‹ Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Québec en 1880 [microforme]Chapitre 13 sur 212 · LE MONUMENT DES BRAVES · texte numérisé non relu

LE MONUMENT DES BRAVES

1854-1855-1863-1879. (1) I. —5 juin 4854. —S 1.

Par une belle après-midi du mois de septembre 1852, je dirigeais mes pas vers le chemin de Sainte-Foye, en compagnie de l'historien Garneau et de M. L. G. Baillairgé, avocat, jusqu'à l'endroit où étaient les fondations du moulin Dumont. Nous voulions voir de nos yeux des ossements qui, en petite quantité, avaient été découverts par des éboulis causés, chaque année, par la fonte des neiges, près d'un ravin divisant la propriété des héritiers Touraugeau de celle de feu M. Julien Chouinard, riche marchand de la basse-ville, et aussi pour constater si ces ossements avaient appartenu vraiment à des êtres humains.

Assis sur les ruines du moulin Dumont, où la lutte avait été la plus acharnée et la plus meurtrière, ayant à notre droite la chaussée de Sainte-Foye,que les troupes françaises avaient traversée pour entrer en ligne sur le champ de bataille, devant nous les plaines d'Abraham sur lesquelles, pour la dernière

(1) Ce chapitre est tout entier extrait des ‘“ Mémoires ” inédits mais oxtrémement intéressants de M. le docteur Olivier Robitaille, chevalier de Saint- Sylvestre, ancien président et ancien commissaire-ordonnateur de la Société

Saint-Jenn-Baptiste de Québec. Nous sommes houreux de lui exprimer ioi toute notre reconnaissance. —C,

fois, la valeur de l’armée irançaise et de la milice canadienne, commandées par le général de Lévis, brilla d’un si vif éclat, notre historien national, animé par un noble enthousiasme au souvenir de ce glorieux fait d'armes, nous fit un récit plein de feu de la lutte suprême de nos ancêtres, pour conserver à la France un sol arrosé du sang de ses enfants. Il y avait quatre-vingt-quatorze ans que ces braves reposaient du sommeil de la mort, dans un parfait oubli, sur le sol même que leur vaillance avait illustré. Dans le fond du ravin, nous trouvâmes quelques débris qui, évidemment, étaient des restes d’ossements humains. Il était impossible de se méprendre sur la nature des fragments d'os que nous tenions dans nos mains. C’est alors que nous eûmes la pensée d’en faire l'exhumation, sous les auspices de la Société Saint-Jean-Baptiste si, après des fouilles faites judicieusement, on pouvait en recueillir une plus grande quantité qui établirait, au-delà de tout doute, que c’élait bien là l'endroit où l’on avait inhumé les corps des braves, morts sur le champ de bataille de 1760. Quand nousfimes partau comité de régie de la Société Saint-Jean- Baptiste de notre agréable promenade au moulin Dumont, et des ossements humains que nous avions trouvés dans ie ravin, le comité 1pprouva cordialement le projet d'en faire l'exhumation. Il fut résolu de faire pratiquer des fouilles sur les lieux. Le résultat fut la découverte d'une grande quantité d’ossements humains. Nous aurions aimé à trouver quelques objets, tels que boutons ou plaques d'uniformes, pour nous aider à reconnaître à laquelle des deux nations belligérantes on pourrait assigner ces restes mortels ; peine inutile, rien de la sorte ne fut trouvé. Il est vrai que les ressourc de la Société ne permettaient pas de faire de grandes dépenses ; au reste nous

étions pleinement assurés que l'endroit où l’on avait recueilli les os, était bien celui où l'on avait enterré les braves tués à la seconde bataille des plaines d'Abraham.

Après la fête de la Société Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin 1853, M. L. G. Baillairgé ayant fait connaître son désir de ne pas accepter de nouveau la charge de commissaire-ordonnateur, vü ses occupations multiples, je fus nommé pour le remplacer. J'avais beaucoup à cœur de donner à la Société une occasion de faire une grande démonstration. Car alors la Société comptait dans ses rangs l'élite de la population canadienne qui se faisait un devoir et un honneur de marcher dans les rangs de cette belle association nationale chaque fois qu’elle prenait part à quelque démonstration publique. À une assemblée générale de la Société Saint-Jean-Baptiste, tenue à l’hôte!de-ville, dans le courant du mois de mars 1854, sous la présidence de l'honorable Louis Panet, un rapport, traitant spécialement de l’exhumation des restes mortels des braves de 1760, fut lu et adopté. Après quoi les résolutions suivantes furent proposées et votées unanimement :

«1° Queles braves, qui ontfait à la patrie le généreux sacrifice de leur vie, ont droit aux hommages et à la reconnaissance des peuples, et que les plus grands honneurs doivent être rendus à leurs dépouilles.

« 2° Que les restes des héros qui succombèrent dans la bataille du 28 avril 1760, sous les murs de Québec, ayant été mhumés sur le champ de bataille où ils sont demeurés depuis cette époque, c’est un devoir pour la Société Saint-Jean-Baptiste d'aller les relever en grande pompe, pour les transporter dans un lieu plus convenable,

« 3° Que des démarches soient faites auprès des autorités reli-

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