à la Société 2 1 | Saint-Jean-Baptiste de Québec, nous croyons de notre devoir 4
LA SAINT-JEAN-BAPTISTE À MONTRÉAL. 1
! de faire une digression pour parler de la superbe démonstration fl! dont Montréal fut le théâtre, le 24 juin 1874, qui vit réunis, 1l ll dans la métropole commerciale du Canada, des représentants | | FA en grand nombre de presque toutes nos sociétés nationales, À {ant du Canada que des Etats-Unis. Nous devons rendre cette
il] justice à la Société de Montréal, notre ainée, que si Québec l'a ja devancée dans les fêtes du « Monument des Braves» elle a
i noblement pris sa revanche en réalisant la première la pensée de réunir, dans une mème fête, des envoyés de tous les groupes canadiens, et en inaugurant parmi nous l'ère des conventions nationales, à l'instar des conventions canadiennes des Etats-
Unis.
| | Un jeune écrivain detalent, de nos amis, M. Ernest Myrand,
| a bien voulu nous faire un abrégé de la fête de 1874 à
| Montréal. Nous lui cédons volontiers la plume pour raconter fl la démonstration religieuse et la procession. « La fête mémorable qui s'est célébrée mercredi, disait la t { « Minerve, reste a longtemps dans le souvenir du peuple cana- t «dien el dans les annales de notre histoire. Elle sera une IfL ‘ «preuve manifeste de la vitalité de notre race et de la force de ï «notre patriotisme. C’est un spectacle unique que celui offert a | « par Montréal, le 24 juin 1874. Elle était devenue pour un
«instant le rendez-vous et le foyer de milliers de Canadiens «venus, de toutes les parties du continent américain, pour « retremper leur patriotisme et leur foi religieuse et nationale « dans une étreinte commune, dans une fête de famille. Quel «pays, quelle nation peut offrir l'exemple d’une manifestation « semblable? Dans les annales de quel peuple trouve-t-on «une preuve aussi frappante du véritable amour de la patrie, «et du sentiment national manifesté d’une manière plus noble, « plus énergique! Nous le répétons, ce spectacle est unique «au monde, et il est propre à causer l'étonnement et l’admi- «ration des peuples qui nous entourent et pour lesquels ce vit «sentiment du patriotisme et de la nationalité est inconnu. »
En 1873, les Canadiens eurent la pensée de convoquer pour l'année suivante une assemblée génerale des différentes sociétés nationales françaises du Canada et des Etats-Unis dans la métropole commerciale de la Province. Lidée première de celte convention est due à M. Rameau, qui l’exprime dans son ouvrage : « La France aux Colonies. » Elle fut reprise par le Rév. M. Casgrain, l’une des gloires de notre jeune littérature, MM. Stanislas Drapeau, E. Parent, le Rév. M. Primeau et autres. L’Opinion Publique proposa formellement l’organisation de la Convention du 24 juin; M. Loranger, actuellement procureur-général de la Province, M. Taillon et M. L. O. David, furent mis à la tête d’un comité d'organisation, dans lequel se trouvaient aussi MM. Alfred Larocque, Adolphe Ouimet, Gus-
tave Drolet, le docteur Lachapelie, etc. Desinvitations furent adressées aux sociétés nationales du Canada et des Etats-Unis. Les Canadiens établis dans la République voisine répondirent avec un enthousiasme admirable à l'appel qui leur était fait. MM. Primeau, Gagnon, Houde et autres, firent preuve d’un
patriotisme, d'une habileté et d’un zèle supérieurs aux plus brillants éloges.
La veille du grand jour, plus de deux cents cinquante wagons, chargés de passagers, étaient arrivés à la gare Bonaventure. Ces passagers étaient des Canadiens-français émigrés depuis plusieurs années aux Etats-Unis, et qui revenaient saluer leur patrie bien-aimée et presser la main de leurs amis. Toute cette multitude fut bientôt lo gée dans les hôtels de la ville, et au «Palais de Cristal.» Dès six heures du matin, les commissaires ordonnateurs conduisirent au Champ-de-Mars les membres des Sociétés. Alors chacun se mit à son rang, et vers huit heures, au milieu d’une foule innombrable d'étrangers, les sections se mirent en marche. Il nous est impossible de donner une analyse détaillée ni de faire un rapport in exlenso de la procession solennelle qui eut lieu en ce jour mémorable : le cadre de ce résumé ne nous le permet pas. Seulement nous croyons pouvoir en donner une idée suffisamment exacte en signalant le nombre de sociétés, de chars allégoriques, et de personnes qui complèrent dans les rangs de ce défilé magnifique.
Le nombre des sociétés s'élevait à 91 ; les charsallégoriques, à 12 ; les corps de musique, à 31 ; le défilé dura trois heures : dix mille hommes marchaient dans la procession. La richesse des bannières el la magnificence des décorations, ares de triomphe, des oriflammes, des drapeaux et des rues pavoisées, échappent à toute description.
La messe fut célébrée dans l’église paroissiale Notre-Dame. Sa Grandeur Mgr Fabre assistait au trône ponlifical. Le chœur puissant du collège de Montréal chanta à l'orgue la messe du second ton. Le sermon de circonstance, prèché par
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le Rév. M. Deschamps, du haut de la chaire de vérité, fut le premier discours de ce jour mémorable. Il inaugura dignement la fête et ouvrit la voie aux autres orateurs qui prirent la parole au Champ-de-Mars, au banquet, et le lendemain à la Convention. La plus brillante des harangues fut indéniahlement celle prononcée par l'honorable M. Chapleau : malheureusement les journaux de Montréal n’en ont reproduit qu'une faible unalyse. MM. Perrault, Taillon, Gagnon lui succédèrent, et furent très heureux dans leurs improvisations patriotiques,
écloses au souffle enthousiaste de cette belle fête.
Douze à treize cents convives assistèrent au banquet, qui eut lieu à l’Hotel-de-Ville. L’honorable M. J. C. Coursol, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal présidait, ayant à ses côtés Son Honneur le Muire, les honorables Chauveau,
Ouimet, Archambault, Ross, MM. Boissy et Poirier, délégués
de l’Acadie, l’échevin McShane, l'honorable M. Fournier, M. Dart, consul-général des Etats-Unis, M. Picaut, vice-consul de France, et les présidents des sociétés nationales étrangères.
Le corps de musique national de Montréal était présent, il était dirigé par M. Boucher.
Le président se leva et porta les toasts d'usage :
&A la Reine.» La fanfare joua : « Dieu sauve la Reine.»
« Au Prince et à la Princesse de Galles.»
(A la Famille royale.»
«Au Gouverneur-Général. »
«Au Président des Etats-Unis.» Fanfare : « Yankee Doodle.»
M. le consul-général Dart répondit à cette santé.
M. le président donna alors lecture de la réponse de Sa Sainteté Pie IX, à la dépêche envoyée précédemment à Rome, demandant humblement la bénédiction apostolique :
« Sa Suintelé Pie IX apprend avec plaisir que les Canadiens «se réunissent aujourd'hui pour célébrer la grande fête « nationale et il leur donne du plus profond de son cœur sa « bénédiction apostolique. » D’immenses acclamations couvrirent la voix du président. Un frémissement d'enthousiasme parcourut toute l'assemblée. Le sentiment religieux se réveilla avec toute sa force dans le cœur canadien : ce fut le plus beau moment de la fête.
Le président proposa la santé du « Captif du Vatican,» du noble Pie IX.
La fanfare entonna la marche pontificale: « Viva Pio Nono.»
« Au Lieutenant-Gouverneur. » Fanfare : « Vive la Canadienne. »
« Âu Gouvernement Fédéral, » réponse : Hon.M. Fournier.
« Au Gouvernement Local,» réponse : Hon. Gédéon Ouimet.
« Au Clergé, » réponse : M. l'abbé Valois.
&A la Fête du Jour,» réponse : Hon. M. Chapleau et M. L. H. Fréchette.
«A la France,» fanfare : La Marseillaise.
A nos Frères des Etats-Unis,» fanfare : « Ua Canadien errant banni de ses foyers ;» réponse : M. Gagnon, rédacteur de l’Etendard National et M. Houde, rédacteur du Foyer Canadien. Le président fait part à l'assemblée d’une dépêche reçue des Canadiens de Vancouver : « Les Canadiens Français du Pacifique se joignent à leurs frères de l'Est dans la célébration de la fête nationale. » (Applaudissements.)
« À nos sociétés nationales, » fanfare : Vive la Canadienne ; réponse : MM. Oscar Dunn et L. O. David.
« Aux sociétés sœurs de la Puissance,» réponse : M. Hector Fabre et M. Joseph Tassé.
« Aux sociétés nationales étrangères, » réponse : M. l’échevin McShane, M. Mercier, M. D. McKay et M. Bucher.
« À la santé de la Presse, » réponse : MM. Dansereau et Beausoleil.
« À la santé des Dames, » réponse : M. L. O. Taillon.
Le banquet se termina à 2 heures du matin.
La Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, que le malheur des temps empêcha d'assister en corps à la fête de Montréal, s'y était fait représenter par quatre délégués : l'honorable P. J. 0. Chauveau, Phonorable Hector Fabre, MM. J. P. Rhéaume et C. J. L. Lafrance.
La fête nationale fut célébrée à Québec de la même manière que les années précédentes avec en outre un banquet. C'est à cette époque que la Société crut devoir décider l'achat d'insignes particuliers pour ses principaux officiers.
Il nous reste encore à résumer en quelques lignes l'histoire des années 1875-1876, présidence de M. Lafrance, et des années 1877-1878, présidence de M. Ledroit.
L'avènement de M. Lafrance, en 1875, nous fournit l’occasion de signaler le fait remarquable qu'il avait rempli les fonctions ingrates et pénibles de secrétaire-archiviste pendant sept années consécutives, depuis 1866 jusqu’à 1873, sans que son zèle ni son activité se fussent ralentis un seul instant. Son élection fut le signal d'une vie nouvelle, qui se manifesta dans notre Société comme dans bien d’autres, par suite de l’élau considérable et de l'enthousiasme créés par la fête de Montréal, Les sections se mirent à l'œuvre pour prélever l'argent néces-
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